A l’Istiqlal, le groupe parlementaire contre le comité exécutif et Hamdi Ould Rachid
Bras de fer par procuration entre Hamdi Ould Rachid et une partie de l’Istiqlal. Le maire de Laâyoune est accusé d’avoir voulu passer en force pour imposer une réorganisation sur-mesure et ainsi contrôler le parti.
C’était prévisible. Beaucoup l’avaient prévu. Une règle dialectique vieille comme le monde veut que sur un terrain donné, les deux acteurs les plus forts finissent par s’affronter. C’est ce qui se passe avec Hamdi Ould Rachid, le puissant maire de Laâyoune, celui qui a fait et défait les secrétaires généraux de l’Istiqlal : nous avons nommé Nizar Baraka et Hamid Chabat.
Aujourd’hui, différents indices, différentes sources, évoquent une tentative de passage en force pour contrôler une partie de l’Istiqlal de la part de Hamdi Ould Rachid et des élus istiqlaliens qui le soutiennent.
En 2017, Ould Rachid avait joué un rôle décisif dans l’éviction de Hamid Chabat et l’élection de Nizar Baraka.
A l’époque, le parti disposait de 42 sièges parlementaires. Il avait perdu du terrain et du crédit par le comportement, disons fantasque, de Hamid Chabat. Le parti de Allal avait néanmoins de beaux restes. Et probablement le meilleur appareil, présent partout au Maroc et qui quadrillait toutes les régions.
Dans ce parti, le dynamisme et les moyens matériels de Hamdi Ould Rachid faisaient et pouvaient faire pencher n’importe quelle balance ou presque. D’où le rôle central, décisif, qu’il a joué dans l’élection de l’actuel chef du parti.
Ci-dessous, l'évolution du nombre de députés de l'Istiqlal depuis 1997:
Le 8 septembre 2021, l’Istiqlal réalise le meilleur score de son histoire : 81 députés, quatre présidents de région, sans compter les élus communaux. Bref, la trentaine de députés que revendique Ould Rachid pèse moins lourd, beaucoup moins lourd qu’en 2017 lorsque ce 7 octobre, Baraka succède à Chabat.
Changement de rapport de force
Quatre années plus tard jour pour jour, le 7 octobre 2021, il est nommé ministre de l’Equipement et de l’eau. Avec les nombreux élus aux différents scrutins, et les portefeuilles ministériels, Nizar Baraka est moins dépendant des barons du parti et du premier d’entre eux.
Hamdi Ould Rachid n’a peut-être pas mesuré ce changement de rapport de force. En tous les cas, à deux reprises, le 26 mai et le 6 juin, il abat ses cartes. Le choix des dates n’est pas innocent : le parti devra réunir son congrès d’ici fin septembre. De plus, le mandat de Noureddine Modiane, chef du groupe parlementaire et l’une des cibles de Ould Rachid, est invalidé par la Cour constitutionnelle le 19 mai.
Le 26 mai, Nizar Baraka préside à Harhoura une "retraite" du comité exécutif, en grande partie contrôlé par Ould Rachid. Les décisions qui en émanent portent sur la tenue d’un congrès extraordinaire, dont la date allait être rapidement annoncée, et sur des changements des statuts concernant, entre autres, la composition du Conseil national. A l’Istiqlal, le Conseil national est le dépositaire ultime du pouvoir puisque c’est lui qui élit le secrétaire général et les membres du comité exécutif.
Le Conseil national compte actuellement 1.400 membres. Hamdi Ould Rachid veut ramener ce chiffre à 500. Entre autres, il propose d’amender les statuts pour supprimer tout siège "ès qualité" au sein du Conseil national. Les députés font partie des perdants de cette nouvelle donne, puisque actuellement, ils siègent au Conseil national "ès qualité".
Après le "succès" de Harhoura, Hamdi Ould Rachid veut pousser son avantage. Lundi, il prend part à une réunion du groupe parlementaire istiqlalien en l’absence de Noureddine Modiane, dont le siège est invalidé. Mais une partie des députés se retire de la réunion après ses interventions. Dans la nuit, une déclaration signée par 54 députés est rendue publique : les signataires s’opposent ouvertement à Ould Rachid et rejettent les décisions du comité exécutif prises à Harhoura.
Entre autres, ils condamnent toute tentative de supprimer le lien ès qualité entre le Conseil national d’une part, et d’autre part, les députés, inspecteurs et présidents des organisations istiqlaliennes... Ils demandent également à geler toute réorganisation du parti jusqu’à la tenue des élections législatives partielles prévues le 21 juillet. C’est-à-dire jusqu’au retour de Noureddine Modiane, à qui l’on prête l’intention de suggérer Al Hoceima comme lieu du congrès extraordinaire.
Un bras de fer attendu, inexorable, qui va provoquer de fortes tensions au sein du parti. Nizar Baraka conserve l’avantage.
Congrès de l’Istiqlal: Le grand vainqueur est... Hamdi Ould Rachid
L'Istiqlal a élu un comité exécutif dominé par le courant Ould Rachid
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