Marché intérieur. Libéraliser la distribution des produits frais pour faire baisser les prix?
Pour un spécialiste de la distribution de produits de grande consommation, il faut en finir avec le circuit de vente des produits frais "contrôlé" par le ministère de l'Intérieur. Pour lui, il faut permettre aux distributeurs structurés d'intervenir sur ce marché pour favoriser une détente des prix.
Face à la flambée des prix de la sardine au début du mois de Ramadan et au mouvement de protestation qu’elle a engendré, le ministère délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance a lancé une étude pour analyser le fonctionnement du marché intérieur, tous produits confondus, dans le but de proposer une réforme des circuits de distribution.
Son objectif est de réduire le nombre d'intermédiaires et d'éliminer les spéculateurs pour maîtriser l’écart de prix entre le producteur/importateur et le consommateur.
La preuve que des intermédiaires tirent les prix vers le haut, c’est que suite au boycott et à la communication autour des prix de la sardine, ces derniers ont fortement diminué.
Pour un spécialiste de la distribution de produits de grande consommation et membre de l’association Tijara 2020 (qui couvre plus de 100.000 points de vente proximité), le problème concerne surtout les produits frais: fruits, légumes, viandes, poissons.
>>Lire aussi: Légumes et viandes. La hausse des prix est générale
«Le phénomène de la spéculation et des marges élevées des intermédiaires ne se pose pas avec acuité dans le cas des produits de grande consommation industriels, qu’ils soient importés ou fabriqués localement. Certes, il peut exister même dans ce segment des grossistes, des semi grossistes et des détaillants, et des écarts de prix plus ou moins importants peuvent être constatés sur certains produits, d’un bout à l’autre du circuit. Mais ça n’atteint jamais l’ampleur des écarts et des variations de prix des produits frais», affirme-t-il.
Selon lui, les prix demeurent maîtrisés grâce à l’existence de distributeurs de taille importante, structurés, qui savent faire jouer les économies d’échelle et qui permettent d’acheminer les produits directement du producteur/importateur au point de vente de proximité (épiciers, grandes surfaces…).
Des moyens humains et logistiques importants
Des distributeurs comme Damandis (groupe Raji), Dislog (Monsef Belkhayat), Atlantic Foods (Kamil Ouazzani) ou autres disposent de moyens humains et matériels (plateformes logistiques, flottes de camions, vendeurs…) importants permettant d’acheminer des milliers de produits de grande consommation (thé, café, conserves, produits surgelés…) vers les points de vente à des prix compétitifs.
Pour notre interlocuteur, ce même schéma peut être dupliqué dans le segment des produits frais. «Le prix de la sardine, par exemple, passe au moins du simple au double entre la halle au poisson et le marché du quartier, indépendamment des périodes de pic de consommation. Celui de la pomme peut être multiplié par dix entre l’agriculteur et le marchand de proximité. Tout cela à cause d’intermédiaires qui n’apportent aucune valeur ajoutée», déplore-t-il.
Selon lui, il faut permettre aux distributeurs structurés d’intervenir sur ce segment car ils peuvent acheminer les produits à des prix beaucoup moins élevés. «Les produits frais passent par un circuit de distribution réglementé par le ministère de l’Intérieur. Alors qu’il était censé structurer le marché et permettre une maîtrise et un contrôle des prix, ce système n’a fait qu’attirer les opportunistes qui dictent leur loi. Il faut libéraliser la distribution de ces produits pour permettre une réduction des marges et des prix», conclut notre interlocuteur.
En tout cas, la défaillance du système des marchés de gros, de fruits et légumes, de poissons et des abattoirs de viande rouge et de volaille, soulevée à maintes reprises et par plusieurs instances comme la Cour des comptes, plaide pour une réorganisation du circuit de distribution des produits frais.
>>Lire aussi:
Marché de gros de Casablanca. 21 MDH d’arriérés de paiement dus à la ville
Reportage de Medi1 TV datant de mars 2015
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