Hausse des prix des vols de rapatriement : voici les arguments des compagnies aériennes
Les tarifs des vols spéciaux, mis en place pour le rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger, suscitent un fort mécontentement. Sur les réseaux sociaux, les internautes déplorent que les prix des billets aient triplé ou quadruplé, comparés à ceux affichés en temps normal.
Les vols spéciaux pour le rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger ont été autorisés à partir du 15 décembre au départ de trois pays : la Turquie, le Portugal et les Émirats arabes unis. Ces vols sont accessibles à tous les Marocains qui remplissent les conditions d’éligibilité, indépendamment du pays de provenance.
En raison de la progression fulgurante du variant Omicron à l’échelle planétaire et de la détection du premier cas au Maroc, le comité interministériel de suivi du Covid-19 a décidé, mercredi 15 décembre, d’interdire les vols à destination du Royaume, à compter du jeudi 23 décembre. Ce qui n'a laissé aux voyageurs marocains bloqués un peu partout dans le monde qu’une fenêtre de 9 jours pour acheter leur billet de retour.
Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes s’indignent de la hausse des prix de ces vols. Certains ont fait état d’un vol Istanbul-Casablanca à 15.000 dirhams sur la compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc.
"Le transport aérien est un secteur libéralisé au Maroc"
Joint par Médias24, un expert du transport aérien nous explique les facteurs qui justifient, selon lui, cette flambée des prix.
"Tout d’abord, il faut savoir que toutes les compagnies qui opèrent ces vols spéciaux sont concernées par cette hausse des prix", et pas seulement Royal Air Maroc et Air Arabia, pointées du doigt sur les réseaux sociaux. Selon notre interlocuteur, il s’agit de "Turkish Airlines et Emirates, en plus de Royal Air Maroc et Air Arabia".
"Le premier élément qui explique ce phénomène, c'est que le secteur du transport aérien au Maroc est libéralisé depuis 2010. La décision a été prise en 2004, et son entrée en vigueur a eu lieu en 2010, à travers la signature d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Le Maroc a ouvert ce secteur, qui n'est donc plus contrôlé par l’État. C’est un secteur libéralisé", insiste notre source.
"Un marché soumis à la loi de l'offre et de la demande"
Le second élément est relatif à la concurrence. "C’est également un secteur où il y a beaucoup de concurrence. Dans cette opération de rapatriement des Marocains bloqués à l'étranger, seules les quatre compagnies citées ci-dessus sont en concurrence. En temps normal, lorsque les frontières ne sont pas fermées, ce sont plus de 40 compagnies aériennes qui opèrent dans le Royaume. La concurrence est donc rude."
Et d’ajouter : "Le marché du transport aérien est par ailleurs soumis à la loi de l’offre et de la demande, tout en prenant en considération cette concurrence. Lorsque la concurrence est accrue, les prix baissent. Mais lorsque la demande est beaucoup plus importante que l’offre, ce qui est le cas actuellement, les prix augmentent.".
"L’offre des quatre compagnies est actuellement largement dépassée par la demande, en particulier après la décision du Maroc de ne pas reconduire ces vols de rapatriement au-delà du 23 décembre. La demande a donc explosé et les prix ont suivi."
"D'énormes charges supportées par les compagnies sur les vols vides"
Le troisième facteur qui explique cette hausse des prix est relatif aux charges supportées par ces compagnies aériennes. "Il est vrai que les prix proposés pour ces vols ne sont pas les mêmes que dans un contexte ordinaire. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que toutes les compagnies sont obligées d’opérer des vols dans un seul sens, ce qui engendre des coûts à supporter."
"Prenons l’exemple de Turkish Airlines, qui rapatrie les Marocains depuis la Turquie : les vols Istanbul-Casablanca sont complets, alors que les vols retour dans le sens Casablanca-Istanbul sont vides. Un vol engendre énormément de coûts pour une compagnie aérienne, notamment pour le kérosène, dont le prix a explosé suite à la flambée des prix du pétrole, et pour les charges du personnel (hôtesse de l’air, pilotes…)."
"Le passage des avions via d’autres pays engendre également des coûts supplémentaires. Par exemple, Turkish Airlines paiera de l’argent à l’Algérie, à la Libye et à tous les autres pays que ses appareils traverseront."
"C’est la même logique pour Royal Air Maroc, mais dans le sens inverse. Les vols aller sont vides et ne se remplissent qu’au retour. La compagnie fait entre 5h et 5h30 de vol pour aller chercher les Marocains bloqués en Turquie et les rapatrier."
"Les charges des vols vides sont donc prises en considération dans les tarifs des billets de ces vols spéciaux, ce qui est tout à fait normal. Les compagnies n’effectueront pas ces vols pour perdre de l’argent."
"Une dizaine de vols ne permettront pas aux compagnies de sortir de la crise"
Enfin, notre source souligne qu’il s’agit "d’une conjoncture exceptionnelle. Les compagnies ne cherchent pas à se faire de l’argent sur le dos des voyageurs. Une dizaine ou une vingtaine de vols ne permettront pas aux compagnies de sortir de la crise actuelle due à la pandémie".
Par rapport aux captures d’écran des prix des différents billets qui circulent sur les réseaux sociaux, notre interlocuteur appelle à la vigilance. "Ces prix cachent parfois des détails auxquels nous n'avons pas accès. Dans certains cas, il s’agit par exemple de billets en classe business, ou de la somme des billets pour deux ou trois personnes."
Médias24 a essayé de réserver un vol Istanbul-Casablanca sur Royal Air Maroc ce vendredi 17 décembre. Le prix affiché en classe économique est de 5.686 dirhams/personne les lundi 20 et mardi 21 décembre, contre 13.681 dirhams en classe business.
Pour mercredi prochain, seuls les vols en classe économique sont affichés, au prix de 8.481 dirhams/personne.
Rappelons qu’en temps normal, ces prix varient entre 4.000 et 8.000 dirhams sur différentes compagnies.
Lire aussi: RAM : Programme détaillé des rapatriements jusqu’au 23 décembre
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