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Moulouya, Oum Er Rbia et Tensift : le détail du plan d'urgence pour l'eau potable

Les bassins hydrauliques de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia et du Tensift sont les plus touchés par la sécheresse exceptionnelle que connaît le Royaume cette année. Le point sur leur situation actuelle et les mesures d’urgence prises pour assurer la sécurité hydrique des régions desservies par les barrages relevant de ces bassins.

Moulouya, Oum Er Rbia et Tensift : le détail du plan d'urgence pour l'eau potable

Le 7 mars 2022 à 20h05

Modifié 7 mars 2022 à 20h39

Les bassins hydrauliques de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia et du Tensift sont les plus touchés par la sécheresse exceptionnelle que connaît le Royaume cette année. Le point sur leur situation actuelle et les mesures d’urgence prises pour assurer la sécurité hydrique des régions desservies par les barrages relevant de ces bassins.

Le stock d’eau actuellement disponible au niveau des barrages nationaux permettra de sécuriser les besoins en eau potable de toutes les grandes villes dans des conditions normales, à l’exception de celles desservies par les bassins de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia et du Tensift, a expliqué Nizar Baraka lors de ces différentes interventions les 2 et 4 mars.

Ces trois bassins devraient connaître quelques difficultés au vu du faible stock d’eau dans leurs barrages. Pour faire face à cette situation, un plan d’urgence a été mis en place par le ministère, pour un coût de 2,042 milliards DH (MMDH) répartis comme suit :

  • Bassin de la Moulouya : 1,32 MMDH 
  • Bassin de l’Oum Er-Rbia : 202 MDH 
  • Bassin du Tensift : 522 MDH

Moulouya : baisse de 77% des apports en eau

Selon le ministère de l’Equipement et de l’eau, du 1er septembre 2021 au 28 février 2022, la moyenne des précipitations au niveau du bassin hydraulique de la Moulouya a atteint à peine 36 millimètres (mm), contre une moyenne annuelle de 119 mm, soit un déficit de 70%.

Une diminution de 77% des apports en eau a été enregistrée durant la même période dans les grands barrages relevant de ce bassin. Rappelons que ce dernier se trouve dans la partie nord-est du pays et couvre quasi totalement la région administrative de l’Oriental (provinces de Nador, Figuig, Jrada, Oujda-Angad, Berkane-Taourirt), ainsi que les provinces de Khénifra, Taza et Boulemane.

Sur une capacité totale de 797,9 millions de m3 (Mm3), les retenues des plus grands barrages de ce bassin, au 28 février, avaient atteint 70,9 Mm3, soit un taux de remplissage de 8,9%, contre un taux de 30,6% à la même période de l’an passé (244,15 Mm3). Autant dire qu’ils sont vides ou presque, puisque c’est surtout de la vase.

« La situation de l’eau étant jugée alarmante au niveau dudit bassin, de nombreuses réunions ont été tenues avec les distributeurs, notamment l’ONEE, pour s’accorder sur les scénarios de répartition d’eau à retenir et pour suivre de près les indicateurs hydroclimatiques. »

Le budget qui sera alloué au bassin de la Moulouya dans le cadre du plan d’urgence servira ainsi à :

– Réaliser des études de suivi de la situation des barrages relevant du bassin de la Moulouya. Pour l’instant, seules les études de suivi du barrage Mohammed V, où les retenues d’eau sont passées de 12 Mm3 à 1,13 Mm3, ont été achevées. Les études des autres barrages sont en cours.

– Développer des systèmes pour profiter des eaux des lacs isolés situés au niveau du barrage Mohammed V pour 10 MDH. Cette étape attendra d’abord la fin des études de suivi de la situation des barrages du bassin.

– Mettre en place des barges flottantes pour exploiter les parties inférieures du barrage Machraa Hammadi pour 10 MDH. Ce marché est en cours d’attribution.

– Explorer les eaux souterraines pour fournir de nouvelles ressources en eaux à Oujda – Angad, Taourirt, Berkane, Guersif, Nador, Driouch et Figuig. Ce projet, qui a été approuvé par le chef du gouvernement, coûtera 10MDH.

– Equiper cinq forages dans la ville de Guercif avec un débit de 60 litres/seconde, pour 37 MDH.

