La qualité de la farine et du pain au cœur d’une polémique (Round up)

La qualité de la farine utilisée au Maroc pour la fabrication du pain fait polémique depuis plus de deux mois. Les boulangeries et pâtisseries pointent du doigt la matière première. Les minotiers, qui rassurent sur la qualité de leurs produits, condamnent ces accusations. Round up.

La qualité de la farine et du pain au cœur d’une polémique (Round up)

Le 6 avril 2021 à 17h26

Modifié 11 avril 2021 à 2h51

La qualité de la farine utilisée au Maroc pour la fabrication du pain fait polémique depuis plus de deux mois. Les boulangeries et pâtisseries pointent du doigt la matière première. Les minotiers, qui rassurent sur la qualité de leurs produits, condamnent ces accusations. Round up.

Dans un communiqué (fac-similé ci-dessous) diffusé lundi 5 avril, la Fédération marocaine des boulangeries et des pâtisseries (FMBP) dénonce l’acharnement dont son secrétaire Mohamed El Giri fait l’objet, suite à ses déclarations à la presse au sujet de la qualité de la farine utilisée pour la fabrication du pain au Maroc. 

Elle exprime ainsi sa solidarité avec lui et soutient les propos qu’il a tenu, tout en appelant à l’organisation du secteur des boulangeries, à la révision du cadre réglementaire et organisationnel dudit secteur et à la réorganisation de l’interprofession des activités céréalières.

« Une farine impropre à la consommation »

« La farine utilisée pour la production du pain au Maroc est impropre à la consommation », « elle ne répond pas aux critères garantissant la santé du consommateur », ou encore « la farine consommée par les Marocains ne convient même pas comme fourrage pour le bétail ». Tels sont les propos tenus par M. El Giri à différents médias de la place, qui ont suscité la colère de plusieurs acteurs du secteur, notamment les minotiers.

Contacté par nos soins, Abdenour Hassani, directeur du bureau exécutif de la FMBP, nous explique que « le secteur des boulangeries et pâtisseries a toujours été accusé de proposer des produits de mauvaise qualité. Nous avons également longtemps été accusés d’ajouter certains composants dans la fabrication du pain ».

A travers les propos de M. El Giri, « notre but est d’expliquer au consommateur que le problème réside dans la qualité de la matière première qu’on achète, qui est la farine, puisque les boulangeries et pâtisseries ne font que la transformer en pain, en y ajoutant de l’eau, de la levure et du sel », affirme M. Hassani.

« Lorsque la qualité de celle-ci n’est pas assez bonne, on est obligé d’ajouter d’autres composants, comme le sucre, pour améliorer la qualité du pain, sinon quel est notre intérêt d’augmenter nos charges ? », souligne-t-il.

« Au Maroc, nous avons différentes qualités de farine ». Outre les produits ajoutés par les meuniers lors de la transformation des graines, « les boulangeries et pâtisseries peuvent juger de la qualité de la farine à travers trois autres critères importants. Le premier est le pourcentage d’eau ajouté à la farine pour faire du pain. Normalement, pour fabriquer un bon pain, il faut environ 70% d’eau (par exemple pour chaque kilogramme de farine, il faut ajouter 70 cl d’eau, NDLR), alors qu’avec la farine disponible au Maroc, on peut à peine ajouter 55% d’eau, au maximum », explique Abdenour Hassani. 

« Le second critère est relatif au volume du pain. Si on n’ajoute aucun autre composant pour améliorer sa qualité, le pain ne prend pas de volume une fois au four, ce qui nous empêchera de le proposer dans nos magasins ». Et « le troisième est celui de la couleur du pain. On est obligé d’ajouter du sucre pour avoir la couleur » dorée. « Si la farine était de meilleure qualité, on n’aurait pas eu recours à cet ingrédient », martèle-t-il. 

En effet, la forme et la couleur du pain font partie des caractéristiques d’aspect déterminantes pour le Marocain, qui consomme en moyenne un pain et demi par jour. 

Par ailleurs, « le blé importé n’est pas de très bonne qualité », souligne notre interlocuteur, qui ajoute également que « les meuniers éliminent de nombreux ingrédients de la composition de la farine ». 

Des accusations condamnées par les minotiers

Ces accusations sont « désolantes et frustrantes », nous confie Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie, joint à son tour par Médias 24. 

M. Alaoui, qui condamne les propos tenus par le SG de la FMBP, nous a également affirmé que « le secteur de la minoterie est un secteur organisé et intégré. Il est aussi doté d’une technologie de pointe ». 

« Notre capacité de production dépasse largement la demande. Un tel marché donne ainsi lieu à une concurrence farouche entre les minotiers. Aujourd’hui, pour avoir des parts de marché dans un secteur aussi concurrentiel, une différenciation au niveau de la qualité du blé s’avère nécessaire pour les clients, notamment les boulangers, les grossistes et les grandes surfaces », explique notre source. 

« Le blé que nous utilisons est importé de l’extérieur. Il répond donc à un cahier des charges pointu, et aux normes sécuritaires, sanitaires et alimentaires. Quand la marchandise est chargée au niveau des pays exportateurs, elle obéit forcément à des certificats phytosanitaires qui sont validés et certifiés par des organismes sanitaires », assure-t-il. 

De plus, « une fois sur le sol marocain, cette marchandise subit un deuxième contrôle. Les agents de l’ONSSA n’autorisent le déchargement des cargaisons qu’une fois les analyses sont faites et démontrent que les produits importés sont conformes au cahier des charges » de ladite institution, qui lui est « établi sur la base des normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », affirme notre interlocuteur.

Toujours selon M. Alaoui, ces analyses sont faites pour « rechercher les résidus de pesticides, mycotoxines et radioactivité, et donc, tout ce qui peut nuire à la santé, au-delà des caractéristiques étrangères, notamment la teneur en corps étrangers…. Ce sont les résultats de ces analyses qui permettent d’autoriser ou non la trituration de ce blé ».

Cette marchandise subit un énième contrôle par l’ONSSA, au niveau des unités industrielles, ajoute notre interlocuteur, qui note que « ces produits sont donc contrôlés tout au long du processus de fabrication de la farine ». « Lorsque l’Office effectue des prélèvements de farine au sein de ces unités, c’est pour vérifier la composition des différents types de farine, régie par un arrêté ministériel ». 

En effet, il s’agit de l’arrêté n°2698-20 du ministère de l’Agriculture, fixant les dénominations et les caractéristiques des produits issus de la mouture des grains du blé commercialisé. Malgré nos tentatives de joindre l’ONSSA pour davantage d’informations sur ce point, l’Office est resté injoignable. 

M. Alaoui poursuit : « Les Marocains sont très exigeants, en particulier en ce qui concerne le blé dur. On est parmi les rares pays qui achètent le ‘grade 1’, qui est le meilleur. Certes, il est plus cher que le blé américain et français, mais au vu de la concurrence, de la demande et de l’exigence du consommateur, on n’a pas le droit d’importer n’importe quel produit, ce qui veut dire que même pour la matière première on est très sélectif« . 

De plus, « non seulement nous sommes un pays qui satisfait de loin la demande interne, avec une offre diversifiée de 14 produits de blé tendre et 6 produits de blé dur, mais nous sommes également exportateurs. Cela dit, je ne dis pas que tout le monde est un ange. On peut avoir des erreurs dans toutes les industries, mais il ne faut pas généraliser », conclut-il. 

Une polémique déclenchée par l’alerte lancée par la FMDC

Notons que les propos de M. El Giri qui ont soulevé une telle polémique, interviennent après un communiqué (fac-similé ci-dessous) publié le 22 janvier dernier par la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC). 

Celle-ci avait en effet alerté sur la qualité du pain qui est une denrée essentielle au Maroc. Le document, qui a d’abord fait le tour des réseaux sociaux, a ensuite été largement repris par les médias locaux. 

Dans ce document, la FMDC avait souligné que le pain consommé par les Marocains est « génétiquement modifié par rapport au blé original, ce qui entraîne un changement de sa texture, dû à la hausse d’amidon dans cet aliment ».

« L’ajout de composants supplémentaires, tels que le sel et le sucre (plus de 3 grammes de sucre par unité de pain), et l’utilisation de levure chimique, de l’eau contenant du chlore, ainsi que l’élimination des fibres alimentaires, donnent lieu directement ou indirectement à des maladies graves, notamment le cancer du côlon, l’obésité, la dépression, l’eczéma ou encore différentes allergies, dont l’intolérance au gluten ».

« Le blé, qu’il soit importé ou produit localement, reçoit une grande quantité de pesticides dans tout son processus de production et de transformation, puisqu’il n’est pas soumis à un contrôle rigoureux' », peut-on également lire sur le document.

La FMDC avait aussi noté « une quasi-absence du contrôle, particulièrement au niveau des moulins, points de vente et de distribution de blé et de farine… », ainsi qu' »une forte présence de l’informel, ce qui complique l’opérationnalisation du programme de protection du consommateur ». 

Communiqué de la Fédération marocaine des boulangeries et des pâtisseries

Communiqué de la Fédération marocaine des droits du consommateur 

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