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Mustafa Salma : « La majorité des populations de Tindouf aimeraient rentrer au Maroc »

Après le récent retour clandestin de sa femme et de ses deux enfants à Laâyoune, l’ex-responsable du polisario revient pour Médias24 sur la difficulté de la vie dans les camps de Tindouf et sur l’avenir d’un conflit, dont la résolution est suspendue au bon vouloir du parrain algérien. Entretien.

Mustafa Salma : « La majorité des populations de Tindouf aimeraient rentrer au Maroc »

Le 10 juillet 2022 à 9h42

Modifié 10 juillet 2022 à 9h42

Après le récent retour clandestin de sa femme et de ses deux enfants à Laâyoune, l’ex-responsable du polisario revient pour Médias24 sur la difficulté de la vie dans les camps de Tindouf et sur l’avenir d’un conflit, dont la résolution est suspendue au bon vouloir du parrain algérien. Entretien.

A l’instar de nombreux cadres du polisario qui ont compris que le séparatisme à l’égard de la mère patrie n’avait d’autre légitimité que de servir les intérêts du voisin algérien, Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud espérait le retour de sa famille séquestrée dans les camps algériens de Tindouf. C’est désormais chose faite en ce début du mois de juillet 2022, sa femme et ses enfants étant maintenant rentrés à Laâyoune, avant de se rendre à Smara pour y passer Aid Al Adha.

En attendant d’obtenir ses papiers d’identité pour rentrer au Maroc, l’ex-responsable de la police des camps, forcé à l’exil en Mauritanie après avoir rompu avec les séparatistes, nous rapporte le témoignage de sa famille, soulagée d’avoir pu regagner Laâyoune.

     Médias24: Comment votre femme et vos enfants ont-ils pu quitter les camps de Tindouf ?

Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud : Pour commencer, je me dois de préciser que les résidents des camps de Tindouf sont privés de leur droit légal de s’enregistrer en tant que réfugiés auprès du haut-commissariat aux Réfugiés et auprès des services d’immigration algériens en tant que résidents étrangers.

Contre toute logique, le polisario, qui gère leurs affaires, persiste à les considérer comme des citoyens d’une entité appelée république arabe sahraouie démocratique, qui n’est pas reconnue par l’ONU mais que l’Algérie soutient.

Partant du fait que leur statut juridique d’apatride n’est pas solide, il est par conséquent difficile pour les organisations internationales d’intervenir pour résoudre leurs problèmes.

De plus, sachant qu’il n’existe aucun moyen légal de quitter les camps et que le retour au Maroc est considéré par le polisario comme un crime de haute trahison, il n’est donc possible de se rendre au Maroc que par des voies détournées, et bien évidemment à l’abri des regards de l’appareil du polisario.

     – A-t-il été facile de les rapatrier et combien de temps cela a-t-il pris ?

– Grâce au soutien des autorités marocaines, le processus n’a pas été difficile ni long.

     – Depuis combien d’années vivaient-ils à Tindouf ?

– Depuis des décennies, vu que mon fils aîné est né en juillet 1998 et ma fille en août 2010.

     – Quelles ont été leurs premières impressions ?

– Ils viennent de camps où la couleur dominante est le gris, alors que Laâyoune est une ville colorée et illuminée avec une conception urbaine et de bonnes infrastructures inconnues à Tindouf ; ce qui les rend heureux comme jamais.

     – Comment ont-ils trouvé la ville où vous êtes né par rapport à Tindouf ?

– Il n’y a aucune comparaison possible ; et s’ils n’étaient pas bien élevés, ils m’auraient reproché le mauvais environnement dans lequel je les ai éduqués, alors que la terre de leur père leur offrait toutes les nécessités d’une vie décente.

     – Quelles sont les nouvelles de Tindouf et comment se passe la vie quotidienne dans les camps ?

