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Maroc : au paradis des roches célestes (Guide des météorites)

Les météorites du Maroc contribuent à plus de 50% de la recherche scientifique dans le monde. De Tissint, la météorite la plus emblématique (juillet 2011), à Tarda, la chondrite carbonée aux caractéristiques uniques (août 2020), les « pépites » tombées du ciel fascinent autant par leur nombre que par leurs spécificités. Médias24 met sous la loupe ces aérolithes qui tirent leur nom de villages marocains et parviennent, des terres les plus éloignées, à raconter le cosmos.

Maroc : au paradis des roches célestes (Guide des météorites)

Le 1 février 2022 à 18h00

Modifié 1 février 2022 à 18h00

Les météorites du Maroc contribuent à plus de 50% de la recherche scientifique dans le monde. De Tissint, la météorite la plus emblématique (juillet 2011), à Tarda, la chondrite carbonée aux caractéristiques uniques (août 2020), les « pépites » tombées du ciel fascinent autant par leur nombre que par leurs spécificités. Médias24 met sous la loupe ces aérolithes qui tirent leur nom de villages marocains et parviennent, des terres les plus éloignées, à raconter le cosmos.

Quand on parle de météorites, on pense à de petits cailloux noirâtres et déformés qui tombent dans le désert. Ce n’est pas totalement faux, mais ce n’est pas entièrement vrai. D’abord, les météorites ne tombent pas qu’au sud du Maroc. Les chutes de ces « étoiles filantes » concernent toutes les régions, sauf que dans certaines d’entre elles, les météorites sont mieux conservées et plus facilement repérables.

« Dans les zones désertiques, lorsqu’une roche extraterrestre tombe, elle a plus de chance de résister longtemps puisqu’il y a très peu d’eau, et donc une altération limitée. De même, vu que les surfaces sont relativement plates, il y a plusieurs cailloux qui s’y accumulent. Cette accumulation est propre aux déserts, qu’ils soient chauds ou froids », démystifie le Dr Hasnaa Chennaoui, professeure à l’Université Hassan II de Casablanca (Faculté des Sciences Aïn Chock) et experte internationale des météorites et cratères d’impact.

Le désert froid, c’est l’Antarctique, la zone de prédilection de collecte de météorites. Le « continent blanc » est à l’origine de la plus grande quantité de météorites trouvées dans le monde. Comme c’est un désert plat, tout ce qui y tombe est capté dans la glace et préservé pendant des dizaines de milliers d’années. Les déserts chauds sont, eux, par exemple, le Sahara, le Sultanat d’Oman ou encore le Chili, des régions tout aussi prisées pour la recherche de roches extraterrestres.

Au Maroc, les zones désertiques (plus de la moitié du territoire national) sont ainsi très convoitées pour la recherche et la collecte de météorites. Sur les terres claires du Sud, il est beaucoup plus facile de trouver des cailloux de couleur généralement sombre.

Dr Hasnaa Chennaoui lors d’une mission de terrain en octobre 2013.

Le pays conteur du ciel

Le Maroc est depuis deux décennies le paradis incontestable des cailloux du ciel. Le pays concentre le plus grand nombre de chutes observées de météorites dans le monde. Même par comparaison avec les États-Unis qui ont pourtant des radars sophistiqués. « Je n’ai pas encore d’explication à cela. Nous travaillons sur cette question », admet le Dr Hasnaa Chennaoui. « Il y a, par ailleurs, une composante humaine à ce phénomène, parce que les gens s’intéressent aux météorites, ils vivent encore dehors et nous avons un magnifique ciel qui n’est pas pollué par les lumières des villes, contrairement aux pays développés. Nous avons au Maroc des gens qui, quand ils voient un météore, vont aller chercher la météorite potentielle. Si vous n’avez pas un grand nombre de personnes qui vont à la recherche d’une météorite, elle ne va pas être trouvée. »

Les aérolithes du Maroc contribuent à eux seuls à plus de 50% de la recherche scientifique à l’échelle internationale

Considérés ainsi comme très accessibles, les aérolithes du Maroc contribuent à eux seuls à plus de 50% de la recherche scientifique à l’échelle internationale. « On en trouve facilement dans tous les laboratoires, grâce notamment aux donateurs, qui sont soit des collectionneurs soit des marchands. Dans d’autres pays du monde, les météorites appartiennent dans la majeure partie des cas aux États », indique Hasnaa Chennaoui.

