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Grève nationale des médecins libéraux : voici pourquoi les dentistes se joignent au mouvement

Une grève nationale des médecins libéraux aura lieu le jeudi 20 janvier. Les médecins dentistes y prendront part et nous en expliquent les raisons. Le montants des cotisations nécessaires au financement de l’Assurance maladie des indépendants "n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase".

Grève nationale des médecins libéraux : voici pourquoi les dentistes se joignent au mouvement

Le 18 janvier 2022 à 17h58

Modifié 18 janvier 2022 à 17h58

Une grève nationale des médecins libéraux aura lieu le jeudi 20 janvier. Les médecins dentistes y prendront part et nous en expliquent les raisons. Le montants des cotisations nécessaires au financement de l’Assurance maladie des indépendants "n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase".

Pour les médecins dentistes, les cotisations sont de l’ordre de 3 fois le Smig pour ceux qui exercent depuis moins de 5 ans et depuis plus de 35 ans. Ce montant est de 4 fois le Smig pour les professionnels exerçant depuis 5 à 35 ans.

Estimant que ces montants ne sont pas équitables par rapport à d’autres professions, notamment les pharmaciens, ils expriment leur désapprobation en se joignant à la grève nationale du 20 janvier. Le secteur libéral, notamment les cliniques privées, sera donc totalement à l’arrêt, à l’exception des urgences.

Joint par nos soins, le Dr Brahim Karad, responsable de la couverture sociale et des lois au sein de la Fédération nationale des syndicats des médecins dentistes privés au Maroc, qui regroupe 25 syndicats au niveau national, nous décrypte les raisons de cette grève.

« Les cotisations ne sont que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase »

« Les cotisations nécessaires au financement de l’Assurance maladie des indépendants ne sont que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », nous confie-t-il. Pour les médecins dentistes, c’est également l’occasion de protester contre d’autres dossiers qui traînent depuis des années et qui portent préjudice à la profession.

« Nous sommes classés dans la rubrique Bac+5 et plus. Au moment des négociations des montants des cotisations, nous sommes partis sur une équité entre toutes les professions. On nous a fait comprendre que les médecins généralistes, spécialistes, dentistes et les pharmaciens seraient au même niveau. À la publication des décrets fixant les montants, nous avons été surpris de voir que les pharmaciens ne paieraient que 3 fois le Smig », et que les montants différaient pour les autres professions.

« Nous avons adressé un premier courrier à l’ancien chef du gouvernement Saad Dine el Otmani, et un second au nouveau chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, en vain. Nous n’avons eu aucun retour. »

« Nous avons donc décidé de protester. Nous sommes arrivés à coordonner avec les autres spécialités pour tenir une grève nationale le 20 janvier. Au cours des concertations » avec les responsables du gouvernement et des organismes d’assurance, « on nous a également promis la révision du tarif national de référence (TNR) et du référentiel des actes professionnels, qui ne l’ont pas été depuis 2006, alors que la loi stipule une révision chaque trois ans. En parallèle, on nous a promis d’ouvrir le chantier de l’exercice illégal de la médecine, mais rien n’a été fait jusqu’à présent ».

« L’équité passe par les tranches d’âge »

Pour ce qui est des cotisations, outre le refus des montants, « nous considérons que l’équité passe par les tranches d’âge. Il est inconcevable de demander à un jeune auto-entrepreneur qui vient de démarrer de cotiser, dès le départ, avec des montants élevés ».

« Nous avons toujours refusé qu’il y ait une liaison entre le Smig et le salaire forfaitaire. Le Smig peut changer avec le temps, et pourra donc augmenter. »

« Avec les allocations familiales, la retraite et la cotisation à l’assurance maladie obligatoire, on se retrouvera à payer entre 3.000 et 3.500 DH par mois, si on reste sur le Smig actuel. »

« D’autre part, le gouvernement n’a pas pris en considération les médecins dentistes en difficulté, qui ont des maladies chroniques par exemple, et ne peuvent de ce fait assurer leur travail chaque jour. En effet, il y a des médecins atteints de maladies graves, telles que le cancer, et qui suivent des soins lourds. »

« Il n’a pas non plus pris en considération les médecins femmes. C’est un point que nous avons soulevé à chaque réunion. Les médecins femmes ne travaillent pas à plein temps. Également, quand un médecin femme accouche, son cabinet est fermé durant trois à quatre mois. Ensuite, elle allaite pendant plusieurs mois. »

« Quand on parle de jeunes et de femmes, cela concerne toutes les professions, notamment les architectes, avocats et autres. Quel que soit le domaine, le début est difficile. Nous avons ainsi recommandé de procéder de la même manière qu’à l’ANAPEC (Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences) : prendre en charge les cotisations sociales pour les jeunes au moins durant les deux premières années, le temps de bien s’installer. »

« Les jeunes doivent ainsi être pris en charge à leurs débuts. Ils sont exonérés des impôts de la patente pendant cinq ans et de la cotisation minimale pendant trois ans. Pourquoi ne pas faire la même chose pour la cotisation sociale ? »

« Les médecins femmes doivent, elles, être prises en charge pendant la période de grossesse et d’allaitement par exemple. C’est de cette manière que nous pourrions parler d’un régime mutualiste. »

La médecine dentaire est de plus en plus chère

Concernant le TNR et le référentiel des actes professionnels, le Dr Karad nous explique que « le tarif des actes pratiqués par le chirurgien-dentiste est fixé à D = 17,50 DH, et ce, depuis la signature de la convention nationale entre les organismes gestionnaires et les chirurgiens-dentistes le 28 juillet 2006″.

