Éducation : les Académies régionales recruteront 15.000 nouveaux professeurs contractuels
C’est ce que prévoit le PLF 2022, qui précise que 2.000 autres cadres seront recrutés la même année, dans le cadre de contrats. Une disposition qui tombe comme une douche froide pour les enseignants contractuels qui espéraient un changement de politique avec le gouvernement Akhannouch. Ce dernier promet toutefois, selon nos sources, d’aller vers le « statut unique » et demande à ne pas être jugé sur ce PLF.
Le gouvernement Akhannouch n’a pas tardé à annoncer la couleur, concernant le dossier brûlant des enseignants contractuels. Dans son PLF, premier test grandeur nature de sa politique gouvernementale, l’exécutif a décidé de poursuivre la politique des deux gouvernements précédents en ce qui concerne le recrutement des enseignants. En tout cas pour l’année 2022.
Sur les 26.860 postes budgétaires ouverts, au titre de l’année 2022, le ministère de l’Éducation, qui a hérité également du département des Sports, ne sera doté que de 344 postes. Les besoins en enseignants seront assurés exclusivement par les Académies régionales de l’éducation et de la formation (AREF), qui recruteront, comme le prévoit le PLF, 15.000 enseignants et 2.000 cadres administratifs.
Un effectif qui s'ajoute aux 102.000 professeurs contractuels recrutés entre 2017 et 2021, et qui revendiquent, depuis plusieurs années, la régularisation de leur situation et leur intégration dans la fonction publique, comme leurs homologues de l’Éducation nationale.
Les contractuels se disent désespérés
Rabii El Garii, responsable de la communication de la coordination des enseignants contractuels, fait part à Médias24 de sa "surprise de voir ce gouvernement continuer dans cette même voie, malgré les promesses électorales données notamment par l’Istiqlal, qui fait partie de ce gouvernement".
"La politique de destruction de l’éducation se poursuit malheureusement. Et toutes les promesses électorales, notamment de l’Istiqlal, sont vite tombées à l’eau. Comment peut-on encore faire confiance aux responsables politiques ?", s’alarme-t-il, affirmant que "désormais, le seul moyen pour parvenir à recouvrer leur droit est celui de la rue".
Le parti de l’Istiqlal avait fait campagne sur ce sujet, promettant de mettre fin à la contractualisation et de procéder à l’intégration des cadres des académies dans le département de l'Éducation. Mais cet engagement n’est pas apparu dans le programme gouvernemental négocié entre la troïka RNI-PAM-Istiqlal.
Ce qui n’est pas une excuse pour les professeurs contractuels, qui disent avoir reçu une promesse ferme de Nizar Baraka à ce sujet.
"Il est vrai que le programme gouvernemental obéit à une logique de négociations. Mais si l’Istiqlal n’est pas parvenu à imposer sa promesse, il fallait qu’il reste dans l’opposition. Voilà ce qui fait perdre à la politique sa noblesse et fait creuser davantage la défiance des Marocains vis-à-vis des politiques", souligne Rabii El Garii.
Une charge contre l’Istiqlal qu’une source au sein du parti de la balance essaye de déminer :
"L'engagement de l'intégration des contractuels était conditionné par l'arrivée du parti en tête des élections, car une décision de cette envergure concerne principalement le chef du gouvernement et les ministères des Finances et de l’Éducation. Il n'empêche que dans le cadre de l'établissement du programme gouvernemental, nous avons pu obtenir que le gouvernement s'engage à organiser un dialogue social dédié à l'éducation pour trancher les questions importantes pour le secteur, dont celui des contractuels. Le ministre de l'Éducation a d’ailleurs reçu les syndicats les plus représentatifs. La question des contractuels a été soulevée et il s'est engagé à la traiter dans le cadre du dialogue social", explique notre source.
"Cette question ne peut être résolue, de toutes les façons, que de manière progressive et dans le cadre d'un dialogue global concernant le devenir de la fonction publique, pour accompagner le nouveau modèle de développement et la régionalisation avancée", ajoute notre source à l’Istiqlal.
Au gouvernement, on parle d’un grand malentendu
Le ministre de l’Éducation, Chakib Benmoussa, avait effectivement, dès sa nomination, reçu les représentants syndicaux du secteur. Cette question des contractuels avait été soulevée, selon les communiqués des centrales syndicales, notamment celui de l’UGTM qui a explicitement souligné que le ministre avait donné des signaux positifs en ce sens.
"Benmoussa a, certes, rencontré les syndicats les plus représentatifs, mais personne de son département ne nous a contactés. Sa rencontre n’allait de toute évidence rien changer, puisque sa réponse est venue très vite dans ce PLF", estime, déçu, notre professeur contractuel.
Contactée par Médias24, une source gouvernementale nous parle d’un malentendu, estimant que la politique gouvernementale sur ce sujet ne peut être jugée à l’aune de ce PLF qui a été préparé par l’équipe d'El Otmani.
"Ce gouvernement vient d’être nommé. Et il y avait des postes à pourvoir pour remplacer les départs à la retraite. On ne peut pas laisser des classes vides sans professeurs. Si nous avons maintenu, en 2022, le recrutement par les Académies de 15.000 nouveaux professeurs, cela ne signifie en aucun cas que ce sera la politique du gouvernement dans ce secteur. Bien au contraire", justifie notre source.
Pour elle, les choses sont claires, aussi bien dans le programme gouvernemental que dans le Nouveau Modèle de développement qui représente le socle de la réforme de l’éducation, au cours cette mandature et des deux suivantes.
"Le Nouveau Modèle de développement a défendu trois principes concernant les enseignants : aller vers un statut unique, tracer un nouveau parcours de carrière et lier les augmentations de salaires et les promotions aux performances. Ces principes ont été repris dans le programme gouvernemental. Maintenant, ces questions ne seront pas résolues dans ce PLF, mais dans le cadre du dialogue social comme annoncé par le chef du gouvernement", rassure notre source. Cette dernière avance que l'exécutif ainsi que le département de l’Éducation donneront, très bientôt, de la visibilité aux professeurs contractuels et à l’ensemble du personnel de l’éducation sur ces questions, ainsi que sur les axes globaux de la réforme du système éducatif.
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