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Croissance, inflation, demande: comment démarre 2022 (HCP)

Au vu de la conjoncture internationale et nationale, l'activité économique marocaine au 1er trimestre 2022 est marquée par sa résilience. Les principaux indicateurs observés par le HCP au 1er trimestre et les prévisions qu'il établit permettent de conclure que le pays limite les dégâts.

Croissance, inflation, demande: comment démarre 2022 (HCP)

Le 12 avril 2022 à 10h16

Modifié 12 avril 2022 à 10h58

Au vu de la conjoncture internationale et nationale, l'activité économique marocaine au 1er trimestre 2022 est marquée par sa résilience. Les principaux indicateurs observés par le HCP au 1er trimestre et les prévisions qu'il établit permettent de conclure que le pays limite les dégâts.

Le HCP publie ce mardi 12 avril 2022, sa note de conjoncture trimestrielle, faisant état de la situation des principaux indicateurs économiques observés pour le quatrième trimestre 2021, estimés pour le premier trimestre 2022 et relatant les prévisions pour le deuxième trimestre. Les chiffres estimés ou projetés qu’elle contient, ne proviennent pas de la comptabilité nationale (pour ce qui concerne le taux de croissance par exemple); ni des indices (pour l’inflation). Mais ils sont un intéressant reflet de l’évolution économique à ce stade.

La croissance économique: résilience

Après l’excellente performance de 2021 (+7,4% annuels, chiffre provisoire de la comptabilité nationale), l’année démarre timidement (comme 2021 d’ailleurs), avec au 1er trimestre, un taux de croissance évalué à 1,2%: hausse de 3,3% de la valeur ajoutée hors agriculture et repli de 12,1% des activités agricoles.

Au deuxième trimestre 2022, la croissance des activités hors agriculture évoluerait à un rythme plus soutenu, portée par la poursuite de la reprise des branches tertiaires. Compte tenu d’une baisse de 12,9% de la valeur ajoutée agricole, la croissance de l’économie nationale se situerait à 1,8%, au deuxième trimestre 2022, au lieu de 15,2% au même trimestre de 2021.

Commerce extérieur: une dynamique d’exportation portée par les prix

Le volume des exportations nationales de biens et services aurait affiché une croissance de 5,6% au premier trimestre 2022, dans un contexte de vive accélération des prix à l’export.

En valeur, les exportations de biens se seraient, en effet, accrues de 29,5% en glissement annuel, au lieu de 12,6% une année auparavant.

Cette évolution aurait été portée, principalement, par l’augmentation des ventes extérieures de phosphates et de ses dérivés qui auraient contribué pour 14,5 points à l’évolution globale des exportations des biens en valeur.

Hors phosphates et dérivés, les exportations auraient augmenté de +19,3%, profitant du redressement des ventes extérieures de l’industrie aéronautique de 61,5 % au lieu de -17,3% au premier trimestre 2021 et des ventes du secteur de textile qui auraient affiché une augmentation de 28,2% au cours de la même période.

Pour leur part, les importations des biens, en valeur, auraient affiché un affermissent de 37%, au lieu de 2,6% au cours de la même période de 2021. Cette accélération aurait été attribuable à l’accroissement de 88,8% des achats des produits énergétiques dans le sillage de la flambée des cours internationaux des produits raffinés, notamment ceux du gas-oil et du fuel.

Les achats des demi-produits auraient été, également, dynamiques, contribuant pour 10,9 points à l’évolution globale des importations, suivis des produits alimentaires avec une contribution de 5,3 points et des biens d’équipements qui auraient crû de 20,3%. En revanche, les importations des biens finis de consommation auraient légèrement ralenti, pâtissant de la baisse de 15,7% des importations des voitures de tourisme.

La hausse plus prononcée des importations par rapport aux exportations aurait accentué le déficit de la balance commerciale des biens et engendré un repli de 3,5 points du taux de couverture des importations par les exportations au premier trimestre 2022, par rapport à la même période de 2021.

Décélération de la demande intérieure

Au premier trimestre 2022, la demande intérieure aurait connu une sensible décélération par rapport à 2021, mais serait restée le principal support de l’activité. L’essentiel de sa croissance aurait été attribuable à la progression de 5,3% de la consommation des administrations publiques, en ligne avec le renforcement des dépenses de fonctionnement.

En revanche, le rythme de croissance de la consommation des ménages se serait sensiblement réduit, atteignant +0,8% au premier trimestre 2022, au lieu de 1,5% au cours de la même période de l’année passée. Le repli des revenus agricoles aurait pesé sur les dépenses des ménages dans un contexte d’accentuation des pressions inflationnistes.

L’investissement  productif aurait, pour sa part, augmenté de 2,9%, en variation annuelle, dans un contexte de modération des investissements en construction.

L’inflation au plus haut niveau depuis 2008

La tendance haussière des prix à la consommation, observée au quatrième trimestre 2021, se serait accélérée au premier trimestre 2022. En variation annuelle, les prix à la consommation auraient évolué à un rythme jamais atteint depuis 2008, affichant une hausse de 3,6%, au lieu de 0,1% au cours de la même période de 2021.

Cette accélération aurait été principalement le fait de l’envolée des prix des produits alimentaires de +5,3%. Les prix des produits alimentaires hors frais auraient enregistré une hausse de 6,4%, tirée par l’augmentation de ceux des produits à base de céréales et des huiles végétales. Les prix des produits frais se seraient, également, renforcés, notamment ceux de viande de la volaille qui auraient contribué pour 1,9 point de pourcentage à l’augmentation des prix.