– Préparer les puits pour améliorer l’alimentation de la ville d’Oujda en eau, avec un débit de 150 l/s via l’ONEE. Le coût de ce projet s’élève à 23,5 MDH.

– Préparer les puits pour améliorer l’alimentation de la ville d’Oujda en eau, avec un débit de 90 l/s via la RADEEO (Régie autonome intercommunale de distribution d’eau et d’électricité d’Oujda), pour 9,5 MDH.

– Forage de trois points d’eau pour améliorer l’approvisionnement en eau de Taourirt avec un débit de 60l/s, ainsi que la ville de Laâyoune et les régions rurales voisines avec un débit de 40 l/s. Le coût du projet est estimé à 40 MDH.

– Exploiter l’eau des stations de pompage de Moulay Ali pour approvisionner les provinces de Nador, Driouch, Berkane, et les régions voisines en cas de pénurie. Selon le ministère, l’exploitation de l’eau de la station Oulad Settout a été lancée le 20 février 2022 pour alimenter Nador et Driouch en eau potable, avec un débit de 1.300 l/s. L’eau de la station Moulay Ali a été utilisée pour alimenter Berkane, Saidia et Ras El Maa, avec un débit de 500 l/s.

– Installer des unités mobiles de dessalement d’eau saumâtre dans les aquifères de Berkane, Nador et Driouch, afin d’obtenir un débit total de 350 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM (Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya), coûtera 160 MDH.

– Réaliser un canal pour puiser l’eau à partir du barrage Machraa Hammadi, afin d’alimenter les villes de Nador et Driouch en eau potable avec un débit de 1.800 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM, coûtera 310 MDH.

– Réaliser un canal pour puiser l’eau à partir du barrage Machraa Hammadi, afin d’alimenter les villes de Saidia, Berkane et Ras El Maa en eau potable, avec un débit de 820 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM, coûtera 380 MDH.

– Mettre en place de nouveaux points d’eau pour alimenter la ville de Midelt pour 17 MDH. 

– Fournir des camions citernes (50MDH).

– Réaliser la première tranche des petits barrages et des barrages collinaires (11 barrages au total). Ce projet coûtera 254 MDH. L’accord de réalisation est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Réétudier la mise en place d’une station de dessalement de l’eau de mer à Nador pour 7 MDH. Le cahier des charges de ce projet est en cours d’élaboration par la Direction générale de l’eau.

Oum Er-Rbia : les barrages du bassin remplis à 10,3% seulement

Le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia est également très touché par la sécheresse cette année, la moyenne des précipitations ayant enregistré un déficit de 74% entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2022. Durant cette période, celles-ci ont atteint à peine 66 mm contre une moyenne annuelle de 255 mm.

Quant aux apports en eau, ils ont diminué de 80% par rapport à la moyenne annuelle, avec 328 Mm3 enregistrés durant la même période.

Les retenues au niveau des grands barrages relevant de ce bassin, dont les principaux sont Bin El Ouidane et Al Massira, sont estimées, au 28 février, à 508,19 Mm3 sur une capacité totale de 4.955 Mm3, ce qui représente un taux de remplissage de 10,3% contre 20% (991 Mm3) à la même période de l’an passé.

Pour faire face à cette situation, une liste de mesures d’urgence a été mise en place pour la gestion du complexe El Hansali-Al Massira, dont les ressources en eau sont passées à 255 Mm3 au 26 février 2022, contre 367 Mm3 une année auparavant. Il s’agit notamment de :

– l’arrêt de l’irrigation à Beni’Amir depuis le 18 octobre 2021 ;

– le renforcement de la capacité du barrage Al Massira de 40 Mm3 à partir du barrage Bin El Ouidane ;

– le transfert des retenues du barrage Ahmed Al-Hansali vers le barrage Al Massira (100 Mm3) ;

– la satisfaction des besoins en eau potable du barrage Al Massira avec un volume de 180 Mm3 ;

– la révision du volume d’eau industrielle alloué à OCP.

D’autres mesures sont également prévues dans le cadre du plan d’urgence mis en place par le ministère, notamment :

– L’accélération de l’exploitation de la première partie du canal reliant le réseau d’eau potable du nord de Casablanca au réseau du sud de la ville, et la programmation de la deuxième partie afin d’atteindre un débit de 4 m3/s. Ce projet coûtera 180 MDH. Le taux de réalisation de la première partie de ce canal est estimé à 99%, et sa mise en service est prévue en mars 2022. Le marché relatif au second canal est en cours de lancement.

