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L’affaire Foodie met en relief les difficultés de l’entrepreneuriat des jeunes au Maroc

Les réactions des Marocains à l’affaire Foodie remettent au cœur des débats les difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs au Maroc. De l’absence d’accompagnement à la complexité des procédures, en passant par un manque d’encouragement et d’information, retour sur un parcours semé d’obstacles.

L’affaire Foodie met en relief les difficultés de l’entrepreneuriat des jeunes au Maroc

Le 17 juin 2022 à 18h21

Modifié 19 juin 2022 à 7h13

Les réactions des Marocains à l’affaire Foodie remettent au cœur des débats les difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs au Maroc. De l’absence d’accompagnement à la complexité des procédures, en passant par un manque d’encouragement et d’information, retour sur un parcours semé d’obstacles.

Sous le hashtag #Justice4foodie, de nombreux Marocains réagissent sur les réseaux sociaux à l’affaire de Othmane Barakat, entrepreneur et propriétaire d’un restaurant à Ifrane, fermé par les autorités pour “non-respect des conditions sanitaires”.

Une prise de position pour soutenir Othmane Barakat, mais aussi pour dénoncer les difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs au Maroc. A tort ou à raison, l’histoire de Foodie fait écho à de nombreux Marocains qui disent manquer d’encouragement et d’accompagnement, et souffrir d’injustice dans leur pays.

Othmane Barakat dit-il vrai ? A-t-il simplement exagéré ou lancé des accusations sans fondements ? A-t-il reçu une autorisation orale en attendant le passage de la commission ? A-t-il réellement employé 18 salariés ? Les a-t-il tous déclarés ? Les élus locaux, quant à eux, ont-ils réellement appliqué la procédure, de la même manière qu’elle se déroule partout ?

Quelles que soient les réponses, que les accusations de Othmane Barakat soient totalement ou partiellement vraies, ou infondées, l’affaire Foodie soulève une question à laquelle s’identifient de nombreux Marocains : celle du destin de la jeunesse, de son encadrement. Une jeunesse dont une partie est convaincue de ne pas être prise au sérieux, d’être marginalisée. Ajoutez à cela l’impatience légitime de tout entrepreneur au vu des délais et de la complexité des procédures, de l’impression d’injustice, du sentiment que la loi n’est pas appliquée de la même manière partout. Et enfin, les chiffres relatifs au chômage des jeunes que l’on peut consulter ci-dessous. Le taux de chômage en milieu urbain des jeunes de 15-24 ans était de 47,70% au 1er trimestre 2022. A la même date et pour les jeunes de 25-34 ans, en milieu urbain, il était de 25%.

Medias24
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En d’autres termes, que Othmane Barakat ait tort ou raison, le problème existe. Et s’il dit vrai, tous les Othmane Barakat doivent être aidés.

Dans ses déclarations, le jeune homme estime “ne pas avoir été pris au sérieux” et avoir manqué d’interlocuteurs. Un constat qui ressort malgré les diverses politiques publiques mises en place pour promouvoir l’entrepreneuriat durant ces dernières années, de Moukawalati à Forsa en passant par Intelaka ou le lancement du statut d’auto-entrepreneur. Ces programmes ne suppriment pas les difficultés évoquées dans le rapport de la commission spéciale pour le Nouveau Modèle de développement (CSMD).

Celui-ci rapporte les témoignages d’entrepreneurs “confrontés à des barrières indirectes, telles que les réglementations lourdes ou encore la collusion public-privé dans l’attribution d’autorisations ou l’accès à des ressources foncières ou financières”.

L’accompagnement entrepreneurial fait défaut

A ces difficultés s’ajoutent celles liées à l’absence d’accompagnement. Il s’agit de l’un des principaux facteurs de blocage de l’entrepreneuriat au Maroc, tel que relevé par l’étude réalisée en 2019 par Adil Khalis, expert spécialisé dans les questions de l’entrepreneuriat et de l’emploi. L’étude en question, intitulée “Diagnostic des acteurs et initiatives de l’entrepreneuriat au Maroc”, a été pilotée par le département du chef du gouvernement dans le cadre d’un don de la Banque africaine de développement (BAD).

Joint par Médias24 dans le cadre d’un précédent article, Adil Khalis expliquait que malgré les avancées constatées dans la dynamique entrepreneuriale au cours de la dernière décennie, celles-ci restent insuffisantes au vu des potentialités que peut faire valoir notre économie.

Cette différence a également été relevée par l’enquête du Global Entrepreneurship Monitor en 2018, selon laquelle “plus de 26% de la population active au Maroc avait l’intention de démarrer une entreprise entre 2017 et 2020”. Or, “bien que ce chiffre montre qu’il y a un très fort potentiel entrepreneurial, l’écart enregistré entre cette intention et le passage à l’acte est énorme”.

Ce gap met en exergue l’utilité de l’accompagnement entrepreneurial, mais aussi celui des sécurités juridiques et financières requises pour le lancement d’un projet. La garantie de cette sécurité à l’initiative entrepreneuriale a été soulignée dans le rapport du CSMD parmi les propositions de choix stratégiques, dans le cadre de la transformation économique.

Lenteur et complexité des procédures : un manque d’encouragement

En matière de complexité, de lourdeur et de longueur des procédures, la dématérialisation mise en place n’a pas réussi à solutionner la problématique ni à satisfaire les entrepreneurs et usagers déçus. Sur le front de l’investissement et de la création d’entreprises, des critiques fusaient à l’égard du ralentissement des procédures et du rallongement des délais de traitement, notamment à Casablanca. Des critiques démenties par les autorités en charge, à savoir le ministère de la Justice et le tribunal de commerce de Casablanca, où une partie des procédures de création d’une entreprise se déroulent par voie électronique notamment, en application de la loi 88-17 relative à la création et à l’accompagnement de l’entreprise par voie électronique.

Une loi dont les décrets d’application n’ont pas encore vu le jour, ralentissant ainsi la transformation numérique de la procédure de création d’entreprise. Un gestionnaire de fonds d’investissement, joint par Médias24 dans le cadre d’un précédent article, témoignait des longs délais auxquels sont confrontés ses clients.

“Quasiment aucune procédure n’est digitalisée et le fonctionnement des tribunaux de commerce est au ralenti depuis le déconfinement. Des procédures qui prenaient auparavant entre deux à trois semaines peuvent désormais facilement prendre deux à trois mois”, nous confiait la même source en janvier 2021.

Ce qui rejoint l’un des constats mis en avant dans le rapport de la CSMD, selon lequel “les pesanteurs bureaucratiques, la complexité des procédures administratives et le nombre élevé d’autorisations requises entravent la dynamique entrepreneuriale et la prise d’initiative, au regard du coût de transaction élevé qu’elles génèrent. L’initiative privée est également pénalisée par le décalage de certaines procédures avec les réalités économiques et les impératifs du développement”.

Un impératif de développement que rappellent les internautes dans leurs réactions en solidarité avec Othmane Barakat. Pour rappel, ce dernier a tenté de mettre fin à ses jours au cours d’un live Facebook, dénonçant une injustice à son encontre et réfutant toutes les accusations formulées par les autorités locales. De leur côté, celles-ci ont énuméré les infractions imputées à Othmane Barakat, sachant que ce dernier fait l’objet de poursuites judiciaires lancées par le parquet. Il ne s’agit pas de prendre parti dans cette affaire, mais de souligner les sentiments de marginalisation et d’injustice ressentis par les jeunes marocains, largement exprimés sur les réseaux sociaux.

Sous le tapis, il y a un énorme dossier : devenir une Startup Nation, prendre les jeunes par la main, les encadrer, les motiver, leur redonner suffisamment d’espoir pour entreprendre.

#Justice4Foodie : Othmane Barakat, objet de poursuites judiciaires

#Justice4Foodie : Barakat dénonce une injustice, la commune plaide le non-respect de la réglementation

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