Startups, innovation, entrepreneuriat: Un entretien avec Khalil Azzouzi, associé à Azur Innovation

Doté de 315 millions de DH, le fonds de capital-risque Azur Innovation est l’un des fonds créés dans le sillage du programme "Innov Invest" de la CCG. La rédaction de Médias24 a rencontré l’un des associés du fonds, Khalil Azzouzi. 

Khalil Azzouzi, l'un des associés d'Azur Innovation.

Startups, innovation, entrepreneuriat: Un entretien avec Khalil Azzouzi, associé à Azur Innovation

Le 22 mai 2021 à 14h27

Modifié 22 mai 2021 à 17h33

Doté de 315 millions de DH, le fonds de capital-risque Azur Innovation est l’un des fonds créés dans le sillage du programme "Innov Invest" de la CCG. La rédaction de Médias24 a rencontré l’un des associés du fonds, Khalil Azzouzi. 

« La nouvelle génération des fonds de capital-risque comme Innov Invest initiée sous l’impulsion gouvernementale et pilotée par la CCG, est investie d’une grande responsabilité. Il nous appartient de réussir notre expérience d’investissement, en tant que sociétés de gestion pour rassurer nos investisseurs sur le potentiel entrepreneurial de notre pays et renouveler cette expérience pour les générations futures. Pour ce faire, nous devrions mettre toutes les chances de notre côté et inviter tous les acteurs de l’écosystème à agir pour le même objectif », indique Khalil Azzouzi, associé et administrateur à Azur Innovation, à Médias 24.

Le capital-risque, -ou VC pour Venture Capital- a pour objectif d’apporter les fonds en capital aux startups à fort potentiel de croissance et de rentabilité. Pour lever des fonds, la startup doit avoir un business model viable et structurellement rentable. « L’objectif, ce sont de belles sorties de capital Exit qui couvriront toutes les pertes éventuelles du portefeuille », explique Khalil Azzouzi.

C’est le profil-type de l’investisseur, au discours rationnel mais à l’état d’esprit entrepreneurial et agile, qui compte. C’est ce profil dont on a le plus besoin dans une ère de course globalisée à l’innovation marquée par un environnement économique volatile et en changement constant.

C’est sous la responsabilité de Khalil Azzouzi qu’en 2007, un des rares fonds de capital-risque au Maroc, Dayam a été lancé avec en amont la structure d’accompagnement des porteurs de projet Sherpa Finance.

Azur Innovation est un fonds de capital-risque de 350 millions de DH, actuellement le plus important de sa catégorie au Maroc, qui s’est constitué en mars 2020 avec la CCG qui a apporté 100 millions de DH dans le cadre de son programme Innov Invest.

« Cet apport de la CCG a été un gage de confiance qui nous a permis de lever environ 185 millions de DH à l’international auprès de la BAD, du Fonds de développement du gouvernement hollandais et de la Banque allemande de développement KFW, et 65 millions de DH au niveau national et ce, auprès du CIH Bank, BMCE Bank of Africa, Sanlam et Masen », ajoute Khalil Azzouzi.

Le financement de l’innovation est l’un des principaux défis des fonds de capital-risque (VCs).

Les décisions d’investissement sont « discrétionnaires » prises par un comité ad hoc, composé par les associés de la société de gestion du fonds qui « cumulent plus de 80 ans d’expérience professionnelle et des chefs d’entreprises à succès, marocains et étrangers ». La décision d’investissement est prise sur la base des critères cités ci-dessus et sur la base du couple « risque /bénéfice » proposé par le projet, avec l’opportunité de sortie du capital de la startup à un horizon de 5 à 7 ans.

En plus du financement, l’apport des VC’s ne se limite pas à un apport d’argent mais s’élargit aux apports en compétences techniques, managériales, stratégiques et de partage de réseau, ce que l’on appelle « Apport en Smart Money« , ajoute-t-il.

Si l’on fait un portrait-robot du profil qui réussit à lever des fonds auprès d’Azur Innovation, sur la base du réalisé, ce sera « un porteur de projet entre la trentaine et la quarantaine, mûr, qui a une expérience dans de grands groupes internationaux, généralement dans des postes de responsabilités, et qui présente un projet avec un business model ficelé à très fort potentiel de croissance et de rentabilité », décrit Khalil Azzouzi.

« En plus de disposer des compétences métiers avérées et de leadership, le startupper doit avoir une solidité à tous les niveaux, des soft skills prouvées et un grand sens de la communication et du relationnel », estime l’investisseur. Une attention particulière est également portée sur l’impact social et environnemental du projet. « Nous suivons des KPI’s mensuels relatifs à la gouvernance et à l’impact des startups financées ».

« La stratégie d’Azur Innovation ne cible pas un secteur en particulier. Nous nous positionnons sur toute la chaîne de valeur de l’innovation aussi bien dans les services, les produits, que dans les technologies, que ce soit dans la fintech, agritech, edutech, digital, médical et biotech, énergie renouvelables, etc… », souligne l’investisseur. « Le projet doit proposer des solutions disruptives avec une véritable proposition de valeur qui apporte à la clientèle cible une solution à un besoin ou un problème, moyennant une nouvelle approche ou une approche améliorée ».

A  ce jour, Azur Innovation a closé trois projets dans les secteurs de la bio Tech; mobilité et logistique; et Marketplace, avec des « tickets moyens de 6 millions de DH dans un premier tour de table qui peut atteindre 20 millions de DH lors des tours de financement suivants si la startup se voit accélérer sa croissance dans les 2 premières années de son activité »,  indique notre interlocuteur, qui constate que les 2/3 des startups financées à ce jour, sont portées par des entrepreneurs émanant de la diaspora marocaine à l’étranger ou de Marocains ayant évolué auparavant dans les marchés internationaux, et qui ont l’ambition de  tirer  avantage de leurs parcours professionnel et réseaux relationnels respectifs.

Plusieurs projets sont en phase d’étude en ce moment dont trois sont bien avancés pour une prise de participation du fonds avec des tickets qui varient entre 6 et 12 millions de DH.

Khalil Azzouzi appelle à une réflexion concertée et audacieuse dans l’ingénierie financière, fiscale et réglementaire

« En 2007, le fonds Sindibad était l’unique fonds d’investissement encore en activité après celui de Moussahama qui était le premier fonds de capital-risque au Maroc pendant les années 90. A cette époque, il n’y avait qu’une poignée de projets innovants répondant aux critères d’investissement des fonds de capital-risque », se rappelle Khalil Azzouzi. « Nous assistons aujourd’hui à une dynamique entrepreneuriale salutaire qu’il faudrait bien accompagner », constate-t-il. Cette dynamique demeure, malgré la mise en place par l’Etat d’un ensemble d’outils et de structures d’accompagnement, confrontée à certaines contraintes, qui sont essentiellement d’ordre réglementaire, fiscal et culturel.

Aujourd’hui, force est de constater que « notre activité fait de plus en plus face à une concurrence étrangère qui vient solliciter nos startups dans notre pays pour les délocaliser sous d’autres cieux, avec à la clé des packages beaucoup plus alléchants que les nôtres ».

Il préconise à cet effet l’implication structurée et active du secteur privé dans l’initiative entrepreneuriale par la « création et le sponsoring de clusters sectoriels d’incubateurs de startups et/ou en s’engageant dans les fonds d’investissement aux côtés des investisseurs pour booster leur activité et éviter tout conflit d’intérêt dans le cas d’un investissement direct dans les projets ».  Ces clusters pourraient être conçus dans un schéma Partenariat Public-Privé (PPP).

De même, les grandes entreprises, de par leur mission sociale et citoyenne, devraient « ouvrir leur carnet de commandes aux petites et moyennes entreprises et aux startups naissantes, en particulier tout en les privilégiant en matière de délai de paiement ».

« L’anticipation des évolutions réglementaires et leurs assouplissement en s’inspirant des meilleures pratiques internationales des meilleurs écosystèmes entrepreneuriaux devrait constituer un levier à la dynamique entrepreneuriale et un bon attrait de notre pays aux investisseurs et bailleurs de fonds internationaux et locaux ».

En effet, « plusieurs pays subsahariens nous ont devancés dans les technologies financières (FinTech).  Le Nigéria compte aujourd’hui sa première Licorne en FinTech Interswitch valorisée à plus de 1 milliard de dollars grâce aux financements des fonds de capital-risque. Le Sénégal, par exemple, à lui seul compte aujourd’hui environ 16 sociétés de FinTech du fait de la souplesse du cadre réglementaire encadrant cette activité. Cette libéralisation a facilité l’émergence de plusieurs startups de la FinTech et a attiré à ce pays plusieurs bailleurs de fonds et grands acteurs mondiaux du secteur », constate Khalil Azzouzi.

« Grâce à l’initiative gouvernementale Innov Invest, le Maroc s’est hissé aux 10 premiers pays en Afrique, en terme d’investissement en capital risque. Il n’en demeure pas moins que les pays anglophones connaissent une meilleure dynamique entrepreneuriale que les francophones », commente Khalil Azzouzi

A ce jour, »nous manquons encore par exemple du cadre réglementaire encadrant les outils financiers nous permettant de fidéliser les Hommes-clés dans les entreprises : Les Vested Shares, les Stock-options, les Bons de souscription d’action (BSA), les Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise (BSPCE), etc…. Ils constituent un vrai levier de fidélisation et de motivation du personnel. De même, l’exonération de la TVA (non récupérable) sur les frais de gestion, soit 20% de 2,5% en moyenne des frais de gestion, facturée aux fonds d’investissement, obère la rentabilité des fonds et empêche plusieurs institutions financières internationales à investir dans nos fonds. Le manque à gagner générée par le prélèvement de la TVA non récupérable demeure conséquent pour le fonds, mais reste très dérisoire ramené au budget de l’Etat, eu égard au volume des fonds sous gestion dans notre pays ».

Enfin et pour booster la création d’entreprises et créer de la valeur à moyen et long termes, « la petite entreprise et la startup en particulier investie par les fonds d’investissement devrait bénéficier pendant les 3 premières années de sa création d’un ensemble d’incitations ; exonération de l’IS, de l’IR, des droits d’enregistrement, etc », conseille Khalil Azzouzi avant de conclure : « Le manque à gagner en recettes budgétaires pour l’Etat sur ce segment d’activité est négligeable, au vu des pertes constatées pendant cette période de leur cycle de vie ».

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