Le pays est l’éden des « hunters » (chasseurs) de météorites. Toute une communauté de chasseurs de météorites, installée au Maroc, est sur leur trace. Les habitants du sud du Maroc et les nomades sont également au fait de ces roches. Et quand une chute est observée par des témoins oculaires, il y a des centaines et parfois des milliers de personnes qui partent à la recherche de débris, très rapidement. Cette chasse aux météorites n’est pas une nouvelle lubie. Elle a commencé dès la fin des années 1990. Depuis, l’expertise des chasseurs de corps célestes s’est beaucoup développée. Ces météorites sont pour la plupart une source de revenu supplémentaire.

L’eldorado des hunters

Ces hunters aguerris bravent la chaleur, le climat sec du désert et l’aridité des terres l’été, le froid et la neige l’hiver, à la poursuite de ces pépites célestes. Ce qui n’est pas sans danger. En cherchant la météorite Kheneg Ljouâd (sud du Maroc), en juillet 2017, deux personnes sont décédées probablement en raison de la chaleur et de l’enclavement de cette zone.

Pour Hasna Chennaoui, cette communauté de chasseurs de météorites est utile. « Ils nous aident énormément. Il y a des chasseurs de météorites qui s’y connaissent vraiment bien. Ils nous facilitent le travail, dans le sens où nous n’allons pas passer des semaines à chercher, sachant que nous n’allons pas forcément trouver quelque chose. Nous travaillons donc en étroite collaboration avec plusieurs chasseurs de météorites qui nous aident à trouver les témoins oculaires et à voir les emplacements où les morceaux ont été ramassés. »

Ce dernier point est important pour le Dr Chennaoui. En tant qu’experte internationale, elle a en effet besoin de certitude pour établir un constat scientifique. Même si elle ne repère pas elle-même la météorite, elle doit disposer de preuves indiquant que la roche a bien été ramassée dans un endroit précis. « Par exemple, pour Tarda, nous avons ramassé plein de petits bouts. Idem pour Benguerir. Nous ne ramassons pas ces poussières pour leur valeur pécuniaire faible (elles sont petites), mais parce que cela nous permet d’être crédibles par rapport à l’information relayée », affirme l’experte, également présidente de la fondation Attarik pour les sciences des météorites et de la planétologie. Même si cette fondation a été créée en avril 2019 seulement, sa mission est fondée sur les travaux de recherches réalisés depuis vingt ans.

Des collectionneurs d’étoiles filantes

Il faut savoir que la plupart des personnes qui achètent et alimentent le marché des aérolithes ne sont pas des scientifiques, mais bien des collectionneurs. Car, tout comme les timbres ou les tableaux, la météorite est un objet qui se collectionne, et sa valeur marchande est établie en fonction de sa rareté. « Les collectionneurs existent dans le monde entier. Au Maroc, nous n’en avons pas vraiment. J’aurais bien aimé qu’il y en ait, parce qu’en achetant les météorites, ils permettraient de les garder au Maroc. Ainsi, pour une telle exposition comme celle que nous avons réalisés en 2021 « Les Météorites : Messagères du Ciel », ils auraient pu nous prêter leurs objets. Des initiatives très rares existent, nous espérons qu’elles seront plus importantes à l’avenir », souligne la spécialiste.

Plusieurs échantillons de météorites marocaines sont aujourd’hui présentés à l’expo-musée « Les Météorites : Messagères du Ciel », organisée par la fondation Attarik. « Alors que nous faisions les classifications (des météorites, ndlr), et que je menais les travaux de terrain, j’achetais des morceaux. Il n’y a vraiment pas moyen de garder des échantillons au Maroc si on ne les achète pas. Personnellement, j’ai acheté beaucoup de pièces de chutes observées », confie l’experte.

Cliquer ci-dessous pour une visite virtuelle en 360° de l’exposition « Les Météorites : Messagères du Ciel ».

 

 

 

Douar Mghila, la pionnière des météorites

Au Maroc, on recense 22 chutes observées de météorites depuis la plus plus ancienne d’entre elles, Douar Mghila (dans le Moyen Atlas), qui date de 1932. « Une pièce de la météorite Douar Mghila est aujourd’hui exposée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Nous n’avons aucune description réelle de la chute… qui l’a vue ? à quelle heure ? comment ? etc. Nous n’avons que la mention, dans les services géologiques marocains anciens, d’une météorite qui s’appelle Douar Mghila qui est tombée au Maroc », nous apprend Hasnaa Chennaoui.

