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Avec la Spring, Dacia rêve d’électrifier les routes marocaines

BANC D'ESSAI. Avant la fin de l’année, la Dacia Spring, petite citadine à motorisation 100% électrique, atterrira sur le marché marocain. Une auto petite par la taille, mais grande par son ambition : convertir les automobilistes marocains aux voitures "à piles". En avant-première, Médias24 a pu prendre son volant pour quelques centaines de kilomètres.

Avec la Spring, Dacia rêve d’électrifier les routes marocaines

Le 20 juin 2022 à 15h59

Modifié 5 juillet 2022 à 21h37

BANC D'ESSAI. Avant la fin de l’année, la Dacia Spring, petite citadine à motorisation 100% électrique, atterrira sur le marché marocain. Une auto petite par la taille, mais grande par son ambition : convertir les automobilistes marocains aux voitures "à piles". En avant-première, Médias24 a pu prendre son volant pour quelques centaines de kilomètres.

Fin 2013, le groupe Renault Maroc faisait le pari du 100% électrique en commercialisant toute une gamme de modèles “zéro émission”, allant du quadricycle Twizzy à la citadine Zoé, en passant par les variantes électriques du Kangoo et de la Fluence. Las. Tenté trop tôt, le coup d’essai s’avéra peu concluant, se soldant par une poignée de ventes.

Guère échaudé, le constructeur français revient à la charge presque une décennie plus tard. C’est qu’entre-temps, les données de l’équation ont bien changé. En Europe, la voiture électrique est entrée dans les mœurs d’achat et ses ventes connaissent une véritable explosion, jusqu’à représenter en 2021 plus de 11% de l’ensemble du marché.

Loin d’avoir un tel succès, l’automobile “à piles” n’en est certes qu’à ses balbutiements au Maroc, avec des immatriculations se chiffrant au compte-gouttes. Et encore, elles ne concernent que le segment du haut de gamme, où l’offre commence à bourgeonner (Audi e-Tron, e-Tron Sportback, BMW i4 et iX, Porsche Taycan…), dopée par l’exonération du droit de timbre proportionnel ou “Taxe sur les voitures de luxe”. C’est pourtant à l’autre bout du spectre que le Groupe Renault Maroc entend attaquer le marché des BEV (Battery Electric Vehicles).

Petite taille, grandes ambitions

Ainsi, dès le mois de novembre prochain, les routes marocaines verront débarquer la Spring, premier modèle 100% électrique de Dacia, avec lequel la marque “casse-coûts” veut donner un nouveau coup de pied dans la fourmilière automobile, cette fois au chapitre des voitures électriques. “Dacia a bouleversé l’automobile avec son offre au meilleur rapport prix-prestations. La Spring marque une nouvelle révolution : une voiture qui allie les codes de Dacia aux atouts d’une motorisation 100% électrique”, s’enthousiasme Fabrice Crevola, Directeur général de la marque au Maroc.

L’arme de disruption est donc cette petite citadine longue de 3,73 m de long, soit une dizaine de centimètres de plus qu’une Kia Picanto, mais 30 de moins qu’une Renault Clio.

Histoire de surfer sur les canons du moment, ce gabarit réduit s’habille d’une panoplie de SUV avec une silhouette haute, une garde au sol importante, des lignes musclées et des passages de roue parés de plastique noir. L’ensemble, plutôt plaisant (surtout avec les inserts colorés optionnels), arrivera dans les concessions marocaines paré du nouveau logo de la marque.

A l’intérieur, on retrouve en revanche l’univers des Dacia “ancienne génération”. Comprendre : une présentation sans grande fantaisie, des plastiques solides mais fleurant bon le “design to cost”, et une ergonomie imparfaite, comme c’est le cas des commandes des vitres placées sur la console centrale.

Tribut payé à son gabarit XS, la Spring ne fait pas de miracle côté habitabilité, comparable à celle d’une mini-citadine. L’intérieur étroit (1,50 m de largeur) ne peut accueillir que quatre passagers, et ceux occupant les places arrière devront composer avec un espace aux genoux limité. Ils pourront tout de même glisser leurs pieds dans de profondes caves placées sur les sièges avant. Pas de surprise non plus côté coffre, qui cube un modeste 270 litres roue de secours en place. La petite électrique se rattrape avec un équipement très correct. Selon les finitions, la dotation inclut les quatre lève-vitres électriques, les six airbags, le freinage autonome d’urgence, la climatisation manuelle ainsi qu’un système d’infodivertissement à écran tactile de 7 pouces, compatible Android Auto et Apple CarPlay.

Le plat de résistance se niche sous le capot, qui abrite un électromoteur de 45 ch et 125 Nm de couple. Il est alimenté par un pack de batteries lithium-ion, placé sous la banquette arrière, d’une capacité de 26,8 kWh.

Le constructeur promet une autonomie maximale de 305 km en cycle urbain WLTP, et de 230 km en cycle mixte, toujours selon la norme WLTP. Quant aux temps de recharge, ils varient naturellement selon les types de chargeurs. Pour passer de 0 à 100%, il faut ainsi compter plus de 13 heures sur une prise domestique classique, 8h30 sur une prise renforcée, un peu moins de 5 heures sur la Wallbox (dont l’installation pourrait être prise en charge par la marque), et environ une heure sur les chargeurs publics rapides CCS, encore rares dans nos contrées.

“Eu égard à sa vocation essentiellement urbaine, la Spring souffrira moins que d’autres voitures électriques de l’absence d’une infrastructure de recharge. Nous espérons quand même que le réseau se développera rapidement, afin de permettre un réel décollage de la voiture zéro émission”, précise Fabrice Crevola. Le groupe Renault Maroc apportera d’ailleurs sa pierre à l’édifice : un partenariat verra bientôt le jour avec un opérateur spécialisé pour implanter un certain nombre de bornes de recharge électrique.

Des prix (relativement) compressés

“En Europe, la Spring est la citadine électrique la moins chère du marché. Elle occupera le même positionnement au Maroc, avec l’objectif de donner une véritable impulsion à l’électrification du parc automobile marocain”, affirme Fabrice Crevola.

Certes, fidèle à son pedigree, la Spring place comme premier argument ses tarifs relativement compressés. Toutefois, ces derniers sont moins spectaculaires que ceux de ses congénères : ils varient de 190.400 DH pour la finition “Cargo”, destinée à un usage utilitaire et dépourvue de banquette arrière, à 238.500 DH pour la version “Expression”, à l’équipement le plus complet. Entre les deux se situe la finition intermédiaire “Essential”, qui devrait composer l’essentiel des ventes.

Ces prix, proches de ceux de la catégorie supérieure avec des motorisations thermiques, trouvent leur justification dans le coût élevé de la technologie électrique, conjuguée à l’absence de toute mesure incitative gouvernementale, contrairement à l’usage dans nombre de pays. “La technologie électrique est une technologie chère, et son développement rapide et accessible à tous ne peut se faire qu’avec un engagement fort du gouvernement avec des mesures concrètes, comme des subventions à l’achat des véhicules électriques”, argumente Fabrice Crevola.

“L’exonération de la vignette automobile, seule mesure incitative actuellement, n’est pas suffisante pour encourager la transition vers une mobilité verte”. Et en tout état de cause, la facture réclamée par la Spring reste, de loin, la plus compétitive du marché : la voiture 100% électrique la moins coûteuse commercialisée chez nous est le SUV compact chinois Seres 3, qui s’affiche à un peu moins de 400.000 DH.

En attendant un éventuel coup de pouce étatique, la Spring ne pourra compter que sur ses propres qualités pour convaincre sa future clientèle, que Dacia Maroc ira recruter parmi les professionnels comme les particuliers. Cibles désignées au sein des flottes : les grandes entreprises “éco-conscientes”, les ministères et les entreprises publiques, ainsi que les professions libérales. Côté particuliers, l’idée est de séduire les ménages déjà “multimotorisés”, mais également les technophiles sensibles à la question environnementale.

La ville comme terrain de prédilection

Nous nous sommes glissés dans la peau de ces “early adopters” pour prendre, en avant-première et quelques jours durant, le volant de la Dacia électrique. Un petit temps d’adaptation est nécessaire pour trouver ses marques, entre la position de conduite surélevée et le volant sans réglage en hauteur. Étapes suivantes : tourner la clé de contact démarre l’électromoteur, qui se signale par un simple voyant “OK” sur le tableau de bord, et placer la molette rotative de la transmission sur D. Et c’est parti !

Dès les premières dizaines de mètres, la Spring surprend par sa vivacité. Les démarrages énergiques et les accélérations toniques (merci au couple instantané et au poids plume), conjugués à une direction douce et à un diamètre de braquage réduit, en font un redoutable outil pour se faufiler dans la jungle casablancaise. Le tout sans sacrifier le confort, servi par l’amortissement souple et le moelleux des suspensions qui encaisse sans rechigner les saignées de la chaussée et autres dos d’âne. Et bien que troublé par les bruits de roulement, le silence du moteur électrique change des ronronnements entêtants d’un Diesel.

En bifurquant vers l’autoroute urbaine, le bilan se fait plus mitigé. Puissance limitée, direction un brin floue, généreux mouvements de caisse… Comme l’augure son rayon d’action, la Dacia à watts n’est pas faite pour les longs trajets, ni pour une conduite active. À son volant, on profite plutôt d’une conduite zen, en surveillant du coin de l’œil l’autonomie restante et l’indicateur de la récupération d’énergie sur le tableau de bord.

Et si la “Range Anxiety” vous guette, enclenchez le mode “Eco” qui réduit la puissance à 30 chevaux et la vitesse maxi de 125 à 90 km/h, faisant ainsi remonter les chiffres de l’autonomie. Et pour retrouver le sourire, rappelez-vous que 40 DH suffisent pour faire le plein. Sur une voiture à moteur thermique, ce montant vous donnera à peine droit au sourire apitoyé du pompiste…

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