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Assèchement de la Moulouya : les écologistes dénoncent le pompage, l’ABHM pointe la sécheresse

Le fleuve de la Moulouya n’atteint plus la mer Méditerranée. Les défenseurs de l’environnement alertent sur cette catastrophe écologique, pointant du doigt les autorisations pour la construction de stations de pompage sur l’oued délivrées par l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya. Cette dernière assure que ce dessèchement est principalement dû à la diminution des précipitations au cours des trois dernières années.

Assèchement de la Moulouya : les écologistes dénoncent le pompage, l’ABHM pointe la sécheresse

Le 24 octobre 2021 à 11h16

Modifié 24 octobre 2021 à 11h17

Le fleuve de la Moulouya n’atteint plus la mer Méditerranée. Les défenseurs de l’environnement alertent sur cette catastrophe écologique, pointant du doigt les autorisations pour la construction de stations de pompage sur l’oued délivrées par l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya. Cette dernière assure que ce dessèchement est principalement dû à la diminution des précipitations au cours des trois dernières années.

L’embouchure du fleuve de la Moulouya n’atteint plus la mer. Entre le fleuve et la Méditerranée se dresse désormais un cordon sableux, comme le montre la photo ci-dessous, et comme l’a révélé l’excellente enquête du nouveau média marocain Ennass Media.

Un drame écologique qui frappe la région et dont les explications diffèrent selon les interlocuteurs.

A en croire des militants écologistes, le dessèchement du fleuve ayant conduit à un assèchement de son embouchure a pour cause les stations de pompage d’eau et donc l’agriculture intensive.

L’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya, elle, pointe les conditions météorologiques et précisément la diminution des précipitations.

Il n’est pas exclu que la concomitance des deux phénomènes ait conduit à la situation actuelle du fleuve de Moulouya.

La station de pompage de Ouled Settout, à l’origine du dessèchement de la Moulouya ?

« Ce qui arrive actuellement était prévisible. Cela fait dix à onze mois que nous alertons l’opinion publique et les décideurs sur les conséquences de cette nouvelle station, en vain », affirme d’emblée, Mohamed Benata, agronome et géographe, président de l’ONG Espace de solidarité et de coopération de l’Oriental (Esco).

Il estime que la situation du fleuve Moulouya est la conséquences de la mise en service de la nouvelle station de pompage de Ouled Settout, qui s’ajoute à l’ancienne station de pompage du barrage Moulay Ali Cherif, mais aussi aux stations de pompage privées des différents agriculteurs de la région.

Pour rappel, la station d’appoint de Ouled Settout se trouve dans la province de Nador sur la rive gauche de l’oued de la Moulouya. Elle a été construite par le ministère de l’Agriculture et mise en service en avril 2021 avec un investissement de 100 MDH.

D’une hauteur avoisinant 90 m, pour un débit de 1,5 m3/s, son objectif est d’assurer l’irrigation d’une superficie d’environ 30.000 ha, de garantir le drainage de l’eau d’irrigation à partir de l’oued de la Moulouya vers le canal principal de la rive gauche, et de fournir une eau de qualité pour l’irrigation en goutte à goutte, tout en permettant de faire face aux éventuels épisodes de sécheresse.

« Le débit de la Moulouya est d’environ 7 m3/ seconde. La station de pompage de Moulay Ali Cherif, construite en 1995, accapare la moitié de ce débit, soit 3,4 m3/s, et celle de Ouled Settout 1,5 m3/s. Les agriculteurs de la région, qui y sont présents depuis de très longues années, utilisent également une bonne partie de ce débit, ce qui ne laisse rien à la biodiversité de la Moulouya », précise-t-il.

Selon M. Benata, « après la construction de cette station, tout le débit écologique de la Moulouya a été détourné pour l’usage agricole, au détriment de la nature et de la biodiversité. Or, la loi sur l’eau stipule que quelle que soit l’infrastructure (barrage ou station de pompage ou autres) à construire sur un oued, il est nécessaire de préserver un débit écologique pour y conserver la biodiversité ».