La dernière météorite (chondrite carbonée) provient d’une chute observée en août 2020, à Tarda. Il faut préciser que dans l’étude des météorites, on fait la distinction entre chutes observées et « trouvailles ». Les chutes observées sont les roches qui ont été repérées au  moment où elles ont percuté la terre, telles que celles de Benguerir (novembre 2004), Tamdakht (décembre 2008), Tirhert (juillet 2014), Tarda (août 2020)… (voir aussi la carte). Les « trouvailles » désignent les météorites ramassées dans le désert, et dont la chute n’a pas été observée. Il en existe des milliers au sud du Maroc. Si les météorites marocaines ont pu sortir de l’anonymat et porter des noms de villages marocains, c’est grâce aux travaux réalisés par Hasnaa Chennaoui depuis plus de deux décennies.

Tamdakht (décembre 2008)

Une identité marocaine

« Depuis 2004, j’ai effectué la classification et la nomenclature de 14 chutes observées à partir de la météorite Benguerir. Sur toute cette période, il y a seulement deux météorites que je n’ai pas classifiées. Elles l’ont été par des laboratoires étrangers », relève-t-elle. Cette démarche est très importante pour le patrimoine météoritique du Maroc, qui ne peut être quantifié qu’à travers le nombre de déclarations de météorites auprès du Comité de nomenclature (NomCom) de la « Meteoritical Society », seul organisme habilité à reconnaître et à approuver les roches extraterrestres dans le monde. Il s’agit d’une société savante américaine à but non lucratif, dont la mission est la promotion de l’étude des matériaux extraterrestres.

Les météorites sont nommées d’après l’endroit où elles ont été ramassées, d’où les noms de villages que portent les météorites dont la chute a été observée au Maroc. Mais comme la majorité de ces roches sont exportées sans qu’elles soient documentées, elles n’ont pas la nomenclature idoine. Elles portent alors le nom générique NWA (North West Africa) suivi d’un chiffre. « Aujourd’hui, nous sommes à NWA14000. Pour moi, c’est frustrant et inacceptable. Parce que ce sont des météorites ramassées au Maroc, auxquelles on fait perdre leur identité en leur mettant NWA et un chiffre. Cela m’a révoltée et j’ai commencé à documenter toutes les chutes observées et les trouvailles intéressantes, telles que Rabt Sbayta (roche sédimentaire martienne, ndlr) », affirme Hasnaa Chennaoui, également membre du Membership Committee de la Meteoritical Society.

Tissint, la martienne qui émerveille

S’il ne fallait tenir compte que d’une seule météorite parmi toutes les chutes observées au Maroc, ce serait très certainement Tissint. C’est la « star » incontestée des aérolithes du royaume. « Toutes les météorites font connaître le Maroc, et Tissint encore plus », confirme la chercheuse. Nous sommes le 18 juillet 2011, vers deux heures du matin, dans la région Tata, lorsque des habitants ainsi que des nomades de la région de la vallée de Oued Draâ repèrent un météore de couleur jaune, qui passe au vert avant de se fragmenter en deux. Ces témoins oculaires ont également entendu deux explosions très fortes. Après, il a fallu près de quatre mois pour que les premières pièces soient retrouvées.

Le nom Tissint est celui du village à côté duquel la roche est tombée. La masse totale estimée de cette météorite est de l’ordre de 7 kg avec de nombreux fragments allant de 1 g à 987 g. Ce qui fait la spécificité de Tissint, ce n’est pas tant les conditions de sa chute sur terre que son origine : la planète Mars. C’est la 5e chute de météorite martienne observée dans le monde. Et cela faisait cinquante ans qu’une chute de météorite martienne n’avait pas été observée. Les quatre autres météorites martiennes, dont la chute a été observée, sont Nakhla (Égypte), Zagami (Nigéria), Chassigny (France) et Shergotty (Inde). Pour se rendre compte de la rareté de ce phénomène, il faut savoir que la majeure partie des météorites qui tombent sur terre viennent de la ceinture d’astéroïdes (entre Mars et Jupiter).

« Tissint est importante pour nous, parce que nous avons pu faire un travail analytique sur un objet récent qui n’est pas pollué par l’atmosphère terrestre, et avec des techniques sophistiquées. Cela nous a permis de démontrer par exemple que Tissint a été éjectée de Mars, il y a à peu près 700.000 ans et qu’à ce moment-là, il y avait des fluides sur Mars. Donc, Mars était humide », précise Hasnaa Chennaoui. Tissint dévoile ainsi un grand pan de l’histoire de la planète rouge.

