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Evènements de Nador : ce que nous dit l’enquête judiciaire

Avant Melilia, le parcours des migrants du Soudan au Maroc fait escale à la frontière algérienne, fief d'un réseau international d'immigration clandestine. Le réseau est piloté par un chef malien avec des complices au Maroc, au Soudan et en Algérie. Interrogé, un accusé pointe indirectement la complicité de gardes-frontière algériens.

Archives EFE

Evènements de Nador : ce que nous dit l’enquête judiciaire

Le 4 juillet 2022 à 20h21

Modifié 5 juillet 2022 à 19h18

Avant Melilia, le parcours des migrants du Soudan au Maroc fait escale à la frontière algérienne, fief d'un réseau international d'immigration clandestine. Le réseau est piloté par un chef malien avec des complices au Maroc, au Soudan et en Algérie. Interrogé, un accusé pointe indirectement la complicité de gardes-frontière algériens.

Impliqués dans le drame de Melilia, 36 migrants ont comparu ce lundi 4 juillet au tribunal de première instance de Nador. A la demande de la défense, leur dossier a été renvoyé à l’audience du 12 juillet.

Un deuxième groupe sera entendu le 13 juillet, mais par les juges de la chambre criminelle. Ils font l’objet d’une procédure séparée et doivent répondre à des accusations plus graves. Nombre d’entre eux ont été présentés comme les instigateurs de l’assaut du 24 juin. Un évènement qui ne constitue que le point culminant de tensions apparues six jours plus tôt. Les journées du 18 et 23 juin ont connu des affrontements entre migrants et force de l’ordre au mont Gourougou, à proximité de la ville de Nador. C’est ce qui ressort des PV d’enquête consultés par Médias24.

Ces mêmes documents nous renseignent davantage sur les profils des accusés. La plupart sont de nationalité soudanaise ou tchadienne, disent avoir fui « la famine » et « la guerre civile ». Leurs âges se situent en moyenne entre 18 et 24 ans. Beaucoup ont accédé clandestinement au Maroc entre mars et avril 2022. Du Soudan au Royaume, l’enquête dessine les deux principaux itinéraires :

  • Du Soudan, les migrants traversent la Libye, puis l’Algérie où ils s’établissent un temps dans une ferme à Maghnia, aux abords de la frontière marocaine. Ce lieu est identifié comme le fief d’un  réseau international d’immigration clandestine. Pour les migrants, c’est le point principal de transit vers le Royaume. Avant Maghnia, les intéressés traversent d’autres villes algériennes, dont Oran ou la capitale Alger.
  • De l’est du Soudan en passant par le Tchad, le Niger, puis l’Algérie où les migrants sont hébergés dans la fameuse ferme de Maghnia avant leur acheminement vers le Maroc.

Face à la police judiciaire, un des accusés déclare avoir accédé au Maroc via l’Algérie, moyennant l’entremise du réseau auprès des soldats de l’armée algérienne présents sur la frontière. Ce service lui a coûté 300 euros.

Arrivés au Maroc, certains se sont d’abord installés à Rabat, Casablanca ou Oujda avant de rallier Nador, précisément au mont Gourougou, où le réseau a dressé un camp pour abriter momentanément les arrivants. Sur les lieux, argent et téléphone leur sont confisqués.

Le réseau est piloté par un ressortissant malien surnommé « Boss Infay ». Il opère depuis Maghnia aux côtés d’autres complices, dont un Algérien (Omar). L’enquête évoque également la complicité d’un Marocain, Yahya, qui accueille les migrants à Oujda. La police mène l’enquête pour identifier l’individu.

Un autre gros poisson : Ahmed Abou Chiba. Ce Soudanais dirige le camp de Gourougou. C’est sous ses ordres et sa supervision qu’ont été menées les attaques du 24 juin. Les accusés le reconnaissent au « masque » qu’il porte « pour se distinguer des autres chefs du camp ». Eux-mêmes marquent leur hiérarchie en mettant des brassards.

Chaque chef est amené à piloter une vingtaine de migrants dont il assure « l’entraînement » et le rationnement en nourriture et armes, tout en répartissant les rôles au sein et en dehors du camp. Sauf pour la mission d’éclaireur, le choix étant exclusivement dévolu à Abou Chiba. Cette fonction consiste à surveiller les « différents quartiers de la ville Beni Ensar (à 12 km de Nador) et les zones avoisinantes ainsi que la barrière séparant Beni Ensar et Melilia ». Il était question de scruter « les mouvements » des agents chargés de contrôler les frontières et d’en informer le chef du camp.

D’autres profils sont, eux,  entraînés au maniement des armes, en préparation à l’assaut. Sur les lieux des faits, près de 640 bâtons, couteaux et autres objets contondants ou tranchants ont été saisis par les enquêteurs. Pris à partie au moment des faits, au moins 15 membres des forces de l’ordre ont porté plainte pour des blessures plus ou moins graves.

Abou Chiba fait l’objet d’un avis de recherche. Mais les enquêteurs tiennent son « bras droit », le dénommé Ishaq Haroune. Arrêté par la Gendarmerie royale de Nador, il sera jugé devant la chambre criminelle.

Au sein du réseau, ce ressortissant soudanais se pose en élément de liaison entre l’Algérie et le Royaume. Son rôle : recevoir à Maghnia des migrants – surtout ses compatriotes – qu’il achemine vers Oujda, Berkane, puis Nador avant d’atteindre le mont Gourougou.  À SUIVRE

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