Ce dernier rappelle que le débit écologique, le minimum d’eau qu’on doit garder dans l’oued pour y préserver la vie, est estimé au moins à 1 ou 2 m3/s.

Par ailleurs, il pointe du doigt l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya (ABHM), chargée de délivrer les autorisations pour la construction de ces stations. « On ne peut pas réaliser des projets de cette envergure sans étudier leurs conséquences sur l’environnement à travers des études d’impact, comme le prévoit la loi 12-03 relative aux études d’impact sur l’environnement ».

L’Agence du bassin évoque la baisse de la pluviométrie

Médias24 a également sollicité l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya (ABHM), qui a été catégorique dans ses explications.

« L’assèchement de la Moulouya est principalement dû à la diminution de 30% à 40% des précipitations en une année dans la région », nous assure une source officielle à l’ABHM.

« Les nappes phréatiques, les sources et les fleuves sont alimentés par la pluie et la neige, qui ont diminué depuis trois ou quatre ans. C’est un problème météorologique dont les gens doivent être conscients », ajoute notre source.

« Les retenues des barrages ont également beaucoup diminué ces dernières années. Leur taux de remplissage ne dépasse pas 20% au lieu des 50% habituels ». Le 22 octobre 2021, le plus grand barrage de ce fleuve, le barrage Mohammed V, affichait un taux de remplissage de 16,7%.

« Ce n’est donc pas l’effet des stations de pompage construites sur l’oued, et qui ont bien sûr fait l’objet des études préalables », affirme l’ABHM.

« D’ailleurs, celle de Moulay Ali Cherif existe depuis les années 1990. Ce n’est qu’après une trentaine d’années que l’on voie son effet sur le débit du fleuve ? « , conclut notre source, insistant qu’il s’agit d’un « problème de pluies ».

La hausse de la salinité de l’eau de l’oued menace les terres agricoles avoisinantes

Au-delà des explications qui divergent, le fait que le fleuve ne se déverse plus dans la mer engendre des conséquences. Depuis mercredi 20 octobre, c’est la mer qui se déverse dans le fleuve augmentant ainsi sa salinité.

« Des pêcheurs habitués à rejoindre la mer par l’oued avec leurs barques n’y sont pas parvenus. Ils ont donc été contraints de creuser un passage à l’aide de machines pour effectuer la traversée. Une fois que la marée est remontée, l’eau a commencé à se déverser dans le Moulouya, ce qui constitue un grand danger pour les terres agricoles avoisinant l’oued », explique le président de l’ONG Espace de solidarité et de coopération de l’Oriental (Esco).

De nombreux agriculteurs ont remarqué l’augmentation de la salinité de l’eau de la Moulouya depuis quelques années, à la suite de la baisse de son débit. Ce phénomène a déjà impacté certaines terres agricoles, connues pour la production de la pastèque, du melon et de la tomate. Devenues impropres à la culture, elles ont été délaissées par leurs propriétaires. La situation risque donc de s’aggraver pour les terres encore cultivées », alerte Mohamed Benata.

Moulouya, le plus grand oued du Maroc

Le bassin hydraulique de la Moulouya, qui se situe dans la partie nord-est du pays, s’étend sur une superficie de 74.000 km2 (soit 10% du territoire national).

La zone du bassin hydraulique de la Moulouya couvre quasi totalement la région administrative de l’Oriental (provinces de Nador, Figuig, Jerada, préfectures d’Oujda-Angad et de Berkane-Taourirt).

Elle couvre aussi partiellement Meknès-Tafilalet (province de Khénifra), Taza-Al Hoceima-Taounate (province de Taza) et Fès-Boulemane (province de Boulemane). Les principales villes du bassin sont Oujda, Nador et Khénifra.

Selon M. Benata, »il s’agit du plus long oued du Maroc, plus long que celui d’Oum Errabia et de Sebou. L’embouchure de la Moulouya est également classée 2e en Afrique, après le Nil, du point de vue écologie et biodiversité ».

 

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