Le consortium de vingt chercheurs de dix pays différents, constitué par la professeure marocaine, a démontré également que « toutes les météorites reconnues comme venant de Mars étaient effectivement martiennes, parce que nous avons analysé les gaz piégés dans cette météorite (Tissint) sur un matériau frais. Les gaz analysés dans la dernière chute martienne observée ont été faits sur une roche qui était sur terre depuis plus de cinquante ans. Donc, il a pu y avoir des échanges avec l’atmosphère et les agents terrestres. Alors que pour Tissint qui est tombée en juillet 2011, les analyses ont été faites très rapidement (novembre, décembre 2011) », explique Hasnaa Chennaoui.

Outre Tissint qui offre une leçon de géologie martienne, un nouveau minéral a également été découvert dans cette météorite. Il porte désormais le nom de « Tissintite ».

Pour Hasnaa Chennaoui, le résultat de ces recherches apporte une véritable reconnaissance aux météorites marocaines, ainsi qu’au travail réalisé localement par une équipe à la fois marocaine et internationale, sous la direction du royaume. À la suite de ces travaux, le consortium de chercheurs a publié un article dans le très prestigieux magazine ‘Science’, dont Hasnaa Chennaoui est le premier auteur. « Je peux affirmer sans prétention que c’est un des rares, voire l’unique travail publié dans ‘Science’ dont le premier auteur est marocain et travaille dans une université marocaine », souligne-t-elle.

Tissint porte le nom du village à côté duquel elle est est tombée depuis la planète Mars.

Tarda, une météorite « unique » en son genre

D’autres météorites sont également emblématiques du Maroc, du fait de leur apport à la recherche scientifique. C’est le cas par exemple de Tarda, dont la chute a été observée le 25 août 2020 à 14h30 (GMT+1). Une boule de feu, qui avait ce jour-là traversé le ciel, a été observée depuis les villes d’Alnif, de Zagora, de Tazarine et de Rich au sud du Maroc. Comme ce phénomène lumineux a été suivi par des explosions en plein jour, à proximité d’habitations, les débris de la météorite ont été retrouvés dès le lendemain. La plus grande masse pèse environ 500 g.

« Tarda est une chondrite carbonée, explique Hasnaa Chennaoui. Les chondrites carbonées sont des météorites qui contiennent du carbone et de l’eau. Ces météorites ont permis aux scientifiques d’expliquer d’où proviennent l’eau et la matière organique sur Terre, qui ont une origine extraterrestre, du moins en partie. Quand la terre s’est formée, elle n’était pas couverte d’eau. L’eau est arrivée par la suite, par des comètes qui ont apporté, en plus de l’eau, des éléments qui vont constituer la matière organique et, par la suite, être à l’origine de la vie. »

Un consortium de chercheurs constitué par Hasnaa Chennaoui est toujours en train d’étudier Tarda. L’experte confie qu’ils ont obtenu à ce jour de « très beaux résultats », parce que cette météorite a des caractéristiques spéciales, uniques et différentes de toutes les autres chondrites carbonées dans le monde. Il est même possible que l’équipe de chercheurs puisse démontrer qu’il s’agit d’un nouveau groupe de chondrites carbonées. La professeure espère éditer une publication dans un magazine scientifique prochainement.

Tamdakht, la roche des hauteurs enneigées

La météorite Tamdakht (chondrite ordinaire de type H5) figure aussi sur la liste des chutes observées les plus importantes du pays. Elle est tombée au nord du Ksar des Ait Ben Haddou. Le phénomène céleste a été aperçu le soir du 20 décembre 2008 aux alentours de 22h30. Plusieurs témoins dans différents endroits du Maroc (Agadir, Marrakech, Ouarzazate) ont observé un météore (quand un morceau de roche traverse l’atmosphère, il se consume, donnant lieu à un phénomène lumineux appelé météore, ndlr) ayant une trajectoire allant d’ouest en est. Les habitants des montagnes du Haut Atlas ont également entendu des détonations et ressenti des secousses.

