Safran : Les opérateurs s’attendent à une baisse de la production cette année
Les perturbations climatiques constituent la raison principale la baisse pressentie de la production de safran. En 2018, celle-ci avait atteint 6,8 tonnes. La commercialisation souffre d’un manque de promotion ciblée.
Parmi les produits du terroir, le safran occupe une place à part pour ce qui est de sa culture, de sa cueillette et de sa commercialisation.
La production de cette épice fort prisée à travers le monde s’est élevée en 2018 à 6,8 tonnes. Pour la campagne 2019, la plupart des opérateurs s’accordent à dire qu’elle va connaître une baisse même si le volume exact n’est pas encore connu en raison de la physionomie de la filière qui demeure très éclatée entre une multitude de petites coopératives.
Cette baisse pressentie résulte des conditions climatiques qui ont prévalu au niveau des régions où cette culture est une tradition, en l’occurrence Tiliouine dans la province de Taroudant et Taznakht dans la province de Ouarzazate.
Une culture aux conditions particulières
Il faut savoir que la culture du Safran exige des conditions particulières à la fois climatiques et géographiques. En effet, cultivé en terrasse sur des hauteurs allant jusqu’à 1.200 mètres dans des régions montagneuses, le safran a besoin à la fois de fraicheur et de soleil, nous explique un opérateur de la filière.
Ainsi, et d’après ce qu’on peut lire sur le site internet d’un autre opérateur de la filière :
La plantation des bulbes a lieu entre les mois de juin et septembre, la fleuraison à fin octobre/début novembre et la cueillette entre le 20 octobre et le 10 novembre. Celle ci se déroule au lever du jour et seule la fleur est conservée et son séchage doit se faire dans les 24 heures.
A cela, et comme l’explique Omar Bensalem, responsable à « Dar Zaafrane »,GIE regroupant plusieurs coopératives de safran, les plantations de bulbes de safran ne sont pas renouvelées chaque année, mais ont cette particularité d’être productives durant un cycle de 7 ans voire 8 ans, tout en se multipliant jusqu’à être à l’étroit dans une parcelle. Ce qui nécessite leur arrachage, souvent suivi d'une période de jachère. Ainsi, pour planter dans les normes une exploitation d’un hectare, il faut environ 4 tonnes de bulbes, explique Omar Bensalem, qui deviennent 40 tonnes au bout du cycle d’exploitation.
La productivité s'améliore
Pour Abdelouhad Mdarhri, Directeur de la société 123Safran, qui confirme que la production de la campagne 2019 sera moyenne, la culture du safran a connu une nette évolution de sa production depuis une dizaine d’années : elle est passée durant cette période de 3 kg en moyenne par hectare à 6 kg, et parfois plus. Et ce, grâce au soutien de l’Etat qui a œuvré pour la modernisation des cultures et leur extension ainsi que pour une meilleure organisation de la filière.
A titre d’exemple, il rappelle que les pouvoirs publics subventionnent à 100% le système d’irrigation en goutte-à-goutte pour toutes les exploitations de moins de 5 ha. Résultat : le rendement est aujourd’hui supérieur dans ces exploitations que dans celles cultivées en mode traditionnel qui subsistent toujours.
Des prix stables
D’après lui, malgré cette perspective les prix resteront stables sur le marché intérieur et même à l’export. Les variations qu’on peut constater sont dues principalement à la qualité du produit et au circuit de commercialisation qu’il emprunte.
Dans ce contexte les prix en vrac dans les souks et les circuits informels peuvent commencer à 18 DH le gramme alors que les coopératives les collectent à un prix de 22 à 23 DH pour les revendre autour de 30 DH.
A l’export, notamment vers les de l’UE, le prix du gramme dépasse les 6 euros, car d’après lui le safran marocain est de bonne qualité.
Un produit de qualité
Patrick Marchand, Patron de DIMA qui commercialise à travers sa marque Dima Maroc une quarantaine de produits du terroir, estime pour sa part que, effectivement, le safran marocain est de très bonne qualité en se basant sur des analyses qu’il a réalisées lui même dans des laboratoires européens. Il déplore néanmoins qu’il ne soit pas très visible dans les points de vente en Europe qui ont pignon sur rue. « Il ne vend pas assez bien à l’export, dit-il, au même titre que d’autres produits du terroir comme l’huile d’olive ».
IL ajoute que malgré les efforts consentis au niveau de la modernisation et de la valorisation des produits, le safran marocain prend des chemins détournés pour atterrir dans les pays de l’UE.
Une meilleure promotion est nécessaire
Le patron de Dima affirme commercialiser le safran marocain bien emballé auprès des restaurateurs à 47,5 DH le gramme. En Europe, il l’écoule à 6,5 euros.
Enfin, d’après lui, il faut aller vers une meilleure promotion des produits du terroir national en écoutant les opérateurs qui connaissent bien les marchés.
Pour rappel, la production mondiale de safran et de quelques 300 tonnes par an dont 80% proviennent d’Iran et d’une poignée d’autres pays dont le Maroc.
>>Lire aussi: Au Maroc, les producteurs de safran bataillent contre les contrefaçons
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