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PADS: Ali Boutouala, haj ou camarade?

C’est une polémique peu commune que celle née sur les réseaux sociaux, et dont a fait les frais Ali Boutouala, le SG du PADS (Parti Attalia Démocratique et Social, l’une des 3 composantes de la FGD). Des militants de son propre parti lui reprochent d’avoir effectué le pèlerinage à La Mecque. Le tout sous couvert d’idéologie pseudo-marxiste.

PADS: Ali Boutouala, haj ou camarade?
Zakaria Boulahya
Le 16 septembre 2018 à 7h17 | Modifié 16 septembre 2018 à 7h17

A l’origine, une info publiée sur le site achkayen.com, faisant état du pèlerinage de Boutouala à la Mecque aux frais de l’Etat, dans le cadre d’une délégation officielle. Une affirmation que dément catégoriquement l’intéressé: "Je dispose de tous les documents prouvant que j’ai effectué le pèlerinage à mes frais".

Décrit par ses camarades comme un "homme de principes", Ali Boutouala tient dans un premier temps à clarifier la situation auprès du comité central du PADS, tout en présentant sa démission des instances dirigeantes "afin de ne pas éclabousser le parti par ce tapage médiatique", fait-il savoir.

Sa démission sera rejetée par les membres du comité central. L’affaire n’est pas classée pour autant. Elle donne au contraire naissance à une véritable polémique sur les réseaux sociaux, alimentée par…  les propres militants de son parti ! Certains estimant même que Boutouala a renié les idéaux de gauche en effectuant le pèlerinage.

"Pour être tout à fait franc, je me doutais un peu que mon pèlerinage allait susciter des remous. Non pas en raison du caractère religieux, mais à cause de mon déplacement en Arabie saoudite. Le PADS ayant condamné l’intervention du royaume wahabite dans la guerre au Yémen. Mais si je m’étais désisté, j’aurai dû attendre 10 ans avant d’être à nouveau éligible au tirage au sort organisé par le ministère des Habous", précise Ali Boutouala.

Face à la virulence des attaques, le SG du PADS publie une mise au point le 12 septembre, dans laquelle il demande notamment aux membres du Comité central de le relever de ses obligations, "ce qui est différent d’une démission", tient-il à souligner. Parallèlement, Boutouala mandate son avocat pour contraindre le site à l’origine de cette polémique à se rétracter sous 48h. Dans le cas contraire, "une action en justice sera entamée dès la semaine suivante".

En attendant, Boutouala est toujours SG du PADS. Sa demande d’être déchargé de ses responsabilités devant être examinée lors de la prochaine session ordinaire du comité central du parti, programmée depuis 2 mois pour le 29 septembre 2018 à Marrakech.

Déficit d’encadrement, manque de maturité

Manifestement meurtri par le comportement de certains militants du PADS, Ali Boutouala s’interroge: "Comment peut-on prétendre défendre les libertés individuelles et attaquer une personne pour ce qui relève de la sphère privée ? Cela démontre malheureusement que certains de nos militants ne disposent ni de la maturité nécessaire, ni de la formation idéologique adéquate".

Boutouala avance une autre raison derrière cette polémique, beaucoup plus terre à terre. "Certaines de ces attaques sont fomentées contre ma personne par des opposants politiques au sein même du PADS", affirme, non sans amertume, le SG du parti.

Il peut toutefois compter sur le soutien de ses pairs au sein de la FGD. Abdeslam Laâziz, SG du Congrès national Ittihadi, attribue notamment cette polémique "aux réminiscences d’une idéologie totalitaire, ainsi qu'à des relents de règlements de comptes internes. Ce qui reflète à mon sens deux constats alarmants: un déficit d’encadrement et un problème de discours. Certains leaders de gauche, au sens large, tiennent un discours en total déphasage avec la réalité, ce qui peut générer chez de jeunes militants une vision et des attentes loin des orientations générales de nos partis et des réels problèmes de notre société".

Laâziz balaie également les arguments pseudo-marxistes avancés par les détracteurs de Boutouala: "Ces militants gagneraient à relire Marx afin de mieux assimiler son discours ainsi que son contexte, notamment par rapport à sa vision de la religion, qui n’est pas antinomique. Il serait judicieux de rappeler à nos militants que le mouvement socialiste -dont nous sommes issus- comptait dans ses rangs des théologiens éclairés. Sans pour autant généraliser, on se retrouve aujourd’hui avec des échanges médiocres et des militants aux réactions dignes de l’Inquisition ! C’est d’autant plus aberrant que les partis de la gauche marocaine n’ont jamais pris position contre la religion".

Ali Boutouala abonde dans le même sens: "Ni le manifeste idéologique de 1975 -élaboré par feu Omar Benjelloun- ni le manifeste de 1994 -élaboré par feu Ahmed Benjelloun et moi-même - ne prennent position contre la religion. Bien au contraire, nous avons toujours veillé à intégrer les aspects les plus positifs du patrimoine culturel arabo-musulman".

S’il y a un enseignement à tirer de cette affaire, c’est bien la nécessité d’une profonde remise en question de la gauche marocaine, notamment en matière d’encadrement. Sinon, comment expliquer que des militants "laïcs" soient dans l’incapacité de faire preuve de cohérence, en se prenant aux mêmes libertés individuelles qu’ils sont censés défendre ?

Du propre aveu des SG du PADS et du CNI, les diverses rencontres et universités d’été ont démontré leurs limites, ce qui appelle à une réflexion sur la qualité de l’encadrement des jeunes militants. "Ce point figure d’ailleurs en bonne place dans l’ordre du jour de la session ordinaire du comité central, prévu le 29 septembre prochain", confirme Boutouala. Session qui déterminera également son avenir au sein du PADS…

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Zakaria Boulahya
Le 16 septembre 2018 à 7h17

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