Les morceaux de Tamdakht ont été dispersés sur 50 kilomètres, représentant son ellipse de chute. La plus grande masse atteignait près de 82 kilos. Mais à cause du relief accidenté de cette région montagneuse couverte de neige à cette période de l’année, la recherche de la météorite a été difficile. Elle n’a été découverte que cinq semaines après la chute par un chasseur de météorites qui n’avait pas abandonné les recherches, malgré les conditions climatiques défavorables. La plus grande dépression liée à l’impact, située près de l’Oued Aachir, mesurait 1,1 mètre de diamètre et 70 cm de profondeur. Un conte pour enfant intitulé « Moi, Tamdakht la météorite », écrit par Hasnaa Chennaoui et illustré par le jeune bédéiste Driss Ouaamrou, a été édité en juin 2021 par la fondation Attarik. Une initiative de vulgarisation de la science des météorites auprès des plus jeunes.

Tirhert, un caillou rare

Tirhert est une des plus récentes chutes d’eucrite observées dans le monde, juste avant Serra Pelada au Brésil (29 juin 2017). L’équipe de Hasnaa Chennaoui, en partenariat avec des équipes américaines, l’ont classifiée et déclarée. « Tirhert est une météorite qui vient de l’astéroïde Vesta (le deuxième plus grand objet céleste de la ceinture d’astéroïdes, ndlr). Les eucrites sont relativement rares. Et c’est une météorite emblématique du Maroc », affirme la chercheuse.

Cette météorite a été observée au sud du Maroc, le soir du 9 juillet 2014 vers 22h30, pendant le mois de Ramadan, juste au moment de la prière des Taraouih tenue à l’extérieur en raison de la grande chaleur estivale. Les habitants de la région de Foum El Hisn et des villages voisins ont été témoins d’une intense boule de feu se déplaçant horizontalement dans une direction nord-ouest à sud-est. Ce phénomène lumineux a duré près de quatre secondes et a été suivi de plusieurs détonations. Les premières pièces ont été récupérées le lendemain à la première heure, près de la route menant de Foum El Hisn à Assa, malgré une température qui frôlait les 50°C.

Tirhert est une des plus récentes chutes d’eucrite observées dans le monde.

Agoudal, 11 ans d’anonymat

« Il y a une météorite qui est tout aussi intéressante. Il ne s’agit pas d’une chute observée, mais d’une trouvaille. Agoudal est une météorite de fer trouvée dans le Haut Atlas, au sud d’Imilchil. Plusieurs tonnes ont été ramassées sur place », relate la présidente d’Attarik. L’histoire de cette trouvaille est édifiante. Selon The Meterotical Society, deux petits morceaux de fer ont été collectés en 2000 dans la région d’Agoudal, dans les montagnes du Haut Atlas au Maroc, et vendus aux touristes. Et c’est seulement en septembre 2011, qu’une pièce a été vendue à un marchand d’Errich, qui l’a reconnue comme une météorite de fer. Fin 2012, les recherches systématiques effectuées par les hunters avec des détecteurs de métaux ont abouti à la découverte d’un grand nombre de météorites, pour la plupart de petite taille. Le plus gros morceau récupéré était en revanche de 60 kg, enterré à environ 50 cm sous la surface.

Agoudal est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes sidérites du Maroc. « Cette météorite est intéressante parce qu’à l’endroit où elle a été ramassée, nous avons aussi trouvé des traces qui démontrent la présence d’un cratère d’impact complètement érodé », explique Hasnaa Chennaoui. Sur place, il y a ce qu’on appelle des ‘Shatter Cones’, des cônes de percussion qui n’existent que dans les cratères d’impact. Ce qui est original, c’est que la météorite d’Agoudal et la structure d’impact sont deux phénomènes séparés, mais situés au même emplacement. Autrement dit, « deux grosses météorites sont tombées au même endroit, mais pas au même moment. » Comment explique-t-on ce double phénomène assez étrange ? « C’est un hasard », tranche Hasnaa Chennaoui.

Agoudal est une météorite de fer trouvée dans le Haut Atlas, au sud d’Imilchil.

Rabt Sbayta 003, alias Black Beauty

Rabt Sbayta 003 est l’une des étoiles filantes marocaines les plus médiatisées. Cette roche sédimentaire martienne a été déclarée au départ avec la nomenclature générique de NWA7034. Chez les marchands, elle porte le nom de ‘Black Beauty’. Il ne s’agit pas de chute observée. Selon The Meteoritical Society, cette météorite a été retrouvée en novembre 2016 et vendue par un marchand à Taliouine.

