Quels sont les enjeux de l’Edtech au Maroc ?
La digitalisation de l’éducation a été une réponse au confinement et à la fermeture des écoles, collèges et universités. Salah Baina, enseignant-chercheur à l'Ecole nationale supérieure d'informatique et d'analyse des systèmes de Rabat et facilitateur de transformation, décrypte quelques enjeux et limites de l’Edtech au Maroc et propose des pistes pour accompagner cette transformation.
« La crise sanitaire a accéléré l'arrivée massive d'innovations pédagogiques et d'outils technologiques pour accompagner la transformation des modes éducatifs », fait constater d’emblée Salah Baina. L’émergence de nouveaux usages et concepts comme les classes en ligne, les plateformes éducatives, le suivi connecté des apprenants et l’évaluation des acquis à distance de l'école primaire jusqu'à l'université, ont bouleversé le quotidien des apprenants comme celui des professionnels.
Pour assurer la continuité pédagogique, les efforts du gouvernement se sont inscrits dans la généralisation de l’enseignement à distance et la digitalisation des cours pour faciliter l’apprentissage. Toutefois, « il a été plus simple pour certains d'accéder à des contenus éducatifs se trouvant à l'autre bout du monde, délivrés par des universités de renom, que d'accéder à leurs écoles ou aux services de leurs universités », regrette-t-il. Il déplore de ce fait le manque d’équipements et de qualifications des acteurs traditionnels de l'éducation et de l'enseignement pour accompagner les nouvelles tendances et cette transformation digitale.
Cela étant, ce que l’on vit actuellement peut constituer un véritable accélérateur pour la transformation digitale. Selon Salah Baina, indépendamment de la crise sanitaire, « le monde qui nous entoure est en pleine mutation, et celle-ci devrait être accompagnée par une revue complète du système éducatif national », en agissant sur quatre volets essentiels :
La disponibilité du contenu : Selon Salah Baina, la concurrence entre les établissements ne se fait plus uniquement sur la base du contenu, mais également sur la façon de délivrer ce contenu. « L’école du futur est une école connectée, disponible 24h/24 qui marche au rythme de l'apprenant et non pas à un rythme administratif qui, de toute façon, ne correspond plus au rythme de l'apprentissage moderne », estime-t-il. Et de poursuivre : « On parle dorénavant de classes inversées, de learning by doing, et d'apprentissage ATAWAD (Any Time Any Where Any Device), ou Apprendre à tout instant, depuis n'importe où et depuis n'importe quel support ». Il ne s'agit pas que de technologies, mais également de méthodes d'apprentissage nouvelles.
Le déploiement et l’amélioration des infrastructures pour pallier les lacunes générées par la fracture numérique : L’enjeu est de devoir pallier les lacunes structurelles, à savoir l’équipement et l’accès à l’internet, car « l’accès universel à l'école numérique est un droit », estime le professeur-chercheur. Il encourage de ce fait la mise en place d’un programme national de mise à niveau des infrastructures éducatives couvrant l’ensemble du système éducatif, de la salle de la classe au bureau de l'élève. Et d’ajouter, toujours s’agissant d’infrastructures : « il faut aussi regarder la qualité de la connexion physique et numérique de bout en bout dans la chaîne de valeur de l'apprentissage », qui ne peut se faire sans un accès suffisant au matériel informatique et à internet.
Les écarts d’apprentissage engendrés par la fracture numérique ne devant pas être creusés davantage, Salah Baina plébiscite une éducation hybride combinant enseignement présentiel et virtuel. « L'éducation nationale devra être réinventée dans ce sens ! Il est très peu crédible de miser sur des modes purement digitaux portés par des Pure Player pour remplacer l'école ou l'université, comme il est tout aussi peu crédible de miser sur un retour à la normale faisant fi de ce que nous avons vécu pendant ces 18 mois de transformation accélérée, grâce au Covid », estime-t-il.
La requalification et la formation à la culture et aux outils numériques : « Si l'éducation nationale veut être à la hauteur des défis qui nous attendent, un réel accompagnement doit être fait pour permettre à tout le monde de prendre le train du changement. Au-delà de l'équipement, le plus important dans cette révolution digitale est le facteur humain. »
Il rappelle qu’au début de la crise sanitaire, des enseignants se filmaient avec leurs téléphones portables et transmettaient leur contenu via Whatsapp à leurs élèves qui n’étaient pas familiarisés avec ces nouvelles méthodes éducatives. Notre interlocuteur déplore le manque de culture digitale à tous les niveaux, « des lacunes auxquelles nous avons dû faire face en mode ad-hoc », et recommande la formation des formateurs aux outils digitaux et l’amélioration des compétences numériques des étudiants par l’introduction, à titre d’exemple, de programmes autour des nouvelles technologies et de leurs usages.
La transformation du système éducatif pour délivrer une meilleure éducation : « Aujourd'hui, nous devons prendre conscience que les défis du monde moderne dans lesquels nous vivons ont changé, et qu'ils ne seront pas les mêmes dans une décennie. Il faut que l'éducation nationale se transforme pour accompagner un monde en mutation continue ». La mise en place et l’accélération de l’écosystème EdTech deviennent de ce fait une nécessité, en construisant un système de formation réinventé qui produise et mette en œuvre des concepts éducatifs innovants et à forte valeur ajoutée, adaptés aux exigences éducatives locales.
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