Matériaux de construction. Les raisons des hausses successives du rond à béton

La hausse successive des prix du rond à béton fait plonger le secteur du BTP et de la construction dans l’incertitude et l’instabilité. Voici les niveaux des prix pratiqués actuellement et les raisons de ces augmentations.

Matériaux de construction. Les raisons des hausses successives du rond à béton

Le 14 mars 2022 à 20h45

Modifié 15 mars 2022 à 14h57

La hausse successive des prix du rond à béton fait plonger le secteur du BTP et de la construction dans l’incertitude et l’instabilité. Voici les niveaux des prix pratiqués actuellement et les raisons de ces augmentations.

"La situation est instable ; les coûts des matériaux de construction augmentent très régulièrement et de manière fréquente. Il y a des matériaux dont les prix changent chaque jour ou tous les deux jours", témoigne le patron d'une entreprise de construction. "Cela n'est pas propice aux affaires. On ne peut pas s'engager aujourd'hui vis-à-vis de nos clients sur des prix alors qu'ils peuvent changer deux jours plus tard", poursuit-il.

Un constat que confirme un autre entrepreneur dans le bâtiment : "Les prix nous sont indiqués avec une durée de validité d'un à trois jours dans le meilleur des cas. Passé ce délai, les prix avancés par le fournisseur ne sont plus valables, ce qui complique l'élaboration de devis pour les clients."

Acier : 2 dirhams de plus le kg en moins d'un mois

L'un des principaux matériaux de construction qui a connu une flambée remarquée depuis quelques mois, c'est l'acier, ou le rond à béton utilisé dans la construction. "Il y a eu l'impact du Covid avant la guerre en Ukraine, où les prix ont beaucoup augmenté par rapport à l'année précédente. On parle d'une hausse comprise entre 10% et 20%, essentiellement liée au déséquilibre de l'offre et de la demande. Plusieurs usines avaient fermé alors qu'il y avait une demande soutenue", explique l'une de nos sources.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les choses évoluent désormais beaucoup plus rapidement et toujours à la hausse, à en croire nos sources. "On achète aujourd'hui de l'acier pour du béton armé à plus de 12 dh/kg alors qu'il était à 11 dirhams la semaine dernière et, une semaine auparavant, à 10 dirhams", poursuit l'un des entrepreneurs. Soit une hausse de plus de 2 dirhams par rapport au niveau des prix pratiqués avant la guerre ; période pendant laquelle le prix restait plus ou mois stable, autour de 9 à 9,5 dirhams.

L'impact sur le coût de la construction est indéniable. A titre d'illustration, un logement social consomme 30 kg de rond à béton par mètre carré. Il pèse 25% du coût du gros œuvre.

"A chaque fois qu'on a besoin d'acier, on appelle le jour même pour connaître le prix du jour et la disponibilité, car on rencontre désormais aussi une rareté de certains diamètres. Vu le contexte d'instabilité, plus personne n'accepte d'être payé sur des échéances", ajoute l'une de nos sources. Les fournisseurs veulent être payés au comptant, ce qui engendre un problème de trésorerie pour les entreprises de construction.

La hausse des prix nous est aussi confirmée par Ismail Akalay, président de l'Association marocaine des sidérurgistes (AMS). Selon lui, le prix du marché se situe actuellement entre 10.500 et 11.000 dirhams TTC, la tonne. Alors que l'an dernier, les prix plafonnaient autour de 9.000 et 9.500 dirhams la tonne. Des prix qui, rappelons-le, étaient déjà en hausse pour différentes raisons.

"Grâce au stock dont disposaient les producteurs, nous avons pu freiner l'augmentation des prix du rond à béton jusqu'à mi-2021. A partir de cette date, nous avons été obligés de répercuter les augmentations que l'on subissait sur les matières premières, qui représentent 70% de notre coût de revient", nous explique Ismail Akalay.

Les raisons de la hausse de l'acier

"Nous n'avons aucune visibilité. Tant qu'il y aura la crise ukrainienne, nous gérerons au jour le jour", nous confie-t-il. Actuellement, les prix peuvent changer toutes les semaines "car depuis la guerre en Ukraine, tout s'est accéléré", poursuit Ismail Akalay. "L'Ukraine alimentait de manière importante le marché turc, grand utilisateur de ferraille et de billettes. N'ayant plus accès aux produits ukrainiens, les Turcs se sont tournés vers le marché international pour s'approvisionner, ce qui fait augmenter les prix de la ferraille et de la billette", avance le président de l'AMS.

Toutefois, précise-t-il, l'envolée des prix de l'acier sur le marché international n'est pas récente. Elle remonte à la veille de la pandémie. Tout a commencé par "d'importants accidents dans des mines brésiliennes qui ont provoqué une pénurie. Depuis, le cours du minerai de fer n'a fait qu'augmenter".

Cela a été suivi "d'un conflit entre la Chine et l'Australie, accentué par des problématiques climatiques, ce qui a eu pour conséquence une réduction de l'offre". "Ensuite, les Chinois ont décidé d'arrêter toutes les usines polluantes qui utilisaient du minerai de moindre qualité. Les achats se sont alors concentrés sur le minerai de haute qualité, plus cher, ce qui a accentué la demande. De ce fait, l'acier est devenu de plus en plus cher sur tout le marché international", rappelle Ismail Akalay.

Les ferrailleurs locaux s'alignent sur les prix internationaux

Si la production d'acier dans le monde se fait à 80% à base de minerai de fer et à 20% à base de recyclage de la ferraille, au Maroc, la majorité des producteurs de rond à béton le font avec de la ferraille. "Nous sommes des recycleurs. Mais lorsque le minerai de fer augmente, il finit par avoir un impact sur la ferraille. Et depuis 2020, nous subissons de manière continue des augmentations de ces prix pour différentes raisons", nous explique encore Ismail Akalay.

Le prix de la ferraille, qu'elle soit locale ou internationale, a augmenté. Selon notre source, les aciéristes achetaient en 2021 la ferraille locale entre 2.600 à 2.700 dirhams la tonne. "Aujourd'hui, les ferrailleurs demandent entre 4.200 à 4.500 dirhams la tonne parce qu'à l'international, la ferraille est passée de 250 euros la tonne à presque 500 euros."

Les locaux s'alignent sur les cours internationaux même s'ils n'ont pas la même réalité économique. La désorganisation de cette filière, où l'informel est présent, de surcroît dans un contexte de crise, laisse place à certaines pratiques qui peuvent, dans certains cas, relever de la pure spéculation.

Arrêt naturel des importations

Mais le tableau n'est pas totalement noir. La hausse des cours internationaux rend désormais le produit local, protégé par des mesures de sauvegarde depuis huit ans, compétitif.

"En 2021, lorsque les prix ont commencé à augmenter, les importations se sont arrêtées car nous étions moins chers", nous confirme Ismail Akalay.

"Au moment où je vous parle, le rond à béton n'est plus importé car il coûte plus cher que le produit local. Nous avons beaucoup d'industriels qui viennent acheter localement alors qu'ils avaient l'habitude d'importer pour leurs propres besoins."

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