CDG, CIMR et SNI dominent la gouvernance des grands groupes (Analyse académique)
Selon une analyse académique de la structure de la gouvernance de l’économie marocaine, le capital marocain est fortement concentré chez une vingtaine d’actionnaires parmi lesquels, la CDG, SNI (Al Mada) et la CIMR occupent une place centrale.
Les chercheurs Mohamed Oubenal et Abdellatif Zeroual s’interrogent sur qui dirige l’économie marocaine. Pour répondre à cette question, ils ont mené un travail académique en deux temps. Une première étude examinant la composition des conseils d'administration des 76 entreprises cotées à la Bourse de Casablanca au 31 août 2013 a été effectuée.
Le think tank Tafra a publié ce lundi 2 juillet une synthèse de cet article académique. Il en ressort que le capital marocain est fortement concentré. «La gouvernance des grandes entreprises marocaines est concentrée entre les mains de quelques-uns: deux investisseurs institutionnels, la CDG et la CIMR, qui jouent le rôle d'intermédiaires, fournissant conseils et ressources financières aux élites économiques du pays, ainsi qu'une poignée de groupes privés détenus par de grandes familles et la SNI», résume-t-il.
Pour arriver à cette conclusion, les deux chercheurs ont reconstruit le réseau des interlocking directorates (administrateurs) marocains.
«Sur un total de 561 sièges existants, 8 des groupes les plus importants s’accaparent 105 sièges, soit 19% de tous les sièges. Six de ces 8 groupes sont des groupes familiaux privés, dont la famille Benjelloun et la SNI (Al Mada, ndlr); les deux autres, la CIMR et la CDG», expliquent les académiciens.
Et d’ajouter: «en analyse de réseaux, on mesure la capacité à connecter des acteurs qui ne sont pas eux-mêmes connectés par la "centralité d’intermédiarité". Intuitivement, plus un acteur est un passage obligé sur des chemins que d’autres doivent emprunter pour se rejoindre, plus il aura un score d’intermédiarité élevé. La CIMR et la CDG sont non seulement très connectées, mais au contraire de leurs homologues privés, ont aussi une centralité d’intermédiarité très élevée». Cependant, cela «ne signifie pas qu’elles exercent un contrôle sur les groupes privés», nuancent-ils.
Al Mada (ex-SNI) exerce un contrôle important sur la CIMR
Par ailleurs, dans son résumé, Tafra explique que le réseau des entreprises observées s'organise en une structure cœur-périphérie. Au cœur on retrouve la CDG et la CIMR et la périphérie est composée par «des hommes d’affaires parfois beaucoup plus riches que ceux du centre, à l’instar de Aziz Akhannouch, Miloud Châabi et Anas Sefrioui (3 des 5 milliardaires marocains selon le classement Forbes 2014 des plus grosses fortunes d’Afrique)».
L’analyse démontre par ailleurs, que la SNI (actuellement Al Mada) «est le groupe qui partage le plus de sièges avec la CDG et la CIMR».
"Dans 5 entreprises où la SNI est actionnaire en collaboration avec le capital étranger, on retrouve 4 fois la CIMR et 5 fois la CDG. Par ailleurs, l’étude du CA de la CIMR montre que sur ses 15 membres, 7 appartiennent à la SNI. Une participation que l’on retrouve dans le comité d’investissement de la CIMR qui compte deux représentants d’entreprises (sur les 4) où la SNI est actionnaire". La holding a donc un contrôle important sur la prise de décision de cette institution, est-il affirmé.
Le Think-Tank Tafra explique que les deux chercheurs ont éprouvé leur travail initial par une seconde analyse plus élargie. «Dans un travail quasi-similaire, publié en avril 2017 dans le hors-série de la Revue marocaine des sciences politiques et sociales, économie politique du Maroc, mais où l’échantillon d’entreprises a été élargi à 344 sociétés, y compris celles non cotées en bourse (il s’agit des 344 entreprises aux chiffres d’affaires les plus importants en 2012 et 2013) M. Oubenal et A. Zeroual montrent la validité de leurs conclusions sur l’ensemble de l’économie marocaine. Avec une structure cœur-périphérie où le cœur de réseau est dominé en 2016, par une vingtaine d’actionnaires parmi lesquels, la CDG et la SNI occupent une place centrale (en lieu et place de la CIMR trois ans auparavant)».
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