Sociétés de crédit à la consommation: alerte rouge sur les impayés
Pour le président de la section crédit à la consommation de l’Association professionnelle des sociétés de financement, la situation est préoccupante dans l’ensemble du secteur à cause de la montée des risques. Situation à nuancer toutefois: certaines sociétés peuvent absorber le choc, en fonction de leur exposition aux segments les plus sinistrés et leur solidité financière, quand d’autres jouent leur pérennité, précise-t-il. Le point.
L’alerte a été lancée hier par le wali de Bank Al Maghrib. Commentant la situation des impayés dans le secteur bancaire, Abdellatif Jouahri a signalé que "ce qu'il faut craindre c'est surtout la forte hausse des impayés chez les sociétés de crédit à la consommation".
Si les banques souffrent de la forte montée des impayés, avec un taux de créance en souffrance qui risque de monter à 14% d’ici fin 2020, elles restent toutefois bien dotées en fonds propres et peuvent encaisser le choc. Elles ont surtout la capacité de se doter aisément en fonds propres supplémentaires, via des augmentations de capital ou des levées d’emprunts obligataires.
Situation qui n’est pas la même pour les sociétés de crédit à la consommation, qui de plus est sont fortement exposées à la clientèle la plus fragile en ces temps de crise.
Forte exposition concernant les ménages et le crédit auto
Selon Aziz Cherkaoui, président de la section crédit à la consommation à l’APSF, le portefeuille de crédit de la profession est constitué à hauteur de 70% par des crédits aux ménages. Et c’est dans ce segment où la casse peut être la plus importante, au vu de la montée du chômage, de la baisse des revenus et des sombres perspectives économiques et d’emploi pour l’avenir.
Le membre de l’APSF reconnaît que la situation est délicate pour le secteur, mais ne dispose pas encore de chiffres arrêtés pour évaluer l’ampleur des dégâts.
"Les impayés sont actuellement notre principale préoccupation. Nous attendons la publication des comptes semestriels des sociétés, qui doit se faire avant la fin de ce mois pour avoir une idée précise sur la situation", nous dit-il.
Mais ce qui est sûr selon lui, c’est qu’avec cette crise, il y a eu un grand impact sur les sociétés de crédit. Un impact qu’il faut nuancer selon lui, car toutes les sociétés ne sont pas exposées de la même manière aux mêmes segments de clientèle et ont des structures financières assez différentes les unes des autres.
Exemple: si les ménages constituent aujourd’hui la plus grosse part du risque, cette catégorie de clientèle est à différencier. "Les fonctionnaires n’ont pas été réellement touchés par la crise. Ils ont continué à être payés et n’ont pas de problèmes de remboursement. Contrairement aux salariés du privé qui travaillent dans les secteurs qui ont été touchés par la crise. Donc, les sociétés dont le portefeuille est concentré sur les fonctionnaires ne vont pas beaucoup souffrir, contrairement aux autres", explique M. Cherkaoui.
Autre secteur à risque: les agences de location de voitures qui sont parmi les plus gros clients des sociétés de financement. "Ce secteur a été touché de plein fouet par la crise car il dépend de l’activité touristique. Le risque est gros, mais nous essayons de trouver des solutions. Il y a des sociétés qui ont pris d’elles-mêmes l’initiative de liquider leur flotte pour rembourser les crédits par exemple", explique M. Cherakoui.
"Pas de risque systémique sur le secteur"
Généralement, pour M. Cherkaoui, la branche auto n’est pas aussi risquée que le crédit à la conso pur et dur, car il y une garantie en face. Mais encore faut-il que le recouvrement se fasse. Chose qui n’est pas aisée par ces temps de Covid, s’alarme M. Cherkaoui.
"Les procédures judiciaires deviennent de plus en plus lentes et on ne peut pas envoyer nos agents de recouvrement sur le terrain. Le recouvrement devient donc très difficile", indique-t-il.
