Ralentissement inquiétant du crédit bancaire: A peine 1,5% de hausse à fin juin
Cette atonie devrait freiner la croissance économique déjà attendue en baisse. Les banques, le patronat et Bank Al-Maghrib se réuniront à la rentrée pour étudier la situation. Les réformes de fond demandées au gouvernement tardent à se concrétiser.
La tendance est inquiétante. La croissance du crédit bancaire ralentit de plus en plus. A fin juin 2018, elle se limite à 1,5% en glissement annuel (par rapport à fin juin 2016) après 3,1% à fin mars et 3,2% en janvier, selon les derniers chiffres publiés par Bank Al-Maghrib.
Nous sommes donc loin des 4% de croissance prévue par la Banque centrale en 2018. Ses prévisions avaient, pour rappel, été révisées à la baisse à deux reprises: de 5% attendue en 2018 au quatrième trimestre 2017 à 4,5% en mars dernier, puis à 4% lors du dernier conseil de politique monétaire tenu en juin.
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L’encours des crédits s’établit à 854,8 milliards de DH. L’analyse de son évolution par type de clientèle montre que c’est le crédit au secteur privé qui ralentit le plus.
En effet, la progression du crédit pour ce secteur se limite à 2% pour un encours de 670 milliards de DH. Les entreprises non financières affichent un petit 1,1%, à 350 milliards de DH, contre 3,8% pour les particuliers.
Les prêts aux entreprises financières sont en chute de 9,4%, à 115 milliards de DH. Toutes les catégories sont en baisse : les crédits aux sociétés de financement, aux banques offshore, aux OPCVM…
Seuls les prêts au secteur public continuent d’afficher une croissance insolente de 19,7%, à 69,3 milliards de DH, portée principalement par les entreprises publiques. Mais cette progression inquiète la Banque centrale sachant que l’endettement des entreprises publiques atteint un niveau élevé.
Par type de crédit, on remarque une baisse des concours de trésorerie de 3,7%, un ralentissement de la croissance des prêts aux promoteurs immobiliers à 2,8%, une hausse des crédits à l’équipement de 9,9% (générée surtout par les entreprises publiques), et un maintien de la croissance des crédits à la consommation à 5,6%.
Les créances en souffrance continuent, elles, à évoluer à un rythme plus rapide (2,9%) que celui du crédit bancaire (+1,5%). Le taux d’impayés s’élève ainsi à 7,5%.
Par secteur d’activité, on note un ralentissement du crédit pour le BTP (+2,6%), le commerce/réparation (+1,5%) et les transports/communications (+0,4%), et une reprise dans l’industrie manufacturière (+5,2%).
Des raisons multiples et complexes
Ce ralentissement global du crédit devrait freiner la croissance économique déjà attendue en baisse en 2018 (+3,1%) et en 2019 (+2,9%) par rapport à 2017 (+4,1%). Avec une progression limitée à 1,5%, les nouveaux crédits permettent à peine de compenser les remboursements et de financer un petit surplus d’activité.
>>Lire aussi: HCP: En 2019, croissance inférieure à 3% et hausse du chômage
La Banque centrale s’inquiète de plus en plus de ce ralentissement, principalement du crédit aux entreprises. Le sujet est évoqué à chaque conseil de politique monétaire, notamment depuis la constitution en janvier 2016 d’une commission tripartite (BAM-CGEM-Groupement des banques) pour plancher sur la question.
Plusieurs mesures avaient été prises dont une partie a été mise en application (soutien de BAM au financement des TPME, communication de la notation bancaire et du motif des rejets aux entreprises…). Mais l’impact sur l’évolution du crédit est, comme on le voit, quasiment nul.
«On voit qu’il y a un certain attentisme du côté de la demande. Nous-mêmes, nous voulons actualiser nos informations pour comprendre pourquoi cette atonie persiste», avait déclaré Abdellatif Jouahri à l’occasion du dernier conseil de politique monétaire.
Il a également annoncé que la réunion de la commission tripartite pour comprendre la raison de la persistance de l’atonie, qui devait avoir lieu avant le Ramadan, sera tenue à la rentrée.
Selon les banquiers, les raisons du ralentissement sont multiples et complexes : délais de paiement, situation financière des ménages, essoufflement de certains secteurs dont les plans de relance tardent à voir le jour, faible impact de l’investissement public…
Notons qu’en juin 2016, la commission avait envoyé un mémorandum au chef du gouvernement, l’appelant à entreprendre ou à accélérer plusieurs réformes. A ce jour, aucun feedback du gouvernement n’a été reçu. Sur les réformes demandées, seule la restitution par l’Etat du crédit TVA au secteur privé a été entamée en février dernier.
>>Lire aussi: Délais de paiement: le prochain round CGEM-Finances en septembre prochain
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