Hors produits alimentaires, les prix se seraient accrus de 2,5%, sous l’effet des hausses des prix des produits énergétiques, du transport et de l’accélération de ceux des produits manufacturés, sur fond des tensions liées aux difficultés d’approvisionnement et des augmentations des coûts de production industrielle.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix soumis à l’intervention de l’Etat et les produits à prix volatils, aurait, pour sa part, nettement progressé, pour atteindre +3,4% au premier trimestre 2022, tirée par l’évolution très dynamique de ses composantes, en particulier alimentaire et manufacturière.

L’activité économique nationale: plus détails

Au premier trimestre 2022, l’activité économique aurait affiché une progression de 1,2%, en variation annuelle, au lieu de 1% une année plus tôt, tirée principalement par un accroissement de 3,3% de la valeur ajoutée hors agriculture. Les branches tertiaires, qui auraient continué de profiter d’un effet d’ajustement de base favorable, auraient contribué pour +1,9 point à l’évolution du PIB, portées par la poursuite du rétablissement des activités touristiques. En variation annuelle, la valeur ajoutée de l’hébergement et de la restauration aurait augmenté de 53,4%, au premier trimestre 2022, dans le sillage de l’amélioration de la situation épidémiologique au Maroc et de la réouverture des frontières aériennes à partir du 7 février 2022.

La croissance des activités secondaires se serait, quant à elle, légèrement accélérée, portant sa contribution à la croissance globale du PIB à +0,5 point, au lieu de +0,4 au cours de la même période de 2021. La valeur ajoutée minière se serait infléchie de 4,2% au premier trimestre 2022, en variation annuelle, après avoir enregistré une hausse de 5,2% une année auparavant. Les activités d’extraction des minerais non métalliques auraient régressé de 5,3%, dans un contexte de repli de la demande des industries locales de transformation.

En revanche, l’activité des industries manufacturières aurait poursuivi sa reprise au rythme de 2,7% au premier trimestre 2022, au lieu de 1,6% pendant la même période de 2021. En dépit du renchérissement des coûts de production, lié à la hausse des prix des matières premières et aux problèmes d’approvisionnement, l’activité des industries manufacturières aurait bien résisté, grâce notamment au raffermissement de celles des industries de textile et des industries métalliques et métallurgiques. En revanche, les industries chimiques qui avaient été particulièrement dynamiques en 2021, auraient connu une réduction de 2,2% de leur valeur ajoutée dans un contexte de repli des quantités exportées de dérivés de phosphates, largement compensé par la hausse de leur prix de vente à l’export.

Retournement à la baisse des activités agricoles après quatre trimestres de hausses successives

La valeur ajoutée agricole aurait affiché une contraction de 12,1%, au premier trimestre 2022, en variation annuelle, après avoir été particulièrement dynamique en 2021, pâtissant d’un déficit pluviométrique de 65% au terme des 6 premiers mois de la campagne agricole 2021/2022 par rapport à la même période d’une année normale. Les effets de ce déficit auraient été particulièrement perceptibles au niveau des cultures automnales et hivernales, notamment les céréales, dont les superficies semées auraient connu une baisse de 21% par rapport à la moyenne quinquennale. L’installation des autres cultures, notamment les maraîchères d’hiver, aurait été également perturbée par les faibles apports de l’irrigation, dans un contexte d’abaissement de taux de remplissage des barrages à 33% à fin mars 2022, au lieu de 51% une année auparavant. Les activités d’élevage du cheptel, auraient été également pénalisées par la faiblesse des parcours végétaux et le renchérissement des prix des aliments de bétail. Toutefois, la production animale aurait affiché une croissance modérée, tirée principalement par l’amélioration des activités avicoles, avec une hausse de 10,7% de la production des poussins d’un jour, au terme des deux premiers mois de 2022.

Légère accélération du rythme de la croissance économique au deuxième trimestre 2022 (prévision)

Au deuxième trimestre 2022, l’évolution de l’économie mondiale resterait tributaire de la situation épidémiologique, notamment, en Chine ainsi que des répercussions du conflit Russo-Ukrainien qui pèseraient sur les perspectives de croissance de l’économie mondiale sur l’ensemble de l’année 2022.

En outre, le renchérissement des cours des matières premières, notamment ceux énergétiques et agricoles, conjugué aux perturbations que connaissent les chaînes d’approvisionnement mondiales devraient peser sur la reprise des économies avancées. Dans ce contexte, la demande étrangère adressée à l’économie nationale afficherait une hausse de 3,1% au deuxième trimestre 2022, en variation annuelle, au lieu de 20,7% au cours de la même période de l’année passée.

La demande intérieure connaîtrait, pour sa part, une légère accélération au deuxième trimestre 2022, contribuant de 3,3 points à la croissance économique globale. Elle serait particulièrement portée par la poursuite de l’affermissement des dépenses publiques, alors que les dépenses des ménages resteraient affectées par le maintien des fortes pressions inflationnistes.

Dans ce contexte, la valeur ajoutée hors agriculture afficherait un accroissement de 4,1% au deuxième trimestre 2022, en glissement annuel. Elle serait particulièrement portée par les branches tertiaires,  dont la contribution à la croissance économique globale s’élèverait à +2,4 points. Dans le secteur secondaire, les activités minières renoueraient avec une croissance positive, favorisant une hausse de 2,8% de la valeur ajoutée des branches secondaires.

Dans l’ensemble et compte tenu d’une baisse de 12,9% de la valeur ajoutée agricole, l’activité économique afficherait une progression de 1,8%, au deuxième trimestre 2022, en variation annuelle, au lieu de +15,2% enregistrée par effet de base au même trimestre de l’année 2021.

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