En souffrance, la fondation Amal d’hémodialyse en appelle au ministère de la Santé
La Fondation Amal d’hémodialyse, qui prend en charge gratuitement environ 1.200 Ramedistes atteints d’insuffisance rénale chronique, est en souffrance. Après près de deux ans de crise du Covid, celle-ci, qui dépend en grande partie du mécénat, ne voit plus le bout du tunnel. Elle dénonce également le manque de soutien du ministère de la Santé.
Avant de présenter la problématique à laquelle est confrontée cette fondation, commençons d’abord par la présenter, ainsi que ses activités.
25 centres opérationnels, 1.200 patients dialysés par an
Amal est une fondation à but non lucratif, créée en 2008, dont l’objectif est de servir les malades atteints d’insuffisance rénale chronique. Elle est gérée par une équipe de 180 personnes. C’est une fondation autonome, qui dispose de ses propres médecins et qui ne dépend, donc, pas du ministère de la Santé.
Son premier centre a été construit à Casablanca, préfecture de Ben M’sik. Il a été inauguré en septembre 2009 par le Roi Mohammed VI, comme la majorité de ses centres qui ont suivi. A présent, elle compte 25 centres d’hémodialyse au Maroc, soit le même nombre de centres dont dispose le ministère de la Santé. C’est dire son importance.
La majorité des centres Amal se trouvent dans la région de Casablanca-Settat (9 à Casablanca). Les autres sont dispersés un peu partout dans le pays (Rabat, Nador, Beni Mellal, Mohammedia, Marrakech, Imintanoute…). La fondation dispose également de 5 centres d’hémodialyse pénitentiaires et de 3 autres centres en Afrique subsaharienne. Par ailleurs, elle effectue des interventions dans plusieurs pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Mali, Gabon…), notamment pour la distribution de matériel d’hémodialyse.
Chaque année, la fondation Amal accueille entre 1.100 et 1.200 malades, qui bénéficient, gratuitement, d'environ 100 séances d'hémodialyse par an.
Une fondation en souffrance, avec jusqu'à 40 MDH de charges par an
Amal a été fondée par des investisseurs et des acteurs économiques qui ont réservé une partie de leur argent, pour l’achat le matériel nécessaire pour venir en aide aux personnes à ressources limitées atteintes d’insuffisance rénale chronique.
Malheureusement, la fondation est en souffrance depuis quelques années, "vu le manque d’appui des régions dans lesquelles nous sommes présents et une aide du ministère de la Santé que l’on peut qualifier de dérisoire", nous confie son président Mustapha Faouzi. "Et encore, il faut demander cette aide, sinon nous ne recevons rien".
"A travers ses multiples actions, Amal s’est hissé d’une simple association gérant un centre d’hémodialyse en une véritable institution. Elle a ainsi su augmenter sa capacité d’accueil des personnes nécessitant des séances d’hémodialyse, afin de faire face à une demande grandissante. Elle a également intensifié ses efforts pour prendre soin de ses patients âgés et les enfants, en leur fournissant une aide sociale, financière et morale, en créant des espaces pour les intégrer dans les différentes activités qu’elle supervise".
"Notre Fondation dépend principalement du mécénat, à hauteur de 60% environ. Un soutien dont nous ne bénéficions presque plus après deux ans de crise, due à la pandémie du Covid. La Fondation est donc en souffrance", regrette son président, qui craint le pire.
Selon notre interlocuteur, "les charges de la Fondation s’élèvent entre 35 et 40 millions de DH par an. L’achat du consommable représente la plus grande partie des dépenses, d'autant plus que pour l’hémodialyse, il est très coûteux et que chaque malade admis est pris en charge à vie".
"Les patients que nous accueillons sont des Ramedistes, qui sont donc totalement pris en charge. La principale condition de la fondation est d’accueillir des personnes qui n’ont aucune assurance", afin d’aider les plus démunis.
"Le coût de la séance s’élève à 485 DH pour la fondation (prix de revient) et chaque patient a besoin d’environ 10 séances par mois, soit plus de 100 séances par an". Ajouté aux autres charges de fonctionnement, la fondation se retrouve donc dans une situation délicate, ne voyant plus le bout du tunnel.
"Si nous avons institutionnalisé ce service, ce n'est pas pour dépendre en grande partie du mécénat. Il faut que l’État se mobilise pour nous venir en aide. Dans certains pays étrangers, ce sont des associations qui gèrent les malades dialysés des cliniques et des hôpitaux".
Plus de 200 MDH dépensés par le ministère chaque année auprès du secteur privé
En parallèle, le ministère de la Santé "dépense jusqu'à 250 millions de DH par an pour acheter le service d'hémodialyse auprès du secteur privé, à raison de 800 DH par séance", ajoute M. Faouzi, soit presque le double du coût pratiqué par la fondation. "C'est aberrant".
Si l'on fait le calcul, le ministère prend donc en charge un peu plus de 3.000 patients, alors que le Maroc compte "32.000 à 33.000 personnes nécessitant ce service. Le ministère ne prend en charge que le tiers du total des patients marocains, tandis que les deux autres tiers sont pris en charge par les associations et le secteur privé. Le ministère fait donc de la discrimination entre les Marocains. Il n'achète le service que pour une partie des patients".
En effet, si le ministère ne consacre que la moitié du budget dépensé auprès du secteur privé, aux associations, le nombre de patients pris en charge par l’État pourrait largement augmenter.
"Rien que durant la période du Covid, le coût de la prise en charge des patients dialysés reçus des secteurs public et privé de la région de Casablanca-Settat s’élève à 657.660 DH. Dans le cadre de la participation dans la gestion de la crise sanitaire, la fondation a pris l’initiative de dédier l’un de ses centres aux patients atteints de Covid, venus de la région ainsi que d’autres régions du Royaume si nécessaire. Un total de 340 patients ont été entièrement pris en charge, bénéficiant de 1.350 séances. Mais nous n'avons rien reçu en contrepartie".
"Nous avons instauré cette institution avec des modèles de gouvernance que nous avons perfectionnés, pour agrandir de nombre de bénéficiaires de notre service. Il faut donc qu'on devienne une antenne du ministère. On n’est pas une clinique privée qui peut se débrouiller d'elle-même".
M. Faouzi soulève également l'impact social: "Le service d'hémodialyse ne peut pas être arrêté".
"Malheureusement, nous avons sollicité le ministère à plusieurs reprises, en vain. J'ai également soulevé la problématique auprès des Walis des différentes régions dans lesquelles la fondation exerce, afin d'avoir un budget soit au niveau central (Rabat), soit au niveau régional, dans le cadre de la stratégie de régionalisation mise en place. Mais aucune action n'a été entreprise dans ce sens."
"Nous nous retrouvons donc à mendier pour un service nécessaire au citoyen", déplore-t-il. "La majorité de nos centres ont été inaugurés par Sa Majesté, ils ont donc besoin d’un budget propre à eux. Ou plus encore, le ministère doit nous intégrer dans son budget. Ce n’est pas une affaire personnelle sur laquelle nous gagnons de l’argent. Notre intérêt principal est de rendre service au citoyen".
"Sa Majesté le Roi nous soutient, mais l’administration doit faire un effort, à travers des contrats, des conventions, des partenariats avec de grands organismes, des bailleurs de fonds, des fondations, ou encore des banques...", conclut-il.
Cliquez ICI pour faire un don à la fondation, et venir en aide aux patients dans le besoin.
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