Reportage. Ouarzazate, Tinghir ou Zagora: plus vous êtes inaccessible, et plus on vous oublie
Alors que les travaux de la RN9 reliant Marrakech à Ouarzazate doivent s’achever en 2020, Ouarzazate, Zagora et Tinghir souffrent d’enclavement et les "petits" problèmes s’accumulent.
Moins vous êtes accessible et visible, et plus on aura tendance à vous oublier un peu. C’est un peu ce qui arrive à Ouarzazate, Zagora et Tinghir. Les trois villes font parties de la région Drâa-Tafilalet; mais pour l’eau par exemple, Ouarzazate dépend de l’ONEE d’Agadir et de la région du Souss-Massa. En matière de santé publique, les habitants de Tinghir ou Zagora relèvent de Fès, une région plus au nord.
L’accumulation des "petits" problèmes et d’incohérences de ce type au cours de ces dernières années révèle combien il est important d’anticiper. Anticiper sur des évolutions démographiques et sociales pour la consommation d’eau, le réchauffement climatique, les soins de santé, le développement de l’agriculture, l’emploi des jeunes, le développement du commerce et du tourisme.
A des degrés divers, Ouarzazate, Zagora et Tinghir, aux confins des dunes de M’Hamid El Ghizlane et de Merzouga, souffrent soit de la distance et de l’état des routes, soit du manque d’eau soit d’un déficit en équipements sociaux.
L’enclavement d’abord. La RN 9, actuellement en travaux, est la seule voie qui mène vers ces trois localités. De Marrakech à Ouarzazate, 200 kilomètres de route souvent en mauvais état et étroite, il faut compter 4 heures et demi de route en moyenne en passant par le fameux col du Tichka perché à 2.260 mètres d’altitude. Il existe des liaisons aériennes entre Casablanca et Ouarzazate les fins de semaine. A partir du mois prochain, Royal Air Maroc compte assurer des vols Marrakech-Ouarzazate. Les cadres de la centrale Noor et les professionnels du tourisme et du cinéma apprécieront.
Une seule route et une fin de chantier prévue en 2020!
Pour un aubergiste de la vallée du Tichka interrogé sur la contrainte pour le développement régional que constitue la route reliant Marrakech à Ouarzazate, sa réponse tombe: "Avant personne n’y accordait d’importance, mais avec Noor et l’énergie, maintenant ils vont le faire".
Depuis l’inauguration de la centrale en février 2016 –et même quelques mois auparavant-, des dizaines de cadres travaillent à Ouarzazate pendant la semaine et se rendent à Marrakech ou Casablanca le week-end.
Mais Noor ne semble pas encore être une motivation assez puissante pour accélérer la cadence. Si la centrale solaire a été inaugurée il y a un peu plus de 18 mois, les travaux d’élargissement et de sécurisation de la route lancés en 2014 ont atteint 30% d’avancement.
30% en trois ans de travaux alors qu’il reste 70 % de travaux à finir d’ici … trois ans, fin 2020, le deadline officiel selon le ministère de l’Equipement. Mais ce n’est pas tout. Une fois arrivé à Ouarzazate, il vous reste 200 autres kilomètres à parcourir pour atteindre un peu au sud Zagora ou Tinghir plutôt vers le nord.
Zagora et Tinghir partagent le même enclavement et une même absence d’infrastructures de santé. C’est à Tinghir qu’une fillette, Idya, est décédée en avril 2017 faute de soins disponibles sur place. Après son transfert à Errachidia, le seul scanner 2D disponible ne permet pas de réaliser un diagnostic correct. La fillette décédera à son arrivée à l’hôpital de Fès.
Depuis la mