Sahara : l'Algérie cherche à bloquer le processus de paix onusien et les tables rondes
Sortie médiatique préoccupante d’un diplomate algérien qui a déclaré que son pays souhaitait des négociations directes entre le Maroc et le polisario, et que le processus des table rondes était obsolète. L'Algérie adopte clairement une stratégie de tension pour bloquer le processus onusien.
De jour en jour, il apparaît que l'Algérie s'est engagée dans une stratégie délibérée de tension pour bloquer le processus de paix mené par l'ONU.
Il est évident qu'il appartient à l’ONU de convaincre Alger de s’associer au processus de paix. Mais il est non moins évident que le retrait du parrain du polisario signerait la fin des discussions. Car des discussions sans la présence de l'Algérie, géniteur, concepteur, artificier, financeur et hébergeur du polisario, n'auraient plus aucun sens.
Depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, à l’initiative unilatérale de l’Algérie, pas une semaine ne passe sans que le voisin de l’Est se rappelle au bon souvenir des autorités du Maroc.
« La participation de l’Algérie aux tables rondes n’est plus d’actualité »
Si l’inimitié algérienne à l’égard du Maroc en était restée jusque-là au stade des reproches, la dernière menace du diplomate Amar Belani, « chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb », de désengager son pays du processus de paix pourrait bien porter un coup d’arrêt définitif au processus onusien.
Pour justifier la volte-face de la diplomatie algérienne sur le fait que le format des tables rondes avec les quatre parties prenantes (Algérie, Maroc, polisario et Mauritanie) n’était plus à l’ordre du jour, et que son pays exigeait un retour des négociations bilatérales, le diplomate a avancé l’argument suivant :
« Cette option est désormais obsolète compte tenu de l'instrumentalisation éhontée, par la partie marocaine, de la participation de l'Algérie aux précédentes tables rondes pour présenter fallacieusement notre pays comme étant partie à un conflit régional, alors que toutes les résolutions du Conseil de sécurité identifient, nommément et de manière explicite, les deux parties au conflit. » Il a ajouté que « son pays et la Mauritanie ont le statut, reconnu par l’ONU, de pays voisins observateurs du processus de règlement du conflit ».
Une volte-face après un aveu de culpabilité
Une lecture de mauvaise foi, sachant qu’un pays voisin qui se présente comme un simple observateur extérieur n’est pas censé imposer un format de rencontre aux protagonistes, ni armer l'un d'entre eux.
Sa participation tardive, mais bien réelle, aux précédentes tables rondes de décembre 2018 et mars 2019 prouve que, depuis la genèse du conflit en 1975, l’Algérie a reconnu de fait qu’elle était la seule vraie partie prenante qui était opposée au Maroc.
Le voisin de l’Est sait, en effet, mieux que quiconque que le Maroc n’acceptera jamais de négocier en face à face avec le seul polisario, comme cela avait été le cas lors des rounds de Manhasset.
Ces pourparlers s’étaient avérés vains, sachant que son interlocuteur de l’époque attendait les pauses pour recevoir ses instructions de diplomates algériens, présents dans les couloirs des salles de négociations.
L’ONU est responsable de la convocation des vrais acteurs du conflit
Le Secrétaire général de l’ONU et son envoyé personnel doivent donc tenir leur rôle d’organisateur face à la menace de l’Algérie de ne plus participer au processus, alors qu’elle l’avait fait en 2018 et 2019 à Genève.
Il faut, en effet, rappeler que c'est l’ONU qui a créé le processus de paix actuel et qu’elle est en charge de le mener à son terme, avec le consentement de tous les membres permanents du Conseil de sécurité.
La responsabilité de réunir tous les vrais acteurs de ce conflit incombe, en premier lieu, au secrétaire général Antonio Guterres et à son envoyé personnel, Staffan de Mistura, et certainement pas au Maroc.
Il va sans dire que la reprise du processus onusien, sous l'égide de l'envoyé personnel du secrétaire général, doit se faire en toute logique là où il s'était arrêté, c'est-à-dire après les deux premières tables rondes.
En l’absence de la partie algérienne, il n’y aura aucun progrès vers la paix
Sachant que le Maroc s’est plié à toutes les demandes de l'ONU, en participant à tous les formats de rencontre mis en place, dont les fameuses tables rondes qui ont permis quelques avancées, c’est donc à l'ONU et à personne d’autre de soulever la question des vrais protagonistes de ce conflit et, in fine, d’imposer leur présence autour d’une table pour pouvoir avancer vers une solution.
Une stratégie délibérée de pourrissement du conflit pour déstabiliser la région ?
Quoi qu’il advienne, les menaces algériennes de blocage du processus de paix onusien, qui s’inscrivent dans une volte-face diplomatique désirant imposer un fait accompli à l’ONU, illustrent bien un tournant du voisin de l’Est vers une nouvelle stratégie de pourrissement du conflit qui n’augure rien de bon pour l’avenir.
Ainsi, en affirmant que « le Maroc portera l'entière responsabilité de la dégradation de la situation (...) et que les risques d’escalade menaçant la sécurité et la stabilité de toute la région ne sont malheureusement pas à exclure », le diplomate algérien a laissé entendre qu’il n’écartait pas la possibilité d’attaques contre le mur protégeant les provinces du Sud, mais aussi contre la zone tampon de Guergarate.
Un chantage algérien… tous les yeux sont rivés sur l’ONU
En effet, l'autre condition algérienne d’un retrait des Forces armées royales de la zone tampon de Guergarate, pour revenir au cessez-le-feu de 1991, n’a également aucune chance de se réaliser, sachant que le polisario ne manquera pas d’envoyer à nouveau ses milices pour paralyser le trafic des camions de marchandises marocains qui fournissent en fruits et légumes plusieurs pays africains, dont la Mauritanie en premier lieu.
Il faudra donc attendre la réaction de l’ONU qui aura certainement lieu, lors de l’examen de la prolongation du mandat de la Minurso, mais au regard des tensions croissantes entre les deux pays, il ne devrait pas y avoir de solution dans l’immédiat à ce conflit qui s’éternise depuis quarante-six ans…
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