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Maghreb Steel espère augmenter la taille du marché de l'acier pour s’en sortir

Maghreb Steel a fait une sortie médiatique pour défendre son plan de relance et tenter de convaincre que tous les efforts de protection consentis, qui peuvent porter atteinte à d'autres branches, ne seront pas vains. Détails. 

Maghreb Steel espère augmenter la taille du marché de l'acier pour s’en sortir
Hayat Gharbaoui
Le 25 septembre 2019 à 13h20 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Le sidérurgiste marocain qui souffre de difficultés et qui a frôlé la faillite il y a quelques années, a opéré une sortie médiatique ce mardi 24 septembre, pour présenter ses dernières actualités. Le timing n’est pas anodin.

Cette sortie est faite la veille, jour pour jour, de l’expiration des mesures antidumping sur les importations de tôles en acier laminées à chaud, originaires de l'Union européenne et de la Turquie.

Elle est faite, également, alors que Maghreb Steel attend une réponse imminente de la part du ministère du Commerce extérieur au sujet de l’application de mesures de sauvegarde provisoires en attendant la fin de l'enquête, lancée en mai dernier pour des mesures de sauvegarde définitives sur les aciers plats laminés à chaud.

Le nouveau management de l’entreprise était présent au grand complet. Hatim Senhaji, directeur général de l’entreprise depuis juillet dernier après le départ de Amar Idrissi était accompagné du DG délégué Anas Chraibi et des directeurs commercial et industriel. L’objectif ? Rassurer sur la situation de Maghreb Steel et expliquer le contexte dans lequel évolue son activité. 

Un marché difficile

Après avoir rappelé les origines de la crise de l'opérateur marocain et les différentes étapes par lesquelles il est passé, le directeur général en arrive au contexte actuel qui n'est pas moins difficile. En effet, Hatim Senhaji décrit une conjoncture morose : « 2018 est une année qui a connu une montée du protectionnisme partout dans le monde ».

Les USA ont appliqué un droit de 25% sur l’acier importé. La réplique n’a pas tardé de la part de l’UE qui a également instauré des mesures de sauvegarde de 25% sur 26 familles de produits en acier. « De nombreux autres pays comme la Turquie, l’Egypte, l’Inde… empruntent la même voie », avance le DG.

A cela, il faut ajouter « une contraction de la demande locale entre 2017 et 2018 à cause du report de certains projets publics et privés et la baisse des prix », affirme Senhaji.

Dans ce contexte, le volume des ventes de Maghreb Steel a baissé et dans son sillage, ses autres indicateurs financiers. 

L’indicateur phare sur lequel le management garde le focus est l’EBIDTA (résultat opérationnel avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement).

« Malgré tout cela, notre Ebidta en 2018 est toujours positif à 80 MDH. Il restera dans le vert en 2019 aussi », tente de rassurer Hatim Senhaji. « C’est une preuve que notre entreprise est résiliente, même si le marché est difficile pour tout le monde », ajoute-t-il.

Les mesures de la discorde

Tous ces éléments avancés par le management de l’entreprise viennent, en réalité, en justification des mesures de sauvegarde demandées par le sidérurgiste sur l’acier plat laminé à chaud et qui ont essuyé un rejet catégorique de la part des professionnels de la métallurgie, créant ainsi un climat de tension sans précédent dans le secteur.

La Fédération des Industries Métallurgiques Mécaniques et Electromécaniques (FIMME) a fait une sortie tonitruante en juillet dernier

Celle-ci évoque "l’absence de la condition de l'accroissement massif des importations et de l'appréciation très discutable du dommage grave ou de la menace de dommage grave", dans son argumentaire. Elle a mis en garde le ministère "au sujet des effets négatifs potentiels d'une mesure de sauvegarde qui serait fatale au secteur entier des IMME, spécialement en considération des dommages graves et irréparables que pourraient subir en particulier l'industrie en aval ainsi que le secteur de l'emploi et l'économie nationale en général, sans compter l’autonomie du Royaume dans le domaine industriel". 