– Sans exagération aucune, désastreuses à tous les points de vue. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que lors des derniers incidents dans les camps, des jeunes en colère ont confisqué et pris en otage la voiture du chef local du renseignement. Cela en dit long sur le degré de chaos et d’insécurité qui sévit dans les camps.

Quant au niveau de vie, je me dois de rappeler qu’à Tindouf, 17 résidents du camp ont été condamnés, la semaine dernière, à deux ans de prison et à une amende parce qu’ils transportaient sans autorisation du polisario quelques litres d’huile de table.

     – Vos enfants ont-ils l’intention de s’installer durablement à Laâyoune ?

– J’ai dit en plaisantant à mon fils : « Félicitations pour ton retour dans ton pays », et il m’a répondu très sérieusement : « Dis plutôt dans ma patrie ».

En fait, ce qu’ils ont découvert est incomparable avec ce qu’ils ont vécu dans les camps, et il est évident qu’aujourd’hui, ils n’échangeront pas ce qui est meilleur contre ce qui est inférieur.

 

     – En dehors de cette bonne nouvelle pour vous, pensez-vous que les autres habitants de Tindouf souhaiteraient également retourner dans leur pays d’origine ?

– Bien sûr que la majorité des déplacés de Seguia el-Hamra et de Oued Ed-Dahab rêvent de retourner sur leur terre, alors que les autres se bercent de l’illusion d’une victoire pour asseoir leurs intérêts futurs dans la région.

Le chemin du retour n’est certes pas pavé de roses ; de nombreux obstacles s’y opposent, dont certains sont psychologiques, d’autres de propagande, dont le facteur familial, et d’autres liés aux intérêts, mais en réalité la majorité souhaite un retour digne si l’occasion se présentait.

     – De votre côté, pourquoi ne retournez-vous pas dans le pays de vos ancêtres ?

– Rien ne m’empêche d’entrer au Maroc, si ce n’est que je n’ai pas encore pu obtenir de document de voyage.

Nous espérons qu’il y aura une percée l’année prochaine sur la question des documents, après l’annonce du gouvernement mauritanien de soumettre un projet de loi pour régulariser la situation des réfugiés au Parlement.

     – Comment voyez-vous l’évolution de la situation, notamment depuis la rupture des relations entre l’Algérie et le Maroc ?

– La situation régionale actuelle n’incite pas à l’optimisme à cause de l’escalade algérienne ; et sans les problèmes internes à l’Algérie, nous aurions pu assister à de plus graves tensions dans la région.

En réalité, le principal problème est que l’Algérie n’accepte pas que le Maroc soit meilleur qu’elle dans tous les domaines, et même si cela conduit à leur ruine ensemble.

     – Un commentaire sur la visite de Staffan de Mistura à Rabat ?

– L’ambiguïté et le secret qui ont accompagné la visite, ainsi que la confusion dans l’annonce du programme de la visite par le bureau du Secrétaire général, ont donné l’impression que les choses n’allaient pas tout à fait bien avec les parties.

Selon moi, l’attachement du Maroc à sa souveraineté sur le Sahara et sa non-acceptation des tractations en la matière, comme indiqué dans le discours de Sa Majesté le Roi à l’occasion du 46e anniversaire de la Marche verte, ont surpris l’émissaire de l’ONU, qui a dû réorganiser ses plans, et par conséquent modifier l’agenda de sa visite.

Cela dit, face à l’intransigeance des parties, comme la déclaration de guerre prise par le polisario après le 13 novembre 2020 et l’exigence de l’Algérie de revenir au processus de règlement trente ans en arrière, je pense qu’il n’y a rien à espérer dans l’immédiat.

     – Pensez-vous que ce conflit de quarante-six ans sera résolu de votre vivant ?

– A moins qu’il n’y ait un changement radical dans la région, je ne le pense pas.

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Conflit du Sahara : Témoignage d’un ancien haut cadre du polisario en exil à Nouakchott

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