Météores : “Le nombre de chutes observées dernièrement au Maroc est le plus important au monde” (Dr Hasnaa Chennaoui)
Phénomène relativement rare, trois météores suffisamment grands pour être visibles ont traversé le ciel marocain, en près de quatre mois. Contactée par Médias24, Dr Hasnaa Chennaoui, professeure à l’université Hassan II de Casablanca, spécialiste des météorites et cratères d’impact, nous livre son analyse. Interview.
Médias24 : La boule de feu qui a survolé le nord-ouest du Maroc, samedi 11 septembre, est le troisième météore observé en près de quatre mois, après ceux de mai et d'août. Que pouvez-vous nous dire au sujet de ce phénomène ?
Dr Hasnaa Chennaoui : Les météores sont les phénomènes lumineux qui accompagnent l'entrée dans l'atmosphère d'une roche extraterrestre. Ce phénomène est naturel et ininterrompu. La majeure partie de ces particules sont trop petites pour atteindre la surface de la Terre et donner des météorites ; elles se consument entièrement dans l'atmosphère et passent inaperçues. Les particules plus grandes sont statistiquement moins fréquentes, elles sont plus visibles.
- Dispose-t-on de statistiques relatives au nombre de chutes observées au Maroc?
- Nous comptons à ce jour vingt-deux chutes observées au Maroc, depuis celle de Douar Mghila en 1932. Nous avons beaucoup plus de météores enregistrés. Un météore peut donner une météorite s'il est de grande taille. Nous avons le privilège d'avoir analysé, classifié et déclaré la majeure partie des chutes de météorites enregistrées localement. Le nombre de chutes observées ces dernières années au Maroc est le plus important au monde.
- Qu'en est-il des trois derniers météores ?
- Les trois derniers sont assez grands de taille pour donner des météores bien visibles, ce qui est relativement rare. Ils ont généré une chute qui s'est produite dans l'océan Atlantique ; une autre dans le Rif, mais dont il faut définir précisément l'endroit ; et la troisième n'a probablement pas donné de météorite du fait de sa nature cométaire, mais nous l'étudions encore.
- Comment expliquer le fait que le Maroc soit une destination privilégiée des météores ?
- Il n'y a pas d'explication rationnelle et scientifique. Nous travaillons encore sur cette question. L'une des explications est le fait d'avoir un ciel avec peu de pollution lumineuse, ce qui favorise l'observation des météores. Par ailleurs, nous avons une grande communauté de chasseurs de météorites, ce qui augmente la chance de les trouver.
Nous traquons ces météores avec nos caméras du réseau MOFID (Moroccan Observatory for Fireball Detections - http://attarikfoundation.org/mofid/). Nous devons préserver ce beau ciel étoilé qui facilite l'observation des météores. C'est l'objectif de la Fondation Atlas Dark Sky, présidée par le Professeur Zouhair Benkhaldoun.
La Fondation Attarik organise actuellement à AnfaPlace Mall une expo-musée intitulée "Les météorites : messagères du ciel". Cette expo-musée, unique au Maroc, montre au grand public la majeure partie des chutes observées localement, depuis la météorite de Benguerir, en 2004, jusqu'à la météorite de Tarda, en 2020.
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