Pour Maghreb Steel, cet épisode est derrière eux. « En effet, la FIMME a clairement affiché son opposition à la sauvegarde entre mai à début juillet. Depuis, il y a eu plusieurs réunions (fin juillet jusqu’à début août) au cours desquelles la FIMME a exprimé son accord pour des mesures de sauvegarde sur la tôle laminée à chaud et sur les tubes », assure Senhaji.

En effet, a priori, la sauvegarde sur la tôle laminé à chaud sera accompagnée de mesures de sauvegarde sur le tube. Des mesures provisoires sont attendues d'un jour à l'autre pour protéger le secteur, le temps que l'enquête pour les mesures définitives soient finalisée. l'Enquête dure entre 9 et 12 mois à partir de sa date d'ouverture. Ce fut le cas en mai dernier. 

Selon le management de Maghreb Steel, plusieurs réunions sont tenues régulièrement pour discuter de tous ces points et trouver un accord. La dernière réunion en date a eu lieu le 10 septembre et a rassemblé le management de Maghreb Steel, le bureau de la FIMME et le ministère de l’Industrie.

"Nous étions tous sur la même longueur d'onde. On s’est dit qu’on allait regarder tous les secteurs concernés par l'acier et on va les protéger d’une manière ou d’une autre", affirme le DG du sidérurgiste.  

Ces propos confirment des échos que Médias24 a obtenus de la part de professionnels membres de la FIMME. En effet, il est question d'envisager une protection globale du secteur et non seulement des produits de Maghreb Steel. 

Mais comment peut-on introduire une protection aussi globale ? "D’abord, il faut savoir que les autres l’ont fait", nous répond Hatim Senhaji. "L’UE a pris tous les produits de sa nomenclature douanière dans lesquels l’acier constitue un intrant important et a appliqué une protection avec une mesure de sauvegarde de 25% », ajoute-t-il. 

La réflexion menée actuellement au Maroc est d'en faire de même. 

L’exemple donné à Médias24 est le suivant. Si une chaise est fabriquée à hauteur de 80% en acier, elle sera protégée contre les produits d’importation à travers une taxe à l’importation. « C’est ce qu’ont fait l’Europe et les USA. Donc c’est faisable », assure notre interlocuteur.

"C’est ce qu’on a toujours demandé et c’est l’accord qui a été trouvé", assure le DG de Maghreb Steel. "Cela dit, tout ne passera pas par des mesures de protection. On peut parfois atténuer l'impact de la mesure de sauvegarde (sur l'acier laminé à chaud, ndlr) par des actions comme la prescription ou la sensibilisation du donneur d’ordre ou par des normes… Quand ce n’est pas possible, on peut passer à la mesure de sauvegarde. Et le ministère est disposé à mettre en place des sauvegardes à partir du moment où les conditions de l’OMC sont réunies", ajoute-t-il.

Une protection. Oui, mais jusqu'à quand ? 

Pour un acteur du marché sondé par Médias24, "Même si nous considérons toujours qu'entrer dans le protectionnisme brut ne réglera rien à terme, le vrai problème n’est pas dans les mesures de sauvegarde, il est dans le volume de production et de consommation d’acier". 

Si l'application de mesures de sauvegarde semble acquise pour Maghreb Steel grâce à l'accord trouvé avec la FIMME, la question de la pérennité de l'entreprise reste posée, car au-delà des facteurs conjoncturels internationaux, il y a de profonds problèmes structurels liés notamment à la compétitivité de l'acteur national que l'on peut résumer en trois points : 

- Une taille de marché insuffisante par rapport à la capacité de production de Maghreb Steel. Cette dernière a une capacité de production dépassant le million de tonnes quand la consommation nationale d'acier, toutes nuances confondues, est seulement de 400.000 T. 

- Un lourd endettement de plus de 6 milliards de DH, soit 12 fois les capitaux propres de la société. La dette pèse tellement lourd sur les finances de l'entreprise qu'atteindre la rentabilité semble impossible dans les conditions actuelles de marché. 

