La dette financière et commerciale des entreprises dépasse le PIB du Maroc
Près de 750 milliards de DH de dettes financières et près de 400 milliards de DH de crédit interentreprises. Si la croissance du premier type d'endettement ralentit, celle des créances clients est toujours importante. Une étude de BAM, publiée dans le récent rapport sur la stabilité financière, montre que ce sont les grandes entreprises qui profitent de la situation.
La dette financière des entreprises a atteint 746 milliards de DH à fin 2017, selon le dernier rapport sur la stabilité financière. Elle a progressé de 3,5% par rapport à 2016 et représente 70% du PIB.

La dette commerciale des entreprises (crédit interentreprises) s’élève, elle, à 387 milliards de DH à fin 2016, selon les dernières données disponibles auprès d’Inforisk. En 2017, ce montant a sûrement poursuivi son augmentation avec le développement de l’activité et l’allongement des délais de paiement.
Ainsi, la dette financière et commerciale des entreprises représente plus de 100% du PIB qui s’est élevé à environ 1.055 milliards de DH en 2017, selon les chiffres provisoires du Haut-Commissariat au Plan.
Si la dette financière a connu une décélération depuis 2012, due en partie au tassement des crédits aux entreprises privées, la dette commerciale a, elle, fortement progressé sous l’effet de l’augmentation des délais de paiement. De 2010 à 2016, elle a crû de 45%, soit un taux de croissance annuel moyen de 6,3%, supérieur à ceux du PIB et du crédit bancaire.
Plus de 200 milliards de DH de dette extérieure, le risque de change s'accroit
La décélération de la dette financière des entreprises résulte du ralentissement de la dette des entreprises publiques que la légère accélération de la dette des entreprises privées n’a pu compenser.
En effet, l’endettement des entreprises privées, qui représente 65% de la dette globale, a évolué de 2,1% contre 1,3% en 2016. «Cette hausse s’explique essentiellement par l’augmentation de leur dette bancaire, qui représente leur principale source de financement (89%), passant de 1,6% à 2,5%», expliquent les rédacteurs du rapport sur la stabilité financière.
La décélération de la dette des entreprises publiques, elle, est liée à la forte baisse du rythme de croissance de la composante bancaire (qui représente à peine 19% de leur dette), passant de 19,6% en 2016 à 5,3% en 2017.
La dette bancaire, qui représente près des deux tiers de l’endettement des entreprises (64%), s’établit à 480 milliards de DH, soit 45% du PIB. La part du crédit à l’équipement est montée à 50%, celle des crédits à la promotion immobilière à 13% et la part des crédits de trésorerie a reculé à 37%.
De son côté, la dette extérieure des entreprises, contractée essentiellement par le secteur public (89%), s’établit à 203 milliards de DH, en légère décélération. Pour les rédacteurs du rapport, ce niveau accroît l’exposition au risque de change des entreprises publiques, suite à l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham.
Quant à la dette obligataire, également en ralentissement, elle s’est établie à 63 milliards de DH, dont 57% sont détenus par les entreprises publiques. Mais la baisse résulte principalement du recul des émissions des entreprises privées.

Enfin, les créances en souffrance des entreprises ont enregistré une décélération à 48,5 milliards de DH. Mais le taux de défaut demeure supérieur à 10%.
Les PME-TPE accèdent peu au financement bancaire
Pour analyser plus en profondeur l’endettement des entreprises, Bank Al-Maghrib a réalisé, à l’instar de l’année précédente, une étude portant sur un échantillon de près de 72.100 entreprises pour lesquelles les données comptables sur 5 ans ont pu être réunies et fiabilisées.
Ces entreprises représentent à fin 2016 (dernières données disponibles) un chiffre d’affaires de 1.036 milliards de DH, une dette financière de près de 403 milliards et une dette commerciale de 356 milliards.
Elles sont à 65% des grandes entreprises (sur la base du chiffre d’affaires), à 26% des PME et à 9% des TPE. Elles opèrent à 33% dans le commerce, 26% dans l’industrie, 10% dans le BTP et autant dans les transports et communications.
Pour cet échantillon, 70% de l’endettement financier est à long terme. Ce segment est constitué principalement de la composante bancaire avec 85% en 2016 contre une moyenne de 81% entre 2012 et 2016.
Le taux d’endettement à long terme (par rapport aux fonds propres) a progressé dans les secteurs de l’hôtellerie (66% contre 39% en 2015) et de l’énergie (54% contre 52%).
A l’inverse, celui du BTP a fortement reculé, passant de 54% à 43%.
Les plus faibles taux d’endettement à long terme se trouvent dans le secteur primaire avec 11%. Les plus élevés sont observés dans l’hôtellerie avec 66%.

Par taille d’entreprise, les GE affichent un taux d’endettement à long terme de 37% (en légère baisse), les PME et les TPE 23% (en hausse).

L’endettement financier à court terme (30% du total) s’est globalement rétréci entre 2012 et 2016. La TPE accède peu au financement de la trésorerie avec un taux de 3% du chiffre d’affaires. La GE et la PME sont mieux loties avec des financements représentant 12% et 9% du chiffre d’affaires respectivement. Ces taux sont toutefois en baisse par rapport à 2012 où ils s’élevaient respectivement à 16% et 11%.

Les concours de trésorerie les plus élevés sont observés chez les entreprises du secteur primaire, des transports et de la communication, ainsi que du BTP avec un poids respectif de 17%, 15% et 13% du chiffre d’affaires.

Les grandes entreprises paient à 113 jours et se font payer à 81 jours
Concernant les dettes commerciales, les délais fournisseurs dans la promotion immobilière et les industries extractives sont les plus importants, malgré leur recul à 111 et 102 jours d'achats en 2016 contre 116 et 117 jours en 2015.
En face, le BTP et l’hôtellerie affichent les délais fournisseurs les plus courts, avec respectivement 47 et 40 jours d'achats.

La grande entreprise est celle qui paie ses fournisseurs le plus en retard avec 113 jours d'achats en 2016 contre 112 une année auparavant. Tandis que la PME a amélioré son délai à 96 jours contre 102 jours et la TPE à 68 jours contre 71 jours.

Ces délais sont calculés en rapportant les dettes fournisseurs aux achats et aux charges externes TTC, multipliés par 360.
Concernant les délais clients (Créances clients rapportées au chiffre d’affaires TTC, multipliées par 360), l’allongement est général sauf dans les secteurs de l’hôtellerie et de l’énergie.
Les secteurs des industries extractives, des services aux entreprises et des industries manufacturières affichent les délais de paiement les plus élevés avec 184, 140 et 138 jours. Alors que les hôtels paient rapidement, avec un délai de 30 jours de chiffre d’affaires.

Evidemment, avec un pouvoir de négociation plus significatif, les grandes entreprises accordent les délais de paiement les plus courts avec 81 jours de chiffre d’affaires contre 93 jours pour la PME et 107 pour la TPE. Cette dernière a subi un allongement de 9 jours par rapport à 2015.

«Les délais de paiement clients se sont globalement allongés, atteignant des niveaux inquiétants surtout pour la TPME et pour certains secteurs d’activité, (…), et les délais de règlement fournisseurs se sont rétrécis pour la TPE et allongés pour la GE», concluent les réalisateurs de l’étude.
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