« Si on procède à une extraction par exemple, le prix est normalement de 175 DH. Mais vu l’augmentation des prix des loyers, la hausse des charges, et la crise du Covid qui nous a amenés à utiliser beaucoup de consommables à usage unique, ces tarifs ne sont plus d’actualité. »

« La médecine dentaire a beaucoup évolué et est devenue plus chère qu’avant. Aujourd’hui, si l’on prend l’exemple d’une petite ville où il n’y a pas de radiologue, un cabinet dentaire sans panoramique ne vaut rien. On ne peut pas envoyer les patients par exemple de Khénifra à Meknès, ou de Khénifra à Beni Mellal, chaque jour pour des radios. Un point que le gouvernement ne comprend pas. »

Par ailleurs, « il y a des actes qui n’existent pas dans le référentiel. Prenons l’exemple d’un surfaçage, qui peut éviter au patient toute une série de traitements. Si on arrive à l’extraction de toutes les dents, on procèdera à la pose d’une prothèse totale, qu’on va changer tous les 2, 3 ou 5 ans, alors qu’on peut conserver les dents beaucoup plus longtemps si les patients sont remboursés pour le surfaçage. Il s’agit concrètement de la prise en charge des caries dentaires, qui ne figure pas au niveau du référentiel des actes professionnels ».

« La prévention ne figure pas dans ce référentiel. On va donc directement au palier soin, alors que les patients peuvent conserver leurs dents s’ils ont facilement accès aux cabinets dentaires et procèdent aux soins préventifs avant d’arriver aux caries. »

La révision du TNR et du référentiel des actes professionnels « permettra également aux caisses d’assurance d’économiser de l’argent. Plusieurs modèles appliqués dans différents pays voisins, notamment la Tunisie, peuvent être mis en place au Maroc, et pourraient être bénéfiques aussi bien pour les médecins que pour les caisses et les patients ».

Exercice illégal de la médecine : une loi bloquée au Parlement

L’accélération de l’adoption de la loi sur l’exercice illégal de la médecine est l’autre point revendiqué par les médecins dentistes. « La loi 14-25 est bloquée à la deuxième chambre du Parlement depuis trois ou quatre ans », souligne le Dr Brahim Karad.

« Il y a des gens qui n’ont aucun diplôme et qui exercent en bouche. De telles pratiques sont inconcevables au XXIe siècle. La Constitution de 2001 stipule que chaque Marocain doit être pris en charge. Comment ça se fait qu’une personne qui a les moyens part chez un médecin dentiste, et d’autres qui n’en ont pas partent chez des charlatans ? C’est anormal. »

« D’autres personnes arrivent à avoir des diplômes bidons pour la prothèse dentaire et ouvrent des cabinets au vu des autorités, alors qu’il y a eu plusieurs circulaires du ministère de l’Intérieur qui interdisent cela, et qui incitent les gouverneurs à ne pas laisser faire. »

En effet, les médecins dentistes dénoncent depuis plusieurs années l’exercice illégal de la médecine dentaire au Maroc. Ce fléau cause chaque année des dégâts importants chez les citoyens, avec de graves séquelles pour certains cas, allant jusqu’à la mort.

Dentiste, mécanicien dentaire, ingénieur dentiste, technicien dentiste, arracheur de dents, fabricant de dents… autant de titres que s’octroient ces faux médecins estimés à plus de 3.300, qui portent préjudice à la profession de médecine dentaire et à celle des prothésistes dentaires professionnels.

La loi 25-14, encore bloquée au Parlement, vise la protection de la pratique légale et réglementée de l’exercice des professions des préparateurs et manipulateurs des produits de santé, y compris celle des prothésistes dentaires au Maroc.

Enfin, les médecins dentistes appellent à la mise en place d’une loi qui régisse la médecine dentaire. « Cette profession vit sans loi d’exercice depuis 1960. Tout se fait sur la base d’un dahir de 1960 portant réglementation de l’exercice des professions de pharmacien, chirurgien-dentiste, herboriste et sage-femme. Les pharmaciens et les médecins ont actuellement leurs propres lois, mais pas la médecine dentaire. Nous avons simplement la loi 07-05 relative à l’Ordre national des médecins dentistes », conclut notre interlocuteur.

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