- Le Maroc n'est pas un pays producteur de fer. Donc la société dépend elle même de l'importation de ce minerai et est exposée aux aléas de sa disponibilité et de la fluctuation de son cours à l'international.

En effet, les mesures de protection restent limitées dans le temps dans le sens où en épuisant tous les recours, elles ne dépasseront pas 10 ans.

Donc, la question est de savoir si ces mesures de sauvegarde suffiront à sauver Maghreb Steel. La réponse à l’évidence est non. Le management en est conscient également et le reconnaît. 

Pour le directeur général du sidérurgiste, sauver Maghreb Steel passera absolument par l'augmentation de la taille du marché. En d'autres termes, par la hausse du volume de l'acier consommé sur le marché local.

"C'est notre focus pour l'étape à venir. On se focalisera sur l'augmentation de la taille du marché parce que le développement de notre entreprise va de pair avec le développement de l'industrie et de l'infrastructure au Maroc. Nous savons que c'est un travail que nous devons faire nous-mêmes car personne ne le fera à notre place. Nous devons pousser l'augmentation de la consommation de l'acier et cela passe par la R&D mais aussi par un travail minutieux pour identifier des niches, les développer, faire de la prescription, voir ce qui est importé en produits transformés et investir dedans s'il le faut et si personne d'autre ne veut le faire", détaille le dirigeant de Maghreb Steel. 

"Ce qui fera en sorte que nous n'aurons plus besoin des mesures de sauvegarde, c'est d'arriver, comme un responsable l'a énoncé en juillet dernier, à une consommation d'un million de tonnes d'acier plat, ce qui est un objectif ambitieux mais faisable. On veut atteindre ce million de tonnes en 2024/ 2025 bien avant 2029 (fin des mesures de sauvegarde après renouvellement). Et on sait ce qu'il y a à faire et on va le faire", ajoute-t-il. 

Objectif: un million de tonnes d'acier 

Les actions pour atteindre cet objectif de 1 million de tonnes de consommation d'acier plat se discutent actuellement dans le cadre de réunions tripartites regroupant le ministère de l'Industrie, la FIMME et Maghreb Steel. La prochaine est programmée pour le 8 octobre prochain. 

Les propos de Hatim Senhaji recoupés avec les échos du marché laissent entendre que l'objectif de consommation d'un million de tonnes d'acier plat fera probablement l'objet d'un plan ou d'un contrat-programme avec le ministère de l'Industrie. Peut-être fera-t-il partie du deuxième Plan d'accélération industrielle en cours d'élaboration. 

Ce nouvel objectif que se donne Maghreb Steel, s'il se réalise, aura un impact certain sur son avenir notamment sur ses indicateurs financiers et sur son endettement. "Nous travaillons sur un nouveau business plan qu’on va finaliser probablement d’ici la fin de l’année. Ce nouveau business plan établira des scénarios précis qui nous donneront de la visibilité sur l'échéance de remboursement de la dette si on arrive à atteindre le million de tonnes en 2025... Il sera fait par des professionnels de haut niveau", nous confie le DG de Maghreb Steel. 

Par ailleurs, ce nouvel objectif s'il est atteint permettra à l'entreprise qui cherche des partenaires dans le capital de relancer sa recherche de façon plus sereine, car le précédent round [avec des partenaires potentiels] n'a pas été concluant à en croire Hatim Senhaji.

"Le processus de recherche de partenaires potentiels entamé en 2015 a pris un peu de temps, les offres ont été présentées fin 2018 à un moment où l'acier ne se portait pas bien. Nous avons considéré que le potentiel de Maghreb Steel est beaucoup plus important que les offres reçues. Nous avons décidé de temporiser et de réaliser ce potentiel, de le démontrer sur le terrain avant de relancer le processus de recherche", conclut-il.   

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Le 25 septembre 2019 à 13h20

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