“Dayem Morocco”, la vision de l’AMITH pour redonner au textile sa place internationale
Les opérateurs marocains du textile ont présenté, dans le cadre de la vision 2035 préparée par l’AMITH, les objectifs, les nouvelles orientations et les mesures pour concrétiser une ambition : remettre le textile marocain sur le devant de la scène internationale.
Une vision à l’horizon 2035 pour le secteur textile marocain, nommée "Dayem Morocco", a été présentée lors d’une conférence de presse, ce mardi 30 novembre, par l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH).
Il s’agit d’une sorte de feuille de route qui vise à rassembler l’ensemble des acteurs autour d’objectifs communs, en prenant en compte les opportunités, les menaces, les forces et les faiblesses du secteur.
C’est donc une vision stratégique qui s’inscrit dans une démarche prospective et volontariste des industriels du secteur, afin de "remettre la filière textile marocaine en première ligne sur l’échiquier mondial".
Cette nouvelle feuille de route est, en effet, riche en idées et propositions, mais ces dernières sont, dans la plupart des cas, tributaires de l’aide et de l’implication de l’État. Ce qui en fera, certainement, un terrain de négociations avec le nouveau gouvernement en place pour le soutien du secteur.
Comme annoncé en primeur par Médias24, cette nouvelle vision a été nommée "Dayem", synonyme de durabilité et de pérennisation du secteur. Selon les dirigeants de l’AMITH, elle veut promouvoir une filière durable, en termes d’emplois, d’économie et d’environnement.
Elle prévoit également d’actionner quatre leviers, que l’AMITH considère comme les plus importants pour le secteur : l’agilité, l’éco-responsabilité, l’innovation et la qualité. L’objectif étant de pérenniser et de consolider les marchés traditionnels, tout en se diversifiant vers de nouveaux marchés.
Les principales propositions
- A court terme, cette stratégie ambitionne de créer 50.000 nouveaux emplois à l’horizon 2025. C’est aussi l’année où un quart des vêtements dans le monde seront vendus en ligne. C’est la raison pour laquelle l’AMITH propose de miser sur la formation dans les métiers de demain, notamment dans la création, le digital, l’industrie 4.0, le merchandising et la durabilité.
Elle propose notamment de créer des centres d’excellence pour la formation et la R&D, en collaboration avec des expertises internationales, et de développer la formation continue sur de nouvelles compétences.
- Il est question aussi de développer des "éco-parcs", des sortes de "textile valley" qui constitueraient une nouvelle génération de zones industrielles. Le souhait est de commencer avec les deux principaux pôles textile du Royaume, que sont Casablanca et Tanger, avec des zones pilotes de 100 hectares chacune. Des efforts sont déployés en ce moment pour trouver le foncier nécessaire.
Il y a la volonté de les équiper en énergie, d’y proposer une offre Plug & Play pour les sous-traitants, d’y créer des espaces de co-working pour les start-up à proximité des industriels et, enfin, d’y réserver des espaces pour la gestion et la valorisation des déchets.
- Afin de renforcer l’intégration dans le secteur, l’AMITH propose aussi de référencer et de développer les capacités nationales dans les différents maillons de la chaîne de valeur, en misant sur la créativité, le prototypage et l’usage de nouveaux matériaux. Elle suggère aussi d’instaurer une prime d’intégration locale et un dispositif de préférence nationale dans la commande publique.
En outre, on recommande de créer un choc de compétitivité à travers le soutien à l’investissement dans l’amont des filières d’avenir, à travers, entre autres, l’élimination de la TVA sur les investissements, la réduction du coût de l’énergie, ainsi qu’une offre de financement à des taux préférentiels pour le financement transitoire de la montée en charge compétitive des entreprises.
Les filières d’avenir définies par l’AMITH sont les suivantes :
- filature, tissage et tricotage ;
- finissage, impression et teinture (FIT) ;
- textile à usage technique (TUT) ;
- matières naturelles présentes au Maroc (laine, chanvre, etc.) ;
- recyclage (déchets textile, friperie).
- La renégociation des règles d’origine avec l’Union européenne et les États-Unis est un autre chantier important sur lequel insistent les responsables de l’AMITH. Ils regrettent que leurs principaux concurrents, que sont la Turquie, le Bangladesh, le Vietnam et le Portugal, profitent d’avantages douaniers qui handicapent les opérateurs marocains.
Ils recommandent donc de développer un lobbying plus fort à destination de ces deux marchés. Sur ce sujet, le vice-président de l’AMITH, Jalil Skalli, a notamment mentionné des négociations en cours avec les Américains pour faciliter l’accès des industriels marocains au marché américain.
- D’autre part, les textiliens émettent le souhait de renforcer les contrôles aux frontières et de mettre en place un taux de sourcing local minimum pour les grandes enseignes de distribution opérant au Maroc. L’objectif étant d’atteindre 40% de part de marché local en 2025.
Citons aussi l’ambition de créer 10 marques nationales à notoriété à l’horizon 2025, afin de pousser les Marocains à s’habiller marocain. A cette fin, les opérateurs demandent :
- un appui à la créativité et au prototypage ;
- une prime de sourcing local ;
- une aide à l’investissement dans l’aménagement et le merchandising ;
- un dispositif de soutien au développement d’un réseau de distribution ;
- une offre de financement pour le BFR.
Par ailleurs, Jalil Skalli a révélé que la valorisation du chanvre dans le secteur textile est l’un des principaux chantiers qui vont être ouverts dans les prochains mois. Le travail commencera dès que l’Agence nationale de régulation des activités liées au cannabis sera mise en place.
Selon lui, le chanvre permet de fabriquer un tissu résistant, de qualité et durable. Il rappelle qu’en 1850, environ 75% du textile mondial était produit à base de chanvre. Le potentiel est énorme, estime-t-il : "tout le monde parle de l’utilisation du cannabis dans les industries pharmaceutique ou cosmétique, mais c’est dans le textile qu’il y a le plus de potentiel".
- Par ailleurs, l’un des objectifs phares de cette stratégie est de favoriser l’inclusion du secteur informel, qui représente 12 milliards de DH de chiffre d’affaires et près de 180.000 emplois. Il est proposé de réduire la TVA pour le secteur, accusée d’être le principal frein, dans ce sens.
L’AMITH recommande par ailleurs d’instaurer une prime à l’emploi dans les régions situées en dehors de l’axe Tanger/Casablanca, et de promouvoir des dispositifs comme l’assurance maladie obligatoire et le statut d’auto-entrepreneur, afin de structurer l’informel.
D’un autre côté, les start-up sont invitées à investir le secteur, qui a fortement besoin de digitalisation, notamment pour les ERP (Enterprise Resource Planning), les EDI (échanges de données informatisées) et le e-commerce, entre autres. On propose de les accompagner par le biais de parrainages avec les grandes entreprises et les PME. L’AMITH exprime aussi le besoin d’avoir des dispositifs de soutien à la création et à la R&D.
- Il est enfin proposé que "Dayem" se transforme en label de qualité, qui porte en lui les valeurs de la responsabilité sociale et environnementale, avec l’objectif de labelliser 150 entreprises par an.
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