– La mise en place de barges flottantes pour exploiter les parties inférieures du barrage Al Massira, pour 14 MDH. L’opérationnalisation de ce projet est prévue pour avril 2022.

– L’amélioration de l’utilisation des eaux souterraines en explorant de nouvelles sources.

– L’accélération de la réalisation du projet d’usine de dessalement de l’eau de mer dans la région de Casablanca-Settat. L’appel à manifestation d’intérêt sera lancé le 9 mars.

– L’accélération de la réalisation d’une usine de dessalement d’eau de mer pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable de la ville de Safi.

– L’achèvement de la première partie des petits barrages et des barrages collinaires pour 8 MDH. Un accord de partenariat dans ce sens est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Le renforcement du contrôle des prélèvements d’eau non autorisés dans les vallées et les canaux multi-usages.

– L’activation des comités de veille.

Notons que ce bassin inclut le bassin de l’Oum Er-Rbia et les bassins côtiers atlantiques situés entre El Jadida et Safi. Il alimente les provinces de Beni Mellal, Khouribga, Azilal, El Jadida, El Kelaâ des Sraghna, et Safi ainsi qu’une grande partie des provinces de Khénifra et Settat.

Précipitations au Tensift : un déficit de 78% au 28 février

La moyenne des précipitations au niveau du bassin hydraulique du Tensif est estimée à 39 mm entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2022, soit un déficit de 78% en comparaison avec la moyenne annuelle.

A l’instar des bassins de la Moulouya et de l’Oum Er-Rbia, les apports en eau, estimés à 29 Mm3 durant la même période, ont enregistré une baisse de 90% par rapport à la moyenne annuelle.

Quant aux retenues des principaux barrages relevant dudit bassin, elles étaient de 86,8 Mm3 au 28 février, sur une capacité totale de 227,3 Mm3, soit un taux de remplissage de 38,2%, contre 51% un an auparavant (115,9 Mm3).

Pour l’année 2021-2022, il a été décidé de :

– Programmer un seul cycle d’arrosage pour entretenir les arbres dans les régions desservies par ce bassin.

– Arrêter l’irrigation depuis octobre 2021. L’eau est préservée pour l’approvisionnement en eau potable.

– Intégrer les eaux du barrage Moulay Youssef (uniquement destiné à l’agriculture) dans le réseau d’eau pour renforcer l’alimentation en eau potable du Grand Marrakech. Un volume d’eau allant jusqu’à 20 Mm3 a été alloué à la ville de Marrakech.

– Attribuer à la ville de Marrakech un volume d’eau pouvant aller jusqu’à 30 Mm3 à partir du barrage d’Al Massira pour sécuriser son approvisionnement en eau potable. L’exploitation débutera début avril.

D’autres mesures d’urgence sont prévues au niveau de ce bassin dans le cadre du plan d’urgence mis en place par le ministère pour faire à la sécheresse :

– Affectation à la ville de Marrakech d’un volume d’environ 20 Mm3 à partir du barrage Moulay Youssef pour assurer son alimentation en eau potable.

– Achèvement de la première tranche des petits barrages et des barrages collinaires (16 barrages au total) pour 217 MDH. L’accord de mise en œuvre de ce projet est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Amélioration du réseau de distribution de la ville de Marrakech pour profiter du volume prélevé à partir du barrage d’Al Massira pour 290 MDH, dont 90 MDH seront alloués à la RADEEMA (Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech). Dans le cadre de ce projet, les travaux topographiques ont été achevés, et l’appel d’offres est en cours d’élaboration, pour une exploitation vers fin 2023, avec un débit de 2,5 m3/s. Un débit de 600 l/s sera utilisé à partir du barrage d’Al Massira au cours du mois d’avril 2022.

– Amélioration de l’utilisation des eaux souterraines en entretenant les points d’eau existants et en explorant de nouvelles sources pour soutenir l’approvisionnement en eau potable dans diverses régions. Ce projet coûtera 15 MDH.

– Renforcement du contrôle des prélèvements d’eau non autorisés dans les vallées et les canaux multi-usages.

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