Cancers: aggravation des cas au Maroc suite aux retards de diagnostic et de traitement

Les retards de diagnostic et de traitement des cancers, durant la période de confinement, se traduisent actuellement par une aggravation des cas, ce qui pourrait entrainer un excès de mortalité. 

Cancers: aggravation des cas au Maroc suite aux retards de diagnostic et de traitement

Le 15 octobre 2020 à 15h22

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Les retards de diagnostic et de traitement des cancers, durant la période de confinement, se traduisent actuellement par une aggravation des cas, ce qui pourrait entrainer un excès de mortalité. 

Il s’agit d’un constat général. Le monde entier est concerné, dont le Maroc, selon plusieurs cancérologues et oncologues contactés par Médias 24. 

« Durant le confinement, il y a eu une baisse de la détection des cancers », nous a confirmé Dr. Filali Dounia, présidente de la Société marocaine de cancérologie (SMC), jointe par Médias24. 

« Cette situation s’explique principalement par l’interdiction des déplacements entre les villes durant cette période, l’arrêt de la majorité des moyens de transport, mais aussi, par un sentiment de peur face au risque de contamination au Covid ». 

Mohamed El Mandjra, PDG du groupe Oncologie et diagnostic au Maroc (ODM), confirme et complète. « Effectivement, pendant le confinement, on a assisté à un double phénomène. Le premier est relatif à la baisse de la détection du cancer, qui s’explique par le fait que plusieurs médecins référents, qui sont généralement en première ligne pour détecter les cancers, travaillaient moins, ayant fermé leurs cabinets. Le second concerne la baisse du nombre de patients qui venaient se faire traiter, même s’ils étaient détectés. Ces personnes avaient peur du Covid, et donc de se rendre dans les structures médicales », nous a-t-il confié.

« Cela a eu un impact négatif sur l’état de santé de ces patients, puisque leurs cas se sont aggravés. Ils viennent à présent avec des stades plus avancés, ce qui diminue leurs chances de guérison ». 

Les patients toujours réticents

Depuis la sortie du confinement, les patients diagnostiqués et ceux qui suivent un traitement de cancer reprennent le chemin des services d’oncologie, mais leur nombre est toujours en deçà des chiffres habituels. 

« A l’occasion de l’octobre rose, nous avons fait beaucoup de sensibilisation pour montrer que toutes les mesures nécessaires sont prises et que le risque de contamination au Covid dans nos centres est faible », a ajouté M. El Mandjra.

« Après le confinement, on a eu une reprise, mais ce n’est certainement pas une reprise à un niveau habituel », nous a-t-il expliqué. 

« Le cancer et d’autres maladies ne disparaissent pas avec le Covid. Ce n’est pas parce qu’on ne détecte plus le cancer que la maladie a disparu. Nous avons des chiffres, et nous savons statistiquement, dans une population, combien de cas de cancer sont détectés par mois ».

Donc certes, il y a eu une augmentation des diagnostics, mais « juste par rapport au confinement. Les chiffres ne sont pas encore revenus à ce que l’on considère comme étant un niveau ordinaire. Cela veut simplement dire qu’il y a des gens qui sont encore réticents, qui ont toujours des inquiétudes par rapport au Covid, et qui ne vont pas chez le médecin ».

En effet, environ 40.000 cas de cancer sont détectés chaque année au Maroc, soit environ 800 à 1.000 cas par semaine, et 3.500 à 4.000 cas par mois. 

« Quand on ne voit plus ces chiffres, et qu’on détecte seulement 1.500 à 2.000 cas par mois, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche ». Notons que cette tendance est générale, et concerne le secteur privé comme le public.

Le cancer tue plus que le Covid

« Cette situation est très mauvaise, parce qu’il y a une focalisation très importante sur le coronavirus, alors qu’il y a d’autres maladies plus dangereuses, qui peuvent également causer des décès », déplore le DG du groupe ODM.

« Quand on procède à un classement, il en ressort que le Covid reste la 5e cause de mortalité, bien derrière les AVC, les attaques cardiaques et le cancer. Il faut quand même rester vigilant par rapport au fait d’avoir des impacts négatifs sur des maladies plus graves, qui touchent toute la population, indépendamment de l’âge ou des comorbidités. Il ne faut pas laisser celles-ci dans le background et se focaliser sur le Covid comme étant la chose la plus grave, ce qui n’est pas le cas médicalement ».

« C’est une pandémie certes, mais aujourd’hui, il y a beaucoup plus de personnes qui meurent du cancer que du Covid ». 