Pour lui, les sociétés de crédit vont donc accuser le coup. Certaines y jouent leur pérennité, mais d’autres peuvent absorber le choc. Et cela dépend de plusieurs paramètres: degrés d’exposition concernant les segments les plus touchés, mais surtout la capacité à renflouer les fonds propres pour faire face à la montée des risques.
"Quand on constate un impayé, on est obligé de constituer des provisions et de mettre des fonds propres en face. Nous avons les mêmes contraintes réglementaires que les banques. Maintenaient, il y a des sociétés qui sont bien dotées en fonds propres, qui peuvent mobiliser de nouvelles ressources, et d’autres qui sont plus fragiles. C’est au cas par cas, mais il n’y pas de risque systémique sur l’ensemble du secteur".
La durée du recouvrement des créances dans le secteur rend les choses encore plus compliquées. "La durée de stationnement d’une provision est de 5 ans. Il faut donc tenir 5 ans avant de récupérer sa créance, faute de quoi elle se transforme en perte sèche. Mais en attendant, il faut rester aligné sur les règles prudentielles et mobiliser des fonds propres pour se couvrir. C’est là l’enjeu actuel de la profession", nous explique-t-il.
Une reprise inattendue sur l'automobile à partir de juillet
Seul et vrai espoir pour la profession après un arrêt net de la production sur trois mois et l’explosion des risques: une relance rapide de l’économie et de la consommation. "C’est la reprise de la consommation qui nous permettra de nous relever. Nous travaillons actuellement entre 60 à 70% de notre capacité habituelle avec des risques de plus en plus accrus. Nous n’avons pas pour l’instant de visibilité, mais il y a quelques motifs d’espoir", confie M. Cherkaoui.
Cet optimisme du président de l’APSF vient selon lui d’indicateurs réels de marché: comme la reprise du crédit automobile à partir de juillet ou encore le choix de beaucoup de ménages de ne pas renouveler les mesures de report des échéances de crédit en juin.
"Nous avons eu une grande surprise en juillet avec une reprise inattendue du crédit automobile. Il y a eu plusieurs opérations de financement d’achat de véhicule. Je ne sais pas si c’est lié à une reprise du marché automobile, mais je suppose qu’il s’agit d’un effet de concrétisation des décisions d’achat reportées. Des gens qui avaient un projet d’achat en début d’année et qui ne l’ont concrétisé qu’à la sortie du confinement", explique le membre de l’APSF, qui précise toutefois que les vannes n’ont pas été complètement ouvertes aux clients. "On a été malgré cette reprise très sélectif sur les dossiers, car le client devait justifier non seulement de ses revenus mais de sa capacité à les maintenir, en ces temps de crise".
Autre (bonne) surprise constatée par la profession comme nous le rapporte M. Cherkaoui: le taux de non renouvellement des mesures de report d’échéances. "Le report a concerné en premier temps 20% de la clientèle globale du secteur pour une durée de 3 mois. Ces gens avaient la possibilité, à partir de fin juin, de renouveler le report pour trois mois supplémentaires. Mais la majorité ne l’a pas fait et a préféré reprendre les remboursements. Nous sommes d’ailleurs très satisfaits du niveau de remboursement post-report qui montre que la situation n’est pas aussi catastrophique que l’on peut l’imaginer".
En attendant d’avoir des chiffres précis sur la situation des impayés dans le secteur (chiffres qui seront disponibles fin septembre pour la situation au 30 juin, selon M. Cherkaoui), le secteur reste en alerte rouge et très surveillé par l’autorité de régulation, Bank Al Maghrib. Car en plus d’être sous la tutelle de Bank Al Maghrib, la grande majorité des sociétés de financement sont des filiales de banques. Si dégâts il y a, ils se répercuteront également sur les maisons-mères qui doivent intervenir pour sauver leurs filiales, à coup de fonds propres.
Mais avant d’en arriver à appeler les banques à la rescousse, certaines sociétés de financement ont déjà commencé à programmer des opérations de renflouement des fonds propres, nous indique M. Cherkaoui, soit en ne distribuant pas de dividendes pour les transformer en capital, soit en programmant des sorties sur le marché de la dette privée. A suivre…
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