Entretien avec Leila Farah Mokaddem, représentante de la BAD: voici nos plans au Maroc
Le Maroc est le premier client de la Banque Africaine de Développement (BAD) et à son tour, elle est le premier bailleur de fonds International du Royaume. L’institution vient de nommer une nouvelle représentante résidente, Leila Farah Mokaddem, au Maroc. Elle revient sur ses ambitions, ses défis et ses priorités pour son prochain mandat.
-Médias24: Vous venez de prendre placeles commandes comme représentante résidente de la BAD au Maroc. Quels sont vos défis et vos ambitions durant votre mandat?
-Leila Farah Mokkadem: Je suis très honorée d’être au Maroc qui est le premier client de la Banque Africaine de Développement. Je me place en toute évidence dans la continuité de ce qui a été déjà réalisé. Notre ambition, c'est d'accompagner le Maroc dans sa vision d'ouverture sur le continent africain, qui est à mon sens l'avenir.
Tout d’abord, ce que j'ai remarqué c'est que le Maroc bénéficie d'une stabilité macro-économique. Ceci est un prérequis et une base de tout développement économique. Les chiffres du royaume sont au vert. Ceci montre qu’il y a une vision claire et bien pilotée pour l'avenir du pays. Ensuite, il faut dire que plusieurs réformes structurelles ont été mises en place. Cet ensemble d’éléments nous facilite le travail.
Nous allons aussi suivre les investissements publics liés à l'infrastructure et qui ont un retour économique important. Il faut aussi renforcer la participation du secteur privé parce que l'État ne peut, tout simplement, pas tout financer. La troisième chose, ce sera le renforcement des capacités humaines pour répondre à la demande pointue du privé. Nous sommes aussi préoccupés par le chômage des jeunes, d'ailleurs nous allons essayer d'y répondre à travers un appui à l’entreprenariat.
-Mais quelles seront vos priorités?
-Nous allons respecter les directives du top management de la BAD pour l’Afrique. Ceci tourne autour de cinq axes principaux: Éclairer l’Afrique, nourrir les Africains, industrialiser, intégrer et améliorer le niveau de vie des populations. C'est dans ce sens que la banque ira dans les prochaines années.
Nous avons un partenariat stratégique avec le gouvernement sur la période 2017-2021 et qui se base sur deux piliers principaux. Il s'agit de l’industrialisation des PME en vue de l'exportation et l’amélioration du niveau de vie, notamment dans les zones rurales pour les femmes et les jeunes.
Pour l'année prochaine, 2018, nous allons nous focaliser sur les réformes dans le cadre du Plan Maroc Vert et celui de l'accélération industrielle. Nous voulons cibler la gestion de l’eau qui va avoir un impact sur la productivité agricole mais aussi dans les zones rurales dans quelques régions qui souffrent du manque d’eau. Nous voulons aussi faciliter le passage de l’agriculture à l’industrie en nous basant sur les deux plans précités.
Nous allons mettre en place un programme pour les PME-PMI et l'entreprenariat qui sera en synergie avec les initiatives du gouvernement. D'ailleurs ce programme est en train d’être finalisé et il aura un impact sur les start-up et l’innovation, mais aussi sur le chômage des jeunes. Par ailleurs, nous allons appuyer la coopération Sud-Sud qui est déjà en marche pour le Maroc.
-Le Maroc est le premier client de la BAD depuis quelques années. À combien s'élève le portefeuille de votre institution au Maroc?
-Cela fait 50 ans que nous sommes partenaires du Royaume effectivement. Sur toute la période, depuis 1974 jusqu'à aujourd'hui, la BAD a financé plus de 10 milliards d'euros de projets, soit 116 dossiers structurants. Actuellement, notre portefeuille est de 2,8 milliards d'euros sur 32 opérations.
-Pourriez-vous nous expliquer comment le Maroc est devenu le premier bénéficiaire des financements de BAD?
-Le Maroc fait partie des pays à revenu intermédiaire selon notre classification. Dans le cas de ces pays, la BAD se concentre sur un nombre important d'éléments pour réaliser une sorte de notation. Par la suite, nous arrivons à connaître le niveau de soutenabilité de la dette extérieure. En d’autres termes, nous connaissons les besoins et nous arrivons à déterminer la capacité de remboursement.
En plus de cela, l'émergence économique du Maroc et toutes les réformes qui sont mise en place donnent un certain confort à des institutions internationales comme la nôtre. C’est ainsi que le pays est devenu notre premier client.
-Vous avez parlé de votre ambition à renforcer le secteur financier, pourriez-vous nous parler de vos priorités et de votre potentiel apport pour le marché des capitaux au Maroc en particulier?
-Pour 2018, nous avons effectivement pour ambition de nous focaliser sur le secteur financier et à la diversification des moyens de financement. En d’autres termes, nous voulons permettre au secteur financier marocain de financer la croissance, au Maroc et en Afrique subsaharienne.
Nous avons plusieurs initiatives pour dynamiser le marché des capitaux en Afrique pour qu'il puisse financer le développement et l’économie du continent. Nous avons par exemple un fonds dédié aux bons du Trésor émis en monnaie locale.
La BAD a, depuis quelques années, mis en place une assistance technique pour dynamiser les différentes bourses africaines dans l’optique d’atteindre une meilleure intégration. Nous agissons aussi, et surtout, pour l'écosystème des PME-PMI. Notre objectif, c'est de leur faciliter le financement à travers les différents circuits, dont le marché des capitaux.
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