En termes de chiffres, « il est difficile de généraliser les décès par cancer, puisque cela dépend de ses types. Nous avons des cancers avec un taux de rémission de 95% comme le cancer du sein, et d’autres plus mortels. On ne peut donc pas mettre tous les types dans une seule catégorie, mais ce qui est sûr c’est que le cancer tue plus que le Covid ».

« Actuellement, nous avons une moyenne de 30 à 40 décès par jour à cause du Covid. On peut dire que pour le cancer c’est au moins le double« . 

« Dans cette maladie, on a des types agressifs, et d’autres moins agressifs. La première catégorie évolue rapidement. Le temps est donc crucial. Plus on le détecte et traite rapidement, plus les chances de guérison sont importantes ».

« Les cancers qui ont un développement un peu plus long, peuvent attendre jusqu’à quatre semaines, mais pas 5 mois. Il n’y a aucun type de cancer qui n’évolue pas durant 4 ou 5 mois », poursuit-il.

Quel effet le Covid a-t-il sur les personnes atteintes de cancer ?

Concernant l’impact du Covid sur les patients cancéreux, M. El Mandjra nous cite l’exemple d’une étude réalisée en Angleterre, qui a démontré que « l’impact Covid sur le cancer a été plus important que l’impact Covid sur le Covid. C’est-à-dire que les décès de cancer causés par le Covid sont supérieurs aux décès de Covid causés par le virus lui-même ». Au Maroc il n’y a pas encore de statistiques dans ce sens « mais il ne faut pas arriver à un stade où les décès indirects du Covid seront supérieurs aux décès directs »

Toujours selon la même source, les patients cancéreux sous traitement sont très bien protégés. « Une personne atteinte de cancer, devient immunodéprimée dans une certaine phase de son traitement. Son système immunitaire devient faible, et c’est normal » et connu par le corps médical.  

« Les gens pensent que cette personne est plus fragile par rapport au Covid, ce qui est vrai, mais il faut toutefois noter que comme le système immunitaire baisse, et que le personnel de santé en est conscient, les précautions qui sont prises, en temps de Covid ou hors Covid, sont tellement importantes que cette personne est plus protégée qu’une personne ordinaire ».

« Tout ce qu’on voit aujourd’hui, qui commence à être normal (stérilisation, port de masque…), et qui représente ‘une découverte’ pour certaines personnes, est la norme qui a toujours existé dans un milieu de traitement de cancer. C’est le standard. Ces patients sont immunitairement déprimés, mais sont dans un environnement très habitué à les protéger. » 

« Dit autrement, si l’on prend deux personnes, une qui est sous traitement de cancer et une qui ne l’est pas, dans un milieu ordinaire non protégé, la première sera plus fragile, certes, mais celle-ci se trouve par définition dans un milieu protégé ».

Recommandations pour l’ère post-Covid

« L’ère post-Covid-19 nécessite la mise en œuvre de nouvelles recommandations pour la prise en charge des patients cancéreux », a souligné Dr. Nabil Ismaili, professeur assistant en oncologie à l’hôpital universitaire international Cheich Khalifa de Casablanca, dans une étude réalisée en août. 

« Pendant la phase post-Covid-19, tous les patients doivent être considérés comme positifs, jusqu’à preuve du contraire. Ainsi, une stratégie nationale de dépistage de l’infection au Covid doit être envisagée avant l’admission des patients dans les centres de cancérologie, afin de les protéger ainsi que le corps médical ».

« De plus, il faut être prudent, car la situation épidémiologique actuelle ne sera pas la même dans les semaines à venir ». En effet, celle-ci change chaque jour et s’aggrave au Royaume, avec 23.648 cas actifs au mercredi 14 octobre.

Dans son étude, Dr. Ismaili recommande de continuer à suivre les mesures préventives établies par l’OMS depuis l’apparition du virus, mais aussi, à en appliquer d’autres pour une meilleure prise en charge des patients atteints de cancer durant la période post-Covid. Il s’agit notamment de:

  • Donner la priorité aux téléconsultations autant que possible;
  • Limiter les accompagnants;
  • Limiter les hospitalisations inutiles;
  • Reporter le traitement des cancers non agressifs et des cancers localisés de 6 à 12 semaines;
  • Privilégier les protocoles de chimiothérapie administrés toutes les 3 semaines;
  • Accorder la priorité aux thérapies orales (hormonothérapie et chimiothérapie orale) autant que possible;
  • Privilégier les protocoles de la radiothérapie hypofractionnée (intensifier la dose délivrée lors de chaque séance de radiothérapie, NDLR), en particulier pour les cancers du sein, de la prostate et du rectum.

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