Au Maroc, l’investissement a marqué le pas en 2017
L'investissement a enregistré une légère baisse hors inflation. Aussi bien le public que le privé sont à l'origine de ce tassement. Le taux d'investissement, de près de 33% du PIB, doit passer à 42% pour créer un cercle vertueux de croissance.
Les données provisoires annuelles du Haut Commissariat au Plan ne sont pas encore disponibles. Mais en compilant les comptes nationaux trimestriels, l’investissement au sens de la Formation brute du capital fixe (FBCF) ressort en stagnation en 2017.
En volume, c’est-à-dire à prix constants, l’investissement s’élève à 312,2 milliards de DH, en légère baisse de 0,6% par rapport à 2016.
En valeur, il s’élève à 335,9 milliards de DH, en hausse de 3%. Attention toutefois, ce niveau tient compte de l’inflation (faible certes mais qui dope légèrement le chiffre) et surtout de la variation de stocks. Il s’agit donc de l’investissement au sens large. Et malgré tout, la hausse de 3% est inférieure à la croissance du PIB en 2017 qui est presque de 4%.
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On peut donc dire que l’investissement n’a pas été derrière l’amélioration de la valeur ajoutée l’année passée, comme l’ont été la consommation des ménages et le commerce extérieur.
Or, le Maroc a besoin d’intensifier le rythme de ses investissements et d’en améliorer la rentabilité.
Retard de formation du gouvernement, mais pas que...
Déjà, précisons que le retard dans la formation du gouvernement (il a été nommé en avril dernier) explique en partie ce tassement de l’investissement. On le sait, les ministères et autres établissements publics cessent d'autoriser des dépenses importantes quand le mandat d’un gouvernement arrive à son terme.
Mais ce n’est pas tout. La preuve, aux troisième et quatrième trimestres -alors que le gouvernement était en place- la FBCF a enregistré malgré tout un recul par rapport aux mêmes périodes de 2016.
En fait, c’est l’ensemble de l’économie nationale qui peine à franchir un nouveau palier en termes d’investissement.
En 2017, l’investissement du budget général de l’Etat a dépassé, il faut le dire, les objectifs. Selon les données de la TGR, qui se basent sur une comptabilité de caisse (encaissements / décaissements), l’Administration a mis 67 milliards de DH, soit 5% de plus que l’enveloppe prévue par la Loi de finances 2017.
Pour ce qui est des entreprises et établissements publics, qui génèrent le gros des investissements, l’exécution du budget n’est pas encore disponible. Mais l’on sait que quel que soit le montant annoncé, l’investissement réel de l’année n'atteint jamais 100% du budget. Le taux d'exécution oscille généralement entre 75% et 90%.
En 2017, alors que le rapport sur les EEP accompagnant le projet de loi de Finances parlait d’un investissement de 107 milliards de DH, la prévision de clôture annoncée en octobre dernier n’était que de 80 milliards de DH. Et ce niveau peut ne pas être entièrement atteint.
Notons que de 2010 à 2016, le taux de croissance annuel moyen de l’investissement réellement réalisé des EEP n’a été que de 1%.
Le secteur privé fragilisé par une trésorerie sous pression
L’investissement public en 2017, prévu à 190 milliards de DH, sera donc inférieur à ce niveau en raison d’un "glissement de calendrier" courant.
Mais on le sait, il y a aussi le secteur privé qui contribue à l’effort global d’investissement. Il n’existe pas de chiffres précis sur ce volet, mais les économistes parlent d’un tiers de la FBCF qui émane du secteur privé au Maroc.
Toujours selon les économistes, cette contribution ne s’améliore pas non plus. S’il est vrai que les crédits à l’équipement, destinés aux entreprises non financières privées, ont enregistré une hausse de 6% en 2017, à près de 100 milliards de DH. Il faut savoir que l’essentiel de cette enveloppe est octroyé aux grandes entreprises et son amélioration est due, selon les banquiers, à l’aboutissement de quelques gros dossiers de financement.
En fait, la majeure partie des investissements privés au Maroc est financée par fonds propres. Or, l’investissement privé connaît un tassement en raison de plusieurs facteurs: dégradation de la trésorerie des entreprises due à l’allongement des délais de paiement, de la prudence des banques dans l’octroi des crédits, de la lenteur des procédures administratives…
>>Lire aussi: Délais de paiement: 70% des entreprises supportent plus de 90 jours !
Améliorer le rendement des investissements
Notons que malgré la baisse du taux d’investissement par rapport au PIB (32,8% contre 33% en 2016), le déficit de financement de l’économie est resté au même niveau, à 4% du PIB. Ceci en raison du ralentissement de l’épargne nationale brute et de sa baisse en proportion du PIB (28,5% contre 28,8%) en raison de l’augmentation de la consommation des ménages.
Ces évolutions laissent la question du financement des investissements posée avec acuité. Quand on sait que le taux d’investissement au Maroc doit dépasser 40% du PIB pour que le pays atteigne une certaine masse critique favorisant la création d'une forte croissance, le financement de cet effort d’investissement devient problématique vu le niveau d’endettement des entreprises publiques et la situation financière des entreprises privées.
>>Lire aussi: Face à l'ampleur de la dette des EEP, l'Etat envisage une restructuration financière
Par ailleurs, avec un rendement des investissements toujours faible (il faut 7 unités d’investissement pour avoir 1 unité de croissance, contre 3 pour 1 dans d’autres pays), la question de la gouvernance et d’une meilleure affectation des ressources (secteurs productifs, concurrentiels, générateurs d’emplois de qualité…) revêt une importance capitale.
>>Lire aussi: Investissement public. Un nouveau système de ciblage sera prêt fin 2017
Et s’il est vrai qu’il faut encore que l’Etat investisse dans les infrastructures et que ce type de projets génère un rendement différé, il peut dans l’immédiat favoriser l’investissement privé en réglant la question des délais de paiement et en améliorant le climat des affaires de façon générale.
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