« C’est une météorite martienne très spéciale, parce qu’elle est très ancienne, deux milliards d’années à peu près. La majeure partie des météorites martiennes sont plus jeunes. Elle comble donc une partie de l’histoire de Mars qu’on ne connaissait pas. Mars est une planète qui est restée vivante jusqu’à 500 millions d’années à peu près. Elle avait gardé un volcanisme encore actif. Il y a des coulées de lave qui se mettent en place sur la surface de la planète et forment des roches récentes. Rabt Sbayta a les caractéristiques d’une roche sédimentaire, pas d’une roche magmatique. C’est donc extrêmement important pour les scientifiques », développe la professeure universitaire. C’est d’autant plus important que les roches sédimentaires n’existent que sur Terre, du fait qu’il y a de l’eau qui permet les phénomènes d’érosion, de transport et de sédimentation et qui donne également lieu aux phénomènes de tectonique des plaques, etc. Cette météorite raconte, comme l’autre martienne Tissint, une histoire géologique de Mars.

Pour conférer une identité marocaine à cette roche très spéciale, Hasnaa Chennaoui explique la démarche suivie.  « Pour Rabt Sbayta, nous avons effectué un travail de terrain pour pouvoir dire aux chercheurs qui l’ont déclarée : voilà, elle vient de tel endroit et elle doit être appelée ainsi. Donc, elle porte le nom NWA7034, mais elle porte aussi le nom de Rabt Sbayta 003 qui est une zone marocaine. »

Un système win-win

Si en Algérie, en Tunisie, au Sultanat d’Oman ou encore en Libye, il est strictement interdit d’exporter les météorites, au Maroc, il n’y avait pas auparavant de réglementation à ce sujet. « Nous avons travaillé avec le ministère de l’Énergie et des Mines pendant plusieurs années, depuis 2014 plus exactement, sur une manière de réglementer le patrimoine géologique du Maroc de façon générale, que ce soient les fossiles, les minéraux ou les météorites. Nous sommes parvenus avec le ministère de l’Énergie et des Mines et avec la direction de la géologie, il y a deux ans de cela, à un décret qui provient d’un article de la loi sur les mines. Le Maroc s’est doté d’une loi sur les mines récemment. Dans cette loi figure un article qui indique que les fossiles, les minéraux et les météorites sont un patrimoine géologique, et la gestion est encadrée par voie réglementaire », détaille la professeure universitaire.

Un décret a donc été adopté pour réglementer l’export de ces objets. Aujourd’hui, il est possible de ramasser des météorites à condition de demander une autorisation préalable au ministère de l’Énergie et des Mines. « Ensuite, si vous voulez exporter, vous êtes autorisé, mais il faut communiquer les coordonnées de l’objet, le classifier et laisser une petite partie au ministère de l’Énergie et des Mines. Ce décret est entré en application en février 2020. Les chasseurs sont gagnants parce que leur activité est légale. Ils peuvent donc ramasser et exporter légalement. Et l’État a aussi une certaine visibilité sur ce que nous avons sur notre territoire. Et si vous avez une roche exceptionnelle, et que vous voulez la vendre, l’État peut aussi vous l’acheter », souligne Hasnaa Chennaoui.

Pourquoi le Maroc a-t-il opté pour un système qui semble à première vue peu contraignant ? « Si je prends l’exemple du Sultanat d’Oman, où ils sont très stricts, l’export est complètement interdit. Pourtant, il y a des météorites du Sultanat d’Oman partout dans le monde. C’est exporté de façon illégale et tout le monde y perd. L’idée pour nous était d’avoir un système gagnant-gagnant », répond la présidente de la fondation Attarik.

Pour la professeure universitaire, l’idéal serait d’avoir à terme des structures muséales disposant des fonds nécessaires pour acheter ces météorites. Il s’agit de pouvoir rétribuer la communauté de chasseurs de météorites pour éviter que ces roches soient vendues à des marchands américains, anglais ou chinois. Les météorites du Maroc font aussi partie du patrimoine et font parler du royaume au-delà de ses frontières. « Je me réjouis que ces objets puissent être montrés aujourd’hui au grand public (à travers l’expo-musée « Les Météorites : Messagères du Ciel », ndlr). Autrement, il aurait fallu aller dans les musées internationaux pour les voir. Notre rêve est de pouvoir avoir un musée non pas éphémère mais permanent, qui ne soit pas seulement dédié aux météorites, mais également ouvert sur la paléontologie, les dinosaures, le système solaire, l’exploration spatiale, les cratères d’impact… », espère Hasnaa Chennaoui.

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