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« Papiers de Ben Abdelkrim », les explications des Archives du Maroc après le refus français

Les tentatives de l'institution et de son directeur Jamaâ Baida de récupérer "les papiers de Ben Abdelkrim", à l'occasion de la célébration du Centenaire de la bataille d'Anoual, ont échoué. La France a ignoré la demande de restitution des documents empreints d'une valeur symbolique et historique pour le Royaume.

« Papiers de Ben Abdelkrim », les explications des Archives du Maroc après le refus français

Le 2 février 2022 à 17h59

Modifié 7 février 2022 à 13h17

Les tentatives de l'institution et de son directeur Jamaâ Baida de récupérer "les papiers de Ben Abdelkrim", à l'occasion de la célébration du Centenaire de la bataille d'Anoual, ont échoué. La France a ignoré la demande de restitution des documents empreints d'une valeur symbolique et historique pour le Royaume.

Le 20 janvier dernier, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a adressé un courrier aux Archives diplomatiques françaises, en soutien à la requête des Archives du Maroc concernant la restitution des « papiers de Ben Abdelkrim » saisis par la France en 1926.

Médias24 a contacté le directeur des Archives du Maroc, Jamaâ Baida. Il nous apprend qu’une demande officielle a été initialement transmise le 21 janvier 2021, par le canal diplomatique. Cette démarche était motivée par le Centenaire de la bataille d’Anoual (juillet 1921-juillet 2021) qu’Archives du Maroc entendait « célébrer dignement avec une exposition desdits documents, en plus d’un colloque dédié à cette page glorieuse de la résistance marocaine face à l’occupation coloniale ».

« Il a fallu attendre le 16 avril pour recevoir une réponse qui esquivait ‘diplomatiquement’ l’objet de la requête« , confie Jamaâ Baida. Archives du Maroc a alors adressé un nouveau courrier, le 19 mai 2021, toujours via le ministère marocain des Affaires étrangères, pour mieux préciser le motif de la requête en lien avec la célébration du Centenaire de la bataille d’Anoual. « Mais la demande est restée sans suite », déplore le directeur des Archives du Maroc.

« Les papiers de Ben Abdelkrim » n’auraient jamais dû quitter le Maroc

Ces documents, qui se trouvent actuellement à La Courneuve (région Île-de-France), ont été saisis par les autorités françaises après la reddition de Mohammed Ben Abdelkrim en 1926. « En d’autres termes, c’est une usurpation d’un bien personnel dans des conditions particulières », lance Jamaâ Baida qui estime que ces documents n’auraient jamais dû quitter le Maroc.

« Les papiers de Ben Abdelkrim contiennent des correspondances avec des hommes politiques occidentaux, des banquiers et des investisseurs. Ils nous éclairent également sur la gestion générale du Rif sous l’autorité de l’émir : répartition des armes, autorisations de circuler, rapports politiques et militaires, audiences, etc. »

« À ma connaissance, ces documents ne contiennent rien d’extraordinaire que les historiens ne connaissent déjà. Il s’agit de cinq volumes avec quelques centaines de documents en langues arabe et espagnole, des traductions approximatives en langue française et des rapports des services de renseignement français », décrit-il.

À la question de savoir s’il y avait d’autres archives faisant l’objet d’une réclamation de la part du Maroc, Jamaâ Baida formule une réponse laconique : « Chaque chose en son temps ». Avant de nuancer : « Si la volonté politique existe de part et d’autre, il y a beaucoup de choses qu’on peut faire calmement et dans la discrétion.« 

« Cette affaire des ‘papiers de Ben Abdelkrim’ n’a été médiatisée que lorsque la partie française lui a opposé une fin de non-recevoir », déclare le directeur des Archives du Maroc, pour qui la question exige une solution politique. Elle ne doit cependant pas, selon lui, constituer un obstacle à la poursuite des bons rapports de coopération qui existent entre le Maroc et la France en matière d’archives. 

« Nous avons déjà récupéré des milliers de documents, mais sous format numérique, de France, des États-Unis et du Portugal. Ils sont aujourd’hui à la disposition des chercheurs aux Archives du Maroc. »

Une page glorieuse de l’histoire du Maroc

L’intérêt de la restitution de ces documents a trait à l’importance « d’une page de notre histoire qui demande à être valorisée« . Par conséquent, toutes les archives relatives à cette « épopée du leader du Rif » sont les bienvenues aux Archives du Maroc, selon son directeur.

Jamaâ Baida, qui est également historien, explique que « Mohammed Ben Abdelkrim a été en avance sur son temps. La résistance qu’il a menée contre le colonialisme espagnol d’abord, puis contre la coalition franco-espagnole est légendaire ; elle a eu des échos jusqu’en Indochine ».

« C’est une page glorieuse de l’histoire du Maroc au XXe siècle qu’il faut valoriser, notamment par le biais des manuels scolaires, des expositions, des publications et par le cinéma. La vocation des Archives du Maroc est précisément de collecter du matériau archivistique suffisant pour servir tous ces projets. »

Une unité « mémoire et histoire » au sein du CNDH

Contactée par Médias24, Amina Bouayach, la présidente du CNDH considère qu’en plus du soutien à une institution nationale telle qu’Archives du Maroc, cette action du CNDH s’inscrit également dans une optique de valorisation patrimoniale, guidée par les recommandations pertinentes de l’Instance Équité et Réconciliation. 

« On ne saurait nier que le droit à soi-même, à sa propre identité et à sa propre Histoire est tout aussi fondamental pour un individu quelconque que pour un peuple », déclare Amina Bouayach qui inscrit cette action dans le cadre de l’activité de l’unité mémoire et histoire créée par le CNDH.

« La mise en place de l’Unité de préservation de la mémoire et la promotion de l’histoire dans ses différents affluents, auprès de la présidence du CNDH, est un espace pluriel de réflexion et de recherche, l’Unité constitue également un mécanisme d’appui à la recherche dans l’histoire du temps présent et la préservation de la mémoire collective ».

« Elle vise, entre autres, à promouvoir l’histoire du Maroc dans ses différents affluents, tels que prévus par la constitution. Elle a aussi pour objectif de renforcer l’implémentation de cette histoire dans les cursus et les programmes scolaires, dans la perspective de mettre en œuvre une stratégie claire et intégrée qui reflète le processus du développement que connait le paysage des droits de l’Homme au Maroc.

« Nous savons que les sociétés se penchent plus sur leur Histoire dans un environnement plus libre et démocratique pour l’ancrage des droits de l’Homme au sein de l’Etat et de la société ».

« Dans un sens plus large, cette Unité traduit la conviction du CNDH que toutes archives, qu’elles soient consignées, visuelles, sonores, ou sous n’importe quel autre format, constituent une source d’une valeur inestimable pour les générations actuelles et celles futures, car elles représentent non seulement des ressources informationnelles mais également des « outils » permettant d’asseoir sur des bases plus solides les processus sociétaux de démocratisation et d’ouverture sur le monde. Car pour agir dans le monde, il faut déjà se connaître soi-même. Pour savoir où l’on va en tant que société, il faut savoir d’où l’on vient » conclue Amina Bouayach.

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