Entretien. Uri Dadush: “Le Maroc a le potentiel de devenir un marché émergent”
Le spécialiste de l'économie internationale et Senior Fellow d'OCP Policy Center estime que les possibilités d’investissement dans le marché marocain sont relativement réduites, mais que le pays a tout le potentiel pour devenir, dans un futur proche, un véritable marché émergent.
Dans les locaux d’OCP Policy Center à Rabat, Uri Dadush, Senior Fellow du centre, a livré ce 5 septembre une conférence détaillant la réelle empreinte à l’international des difficultés que connaissent certains marchés émergents à travers le monde, en plus de leur impact sur l’expansion économique mondiale. Entretien avec cet expert de l'économie et du commerce internationaux.
- Médias 24: Tout d'abord, qu’est-ce qu’un marché émergent?
- Uri Dadush: Un marché émergent est en général un marché actionnaire, ou de bons, qui appartient à un pays en développement et qui traditionnellement n’a pas attiré énormément de capitaux, mais qui devient de plus en plus intéressant pour les investisseurs internationaux parce qu'il affiche une expansion.
En général ce sont des marchés risqués, et donc pour prêter de l’argent à un marché émergent, on demande des primes et un taux d'intérêt plus élevé.
- Peut-on considérer selon ces critères là que le Maroc est un pays émergent?
- Le Maroc a certainement le potentiel pour devenir un marché émergent, mais jusqu’à présent les possibilités d’investissement dans le marché marocain sont relativement réduites parce que c'est un petit marché.
Le Maroc est aussi caractérisé par d'importants contrôles de capitaux: pour faire entrer ou sortir de l’argent, il y a des procédures qui sont assez lourdes. Pour toutes ces raisons, je ne classifierais le Maroc aujourd’hui comme un marché émergent, mais comme un marché qui a le potentiel de l’être dans le futur non lointain.
Conférence: "Les marchés émergents sont-ils en crise?"
- Pouvez-vous nous faire un tour d’horizon des différentes crises que connaissent les marchés émergents actuellement, et qui ont fait l'objet de votre intervention à OCP Policy Center?
- Effectivement c’est une période de grande inquiétude des marchés internationaux à l’égard des marchés émergents. Les crises les plus visibles aujourd’hui sont en Turquie et en Argentine.
Ces deux cas illustrent bien les deux principaux types de crises que l’on peut voir dans un pays émergent: Une crise de la dette du gouvernement, comme c'est le cas en Argentine, et une crise de la dette privée où ce sont les entreprises ou les banques qui ont emprunté beaucoup à l’étranger dans une période d’expansion importante et de taux d’intérêts internationaux bas et qui souffrent d’une forte décélération de leur économie et d’une perte de confiance; ce qui fait que les entreprises elles-mêmes sont en danger et cela se répercute bien entendu sur le taux de change. C'est le cas en Turquie.
Donc voilà deux types de crise: publique en Argentine et privée en Turquie; mais qui ont un peu des effets assez semblables.
- Est-ce que les crises de ces deux pays en particulier ont un impact sur la région MENA et plus particulièrement sur le Maroc?
- Jusqu’à présent, je dirais que les impacts sont très limités sur la région MENA pour la simple raison que celle-ci a beaucoup d’exportateurs de pétrole, et que les marchés pétroliers se portent bien. Ce sont des pays qui ont beaucoup d’argent et ils ne sont pas directement touchés par ce genre de phénomènes jusqu’à présent.
Dans le cas du Maroc et des pays importateurs de pétrole, la situation est plus compliquée, il va falloir payer plus pour le pétrole par exemple. Et dans la mesure où il y a une décélération de l’économie mondiale, due à la crise de confiance à l'égard des pays émergents, celle-là va certainement toucher le Maroc.
Mais je dirais que l’effet financier est très limité pour le moment sur le Maroc pour les mêmes raisons que je viens de vous donner: le Royaume est quelque part relativement protégé par le fait d’avoir des contrôles de capitaux, mais je dois dire que le pays lui-même à la différence d’autres pays d’Afrique du Nord dispose d'une gestion macroéconomique qui est assez prudente, ce qui est favorable.
- Ne pensez-vous pas que cette crise de confiance des investisseurs, à l’égard de pays historiquement émergents, causera un repositionnement de leur part vers des pays moins émergents mais relativement plus stables, comme le Maroc?
- Dans le moyen terme, de 5 à 10 ans, le Maroc peut certainement se positionner comme un marché émergent. Mais je dirais qu'au moment actuel, où il y a beaucoup d’incertitudes, les investisseurs internationaux éviteront les pays émergents et ils vont probablement éviter encore plus les pays moins émergents car ils les connaissent encore moins.
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