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Les réserves du barrage de Bine El Ouidane ont atteint la côte d’alerte

Sur les rives du lac du barrage de Bine EL Ouidane, l'ambiance est crépusculaire. Le plan d'eau mythique est au plus bas. Les agricultures trouvent injuste qu'une partie de cette réserve soit transférée vers d'autres régions et notamment El Kelâa des Sraghna.

Crédit: Hamza MACHMOUME Creative Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lac_Bin_Lwidan.jpeg

Les réserves du barrage de Bine El Ouidane ont atteint la côte d’alerte

Le 22 janvier 2022 à 10h38

Modifié 22 janvier 2022 à 11h26

Sur les rives du lac du barrage de Bine EL Ouidane, l'ambiance est crépusculaire. Le plan d'eau mythique est au plus bas. Les agricultures trouvent injuste qu'une partie de cette réserve soit transférée vers d'autres régions et notamment El Kelâa des Sraghna.

Les capacités des barrages agricoles du Royaume sont en moyenne à leur plus bas niveau historique. Celui de Bine El Ouidane a même atteint la côte d’alerte, tout comme le barrage Abdelmoumen et plusieurs autres.

« Les réserves du barrage [Bine El Ouidane] sont quasiment à sec. On peut même traverser à pied en passant par des endroits où l’eau était abondante il y a quelques années », nous indique un agriculteur d’Afourer.

Première ville en aval du barrage de Bine El Ouidane, Afourer fait partie de la plaine de Tadla. Les arbres fruitiers y sont abondants, à l’inverse des ressources hydriques agricoles. Même si le barrage Bine El Ouidane se trouve à une quarantaine de kilomètres, tout au plus.

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Medias24
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D’après la Direction générale de l’eau, relevant du ministère de l’Équipement, à la date du 21 janvier, le barrage de Bine El Ouidane, d’une capacité de 1,2 milliard de mètres cubes, affichait un taux de remplissage de 14,3%. « Il se pourrait même que ce taux soit bien en dessous en réalité », avance un habitant de la commune rurale où est construit le barrage, faisant allusion à la vase.

Cette situation est due au retard des pluies. Mais aussi à la surexploitation des capacités du barrage dont « les réserves sont sollicitées plus que de raison », se désole un autre agriculteur. « Outre le fait que les réserves sont continuellement pompées pour les besoins de la plaine de Tadla, une partie de ses eaux sont également affectées vers d’autres régions », affirme-t-il.

En effet, en plus des eaux affectées aux Doukkala, une partie des réserves du barrage de Bine El Ouidane sont redirigées vers la région de Marrakech-Safi. En l’occurrence, les plaines agricoles d’El Kelâa des Sraghna, situées à plus d’une centaine de kilomètres du barrage.

Contacté par nos soins, Abdellah Bourak, directeur de l’Agence du bassin hydraulique de l’Oum Rebiaa,nous le confirme: « Cela fait une vingtaine d’années que le canal, en l’occurrence, l’oued Tassaout, qui achemine l’eau du barrage de Bine El Ouidane vers El Kalaa de Sreghna a été créé dans le cadre d’une politique de l’État. C’est un projet idéal d’un point de vue macro-économique car il réduit les disparités de développement entre les régions. El Kalaa de Sreghna avait besoin de ce canal pour se développer économiquement. Les problématiques d’irrigation rencontrées par les agriculteurs d’Afourer sont légitimes car c’est la cinquième année de sécheresse consécutive. Mais actuellement, nous sommes dans la gestion de l’instant. Nous ne pouvons pas répondre à leurs doléances car nous n’avons aucun contrôle sur les précipitations. De manière générale, nous privilégions d’abord la fourniture de l’eau potable. Ensuite, nous essayons de sauvegarder des arbres trentenaires non pas pour augmenter leur production mais uniquement pour qu’ils ne meurent pas ».

Dans la région de Sraghna-Zemrane, l’olivier constitue la principale filière arboricole. La filière oléicole est une source importante d’emplois de la région, avec plus de 4,7 millions de journées de travail par an, soit l’équivalent de 23.500 emplois permanents.

Assez pour justifier l’affectation d’une partie des réserves du barrage de Bin El Ouidane vers El Kelâa des Sraghna ? C’est niet pour l’un des deux agriculteurs contactés. « Cela a des répercussions importantes sur les cultures d’Afourer », indique-t-il. Et d’ajouter : « Cette décision, qui date, a quasiment signé notre arrêt de mort. »

Si notre interlocuteur est conscient des enjeux économiques liés à l’affectation des eaux du barrage de Bine El Ouidane vers El Kelâa des Sraghna, il assure que cette décision n’a plus lieu d’être car elle ne prend pas en compte les effets du réchauffement climatique et les dernières années de sécheresse. « Que les eaux du barrage de Bine El Ouidane irriguent les plaines de la région de Sraghna-Zemrane était compréhensible il y a quelques années. Maintenant, la situation a changé », s’agace-t-il.

L’agriculture, pilier moteur de la croissance économique de la région de Sraghna-Zemrane, justifie, d’un point de vue économique, l’affectation d’une partie des eaux du barrage de Bin El Ouidane sur ses terres. Mais les difficultés rencontrées en termes d’irrigation par les agriculteurs d’Afourer ne sont pas moins préoccupantes.

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