Des éditeurs exposants souhaitent le maintien du SIEL à Rabat
Deux jours avant la clôture du Salon international de l’édition et du livre, Médias24 a interrogé ce vendredi 10 juin trois éditeurs ainsi que le ministre de la Culture sur la 27e édition qui s’est tenue pour la première fois à Rabat, et sur son éventuelle installation définitive dans la capitale au détriment de Casablanca.
Après avoir recueilli la perception de trois éminents intellectuels sur le salon, notre rédaction a donné la parole à trois grands éditeurs pour livrer leur sentiment sur l’édition actuelle du SIEL par rapport aux précédentes qui se sont tenues durant vingt-six ans à Casablanca.
Des éditeurs enthousiastes
Ravie par l’édition 2022, la directrice des éditions Yomad pour la jeunesse avance « qu’il n’y a aucune comparaison possible entre le souk de Casablanca et le salon de Rabat qui contrairement à son aîné "respecte toutes les normes internationales avec une bonne organisation, des enfants canalisés dans des endroits réservés… ».
Selon Nadia Essalmi, les éditeurs locaux étaient souvent embarrassés devant leurs confrères étrangers par des éditions précédentes qui s'apparentaient davantage à une foire du livre qu’à un vrai salon professionnel.
Partant de ce triste constat, l’éditrice, qui assure parler au nom de toute sa profession, milite pour un déménagement définitif du SIEL à Rabat en arguant qu'il serait doté d’un potentiel de visiteurs plus élevé qu’à Casablanca, dont le public était en réalité majoritairement constitué d'enfants.
Souhaitant remettre les chiffres de fréquentation dans leur véritable contexte, Essalmi assure que s’ils semblaient plus importants à Casablanca qu’à Rabat, c’est simplement parce qu'ils incluaient les visites de milliers d’écoliers qui en l'absence d'encadrement digne de ce nom faisaient fuir les lecteurs adultes.
En outre, l’éditrice avance qu’une installation pérenne à Rabat permettra de drainer un public ciblé et de faire revenir les éditeurs étrangers, en particulier européens, qui avaient fui les éditions précédentes caractérisées par une désorganisation générale voire kafkaïenne pour reprendre les termes utilisés par l'intellectuel Mohamed Tozy.
Sur les ventes réalisées depuis le 3 juin, Essalmi nous révèle qu’elles ont « doublé pour toute la profession », grâce à une demande qui ne pouvait être qu'au rendez-vous de cette édition qualitative.
La capitale a mis quatre fois plus d’argent que Casablanca pour l’édition 2022
Visiblement satisfait de ses ventes, Abdelkader Retnani, fondateur de la maison d’édition La Croisée des chemins, s'est pour sa part réjouit « d’avoir une nouvelle catégorie de clients qui s’intéressent plus aux livres et qui achètent beaucoup plus que ceux de Casablanca ».
Entre les visiteurs "bien plus pressés dans la capitale économique" et les autorités qui ont mis "quatre fois moins d’argent pour le SIEL que celles de Rabat", il n’y aurait selon lui pas lieu de comparer les SIEL des deux villes.
Si le Casablancais assure n’avoir aucune religion sur la localisation future du salon, il n’hésite pas à choisir " la capitale qui dès sa première édition a mis plus de moyens financiers pour développer le secteur de la culture, alors que la ville de Casablanca est censée être plus riche".
Tout en reconnaissant que le déménagement à Rabat de son stand qui emploie dix personnes lui coûterait davantage, Retnani assume son choix qui ne devrait pas plaire aux Casablancais qui préfèreraient conserver l’organisation du salon.
Le premier vrai salon du livre du Maroc
De son côté, la directrice de la maison d’édition Yanbow Al Kitab habituée des salons internationaux s'est montrée tout aussi dithyrambique sur l'édition 2022.
Elle s'est dite agréablement surprise par le niveau d’organisation à Rabat, alors qu’en tant que Casablancaise, son cœur balance plutôt pour sa ville natale.
N’hésitant pas à qualifier les éditions précédentes de simples foires, Amina Hachimi Alaoui nous a confié que « c’était la première fois de sa carrière qu’elle assistait à un vrai salon du livre au Maroc ».
« A moins d’être en mesure d’offrir la même qualité de service à Casablanca, il est selon moi préférable de maintenir les prochaines éditions à Rabat, dont les habitants sont bien plus disciplinés que ceux de la capitale économique », reconnaît-elle « à son grand regret ».
Pour illustrer son propos, l’éditrice confie avoir été particulièrement étonnée en recevant des groupes d’enfants, issus de toutes les couches sociales, qui avaient déjà étudié certains livres présentés dans son stand.
« La décision d’un éventuel déménagement sera prise à la rentrée scolaire »
Joint en dernier pour recueillir ses intentions sur l’éventuel déménagement du SIEL à Rabat, le ministre de la Culture nous a invités à patienter le temps de clore le salon, prendre du recul et, enfin, de "se réunir avec tous les acteurs du secteur pour prendre une décision au plus tard à la prochaine rentrée scolaire".
Tout en refusant de communiquer sa préférence, Mehdi Bensaïd a reconnu que plusieurs éléments plaidaient en faveur d'une installation dans la capitale.
Ainsi, le chiffre d’affaires des éditeurs a dépassé celui de la dernière édition casablancaise.
Idem pour la fréquentation des visiteurs qui serait équivalente à la précédente édition alors que la ville de Rabat est trois fois plus petite que Casablanca.
« A terme, le Maroc comptera un SIEL et onze salons régionaux du livre »
Tout en donnant raison à l’intellectuel Mohamed Tozy, qui plaide pour l’organisation de salons du livre dans les douze régions du Maroc, Bensaïd a cependant jugé qu’il ne pouvait y avoir de place que pour "un seul salon international du livre, auquel s’ajouteraient des salons régionaux supportés par les communes et les régions".
Pour y arriver avant la fin de son mandat, le ministre a conclu qu’une stratégie de multiplication de ce rendez-vous annuel allait être lancée avec les présidents des onze autres régions du Royaume qui devront débloquer les fonds nécessaires.
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