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Agadir : une forte pollution aux microplastiques menace la faune marine

Une étude scientifique alerte sur la pollution aux microplastiques sur sept plages différentes le long de la côte atlantique, vers la ville d'Agadir. Ce phénomène, déclenché par plusieurs facteurs, dégrade la faune marine locale.

Agadir : une forte pollution aux microplastiques menace la faune marine

Le 17 mai 2022 à 18h20

Modifié 18 mai 2022 à 17h31

Une étude scientifique alerte sur la pollution aux microplastiques sur sept plages différentes le long de la côte atlantique, vers la ville d'Agadir. Ce phénomène, déclenché par plusieurs facteurs, dégrade la faune marine locale.

Cette étude met en exergue le problème d’abondance de microplastiques (MP) sur sept plages situées dans les environs d’Agadir (Imiouadar, Abouda, Taghazout, Tamraght, Aourir, Anza et Marina). Les densités varient de 7.680 MP (microplastiques)/kg à 34.200 MP/kg. Les formes suivantes ont été trouvées : fibres, fragments, films et pastilles ; les fibres étant la typologie dominante (73%).

Les microplastiques sont définis comme des particules de plastique d’une taille de 1 micromètre à 5 millimètres. Ces minuscules particules de plastique sont le produit de différents polymères plastiques.

Contacté par Médias 24, Mohamed Rida Abelouah, doctorant à l’Université Ibn Zohr et co-auteur de cette étude, déplore le fait que « cette zone étudiée soit parmi les cinquante premières zones au niveau mondial en termes de pollution aux microplastiques« .

L’une des zones les plus polluées du monde

Les données de l’étude indiquent que toutes les plages échantillonnées affichent une présence de microplastiques, et que la densité moyenne globale de la macro-zone qui les comprend est de 15.720 MP/kg.

La densité des plages individuelles va de la plus élevée à Anza (34.200 MPs/kg), située dans la partie sud de la zone d’étude, à la plus faible à Imiouadar (7.680 MPs/kg), le site le plus au nord examiné dans cette étude. Le graphe ci-dessous illustre la densité des MP dans les sept plages ainsi que leurs différentes formes :

Source : ScienceDirect

Cette différence de densités de MP entre les zones de plage peut s’expliquer par le régime mésotidal (marnage entre 2 et 4 m) dominant la zone, la présence de rivages rocheux, de débris ligneux et de structures dures (telles que les épis et les marinas qui servent de pièges à l’accumulation des déchets).

Les diverses sources de pollution dans la région

Mohamed Rida Abelouah cite trois principales causes de cette pollution dans la région :

– Des microplastiques, originaires du bassin de la rivière Souss-Massa, finissent le long du littoral. Le bassin du fleuve Souss-Massa, délimité au nord par les montagnes du Haut Atlas et au sud et à l’est par les montagnes de l’Anti-Atlas, couvre environ 27.000 km2. Cette rivière transporte des déchets plastiques qui atteignent les côtes. Ces déchets sont fragmentés et transformés en microplastiques.

– Après une dégradation et fragmentation, des articles en plastique atteignent les plages par les stations d’épuration des eaux usées, les effluents liquides des laveries et des unités industrielles.

L’activité de pêche : filets, cordes, matériaux d’emballage et plastiques bruts jetés accidentellement ou intentionnellement lors des activités de pêche et de navigation ont été observés le long de la zone d’étude.

L’impact des microplastiques sur la faune

Les effets négatifs des microplastiques ont été signalés chez les poissons, les moules, la méiofaune (petits animaux benthiques vivant dans les fonds marins), les crevettes, les crabes et les oiseaux marins. Ces microplastiques peuvent être transférés à l’être humain et à d’autres animaux à travers la chaîne alimentaire, souligne la même étude.

« Chez les poissons, les microplastiques sont transmis directement vers les muscles, qui sont consommés ensuite par l’être humain ou d’autres espèces », nous apprend le doctorant qui souligne que le risque est plus élevé dans la consommation de fruits de mer. Toutefois, il précise qu’aucune étude scientifique n’a été réalisée pour identifier l’impact des microplastiques dans le sang humain sur la santé. 

Par ailleurs, les déchets plastique et les microplastiques affectent gravement la faune. L’étude explique qu’ils peuvent engendrer une ingestion chez diverses espèces, impacter leur reproduction et créer des dommages à leur milieu d’habitat. Les concentrations extrêmes de MP enregistrées sur toutes les plages étudiées présentent un risque direct pour la faune marine locale.

« Même dans des plages sauvages, à l’instar de Cap Ghir (à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest d’Agadir), des microplastiques ont été trouvés dans des mollusques et des équinodermes. Et ce, à cause de leur transmission à travers des vagues, du vent et des courants marins, principalement. »

Mettre en œuvre des mesures d’urgence

Les auteurs de cette étude alertent sur l’urgence de la mise en place de mesures pour remédier à la réduction de la densité de ces microplastiques dans les plages atlantiques, surtout au niveau de la plage d’Anza.

Les industries de cette zone doivent mettre en œuvre des actions de traitement de l’eau pour réduire la charge de déchets entrant dans le traitement des eaux usées aux stations d’épuration, souligne l’étude.

« Des algues peuvent également être mises en place dans ces stations car elle jouent un rôle de filtre », explique Mohamed Rida Abelouah .

Le Maroc doit aussi trouver un remède à sa « dépendance plastique » pour le bien de son environnement. Les pêcheurs doivent être sensibilisés et responsabilisés, et le cadre légal devra être en faveur de la durabilité de l’environnement maritime pour préserver les diverses espèces impactées ainsi que la santé humaine.

À PROPOS DE L’ÉTUDE

Des doctorants et professeurs de l’Université Ibn Zohr d’Agadir ont publié, en janvier 2022, une étude sur la « pollution aux microplastiques le long de la côte atlantique centrale marocaine ».

Cette étude a concerné sept plages dans les environs d’Agadir : Imiouadar, Abouda, Taghazout, Tamraght, Aourir, Anza et Marina. Cette côte est connue pour son nombre élevé et constant de baigneurs, de petits commerces, de restaurants et d’hôtels. La région propose des activités touristiques telles que la plongée et le surf.

Les auteurs de l’étude ont réalisé des échantillons prélevés sur les sept plages entre janvier et mars 2021, et ce, à marée basse. Pour couvrir toute la zone de plage, chaque site a été divisé en 20 transects, et un échantillon a été prélevé sur chacun d’entre eux. La largeur des transects a été ajustée à la longueur de la plage, et un échantillon de contrôle terrestre (un bocal en verre ouvert) a également été mis en place pour vérifier une éventuelle contamination microplastique de l’atmosphère. Mais aucune contamination aéroportée n’a été trouvée dans la zone d’étude, rassure t-on.

Des microplastiques détectés pour la première fois dans le sang humain

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