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ECONOMIE

Défaillances des entreprises : le paradoxe 2020

Alors que le Maroc a connu la pire récession de son histoire, les défaillances d’entreprises ont reculé de 21,6% par rapport à 2019. Un paradoxe qui s’explique par les mesures de soutien déployées par le gouvernement mais aussi par le faible rythme de traitement des dossiers par les tribunaux.

Défaillances des entreprises : le paradoxe 2020
M.M.
Le 2 février 2021 à 18h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

6.612. C’est le nombre d’entreprises qui ont fait faillite en 2020, selon une étude d'Inforisk. Soit 21,6% de moins que les défaillances enregistrées en 2019, année où le pays a connu pourtant une croissance de plus de 3%. C’est un peu le monde à l’envers. Car sur les dix dernières années, où la croissance moyenne était de 3,5%, le nombre de défaillances a augmenté de 139%, avec des hausses annuelles oscillant entre 12 et 24%. La seule année qui a connu une tendance positive a été 2018 avec une baisse de la mortalité de 2%.

Comment se fait-il que les entreprises résistent mieux dans un pays qui vit l’une des pires récessions de son histoire (-7% selon le HCP et le FMI) ? Selon l'étude, cette baisse de près de 22% est à la fois exceptionnelle et historique. « C’est la plus forte baisse enregistrée depuis que nous mesurons cet indicateur », indique-t-on.

Quand l’Etat maintient les entreprises sous perfusion

Deux explications sont avancées pour justifier ce phénomène assez exceptionnel.

Le premier est technique et tient en le ralentissement de l’activité des tribunaux de commerce, qui ont connu un arrêt quasi continu de mars à septembre, entre la période de confinement et celle des vacances judiciaires. Et même quand ces tribunaux ont repris, leur activité ne tournait pas à un rythme normal du fait des perturbations sanitaires, des mesures restrictives…

Deuxième explication : l’intervention massive de l’Etat à travers les crédits garantis par la CCG, Oxygène et Relance, ainsi que les autres mesures de report des échéances bancaires, fiscales et sociales et l’instauration du chômage partiel. Des mesures qui ont maintenu sous perfusion des milliers d’entreprises dont certaines, signale l’étude, n’auraient pas survécu sans les aides de l’Etat. Ici, on voit bien que l’Etat protecteur a bien joué son rôle. Mais jusqu’à quand ?

La chute sera dure en 2021

Selon l'étude, la chute sera dure en 2021. Car il y a d’abord toute la masse de dossiers stockés dans les tribunaux qui vont être traités cette année et gonfler les chiffres de mortalité des entreprises. Mais surtout les risques qui pèsent encore sur la relance.

Avec l’arrêt prévu des mécanismes Oxygène et Relance, il va falloir, signale l’étude, commencer à rembourser les dettes contractées en 2020 ou les reports d’échéances. Le tout dans une conjoncture pas assez rose : baisse de 30% en moyenne de l’activité des entreprises en 2020 avec une reprise partielle attendue en 2021, conditionnée essentiellement par la rapidité de la campagne de vaccination. Un rattrapage qui n’effacera pas néanmoins les pertes de 2020. A cela s'ajoutent les délais de paiement qui se sont encore allongés pendant la crise de 2020.

Des données que montrent également la dernière étude du HCP qui signale que la moitié des entreprises marocaines n’ont pas de matelas de trésorerie.

L’étude montre d’ailleurs que si le nombre de défaillances est en baisse, les symptômes de la crise ont été néanmoins bien perçus : arrêt temporaire d’activité, réduction du temps de travail, licenciement et réduction des effectifs… Un seul chiffre illustre les dégâts : la montée du chômage de près de 9% à près de 13% avec la perte de plus de 580 000 emplois. Un vrai bain de sang social.

Ce phénomène de baisse de la mortalité des entreprises en temps de crise n’est pas que marocain, note toutefois l’étude. Mais il est mondial. « En France, selon les données de notre confrère Altares D&B, les défaillances ont diminué de 38% en 2020, alors que l’impact de la crise va faire chuter l’économie française de plus de 9% à la fin de l’année », signale l’étude.

99% des entreprises défaillantes sont des TPE

Dans ce nombre d’entreprises défaillantes, qui n’ont pas pu certainement accéder aux aides de l’Etat ou qui n’ont simplement pas pu absorber le choc de la crise, la quasi-majorité (98,9%) sont des TPE. La mortalité chez les PME ne compte que pour 0,8% dans l’ensemble et à peine 0,3% chez les grandes firmes.

Pour chiffrer la perte sociale causée par ces défaillances, l’étude sort un indicateur assez intéressant : la somme cumulée de la masse salariale de ces sociétés défaillantes qui est de 767 MDH. Autant de salaires perdus et de pouvoir d’achat amputé sur les ménages.

Autre donnée parlante : ces entreprises sont toutes assez récentes de création. Leur âge moyen est de 4,9 ans… Et elles sont concentrées essentiellement (à hauteur de 47%) dans l’axe Casa-Tanger.

Cette mortalité a touché, comme on pouvait s’y attendre, les secteurs les plus exposés à la pandémie : le commerce (34%), l’immobilier (22%), le BTP (15%), le transport (7%) et l’industrie (7%). Mais le tourisme, qui a été complètement à l’arrêt et l’est toujours d’ailleurs, ne figure pas dans ce top 5, en raison fort probablement des mesures déployées par l’Etat pour éviter la fermeture d’hôtels et de structures d'hébergement.

Et la quasi-majorité (99,4%) de ces défaillances sont passées par des procédures de liquidation judiciaire, contre à peine 0,4% procédures de sauvegarde, 0,2% de redressement judiciaire et seulement 22 procédures de sauvegarde.

Cette faible utilisation de la procédure de sauvegarde fait dire aux auteurs de l’étude que « nos entreprises sont encore faiblement averties des mesures préventives existantes. Résultat : elles meurent avant d’avoir eu le temps de consulter un médecin ».

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M.M.
Le 2 février 2021 à 18h40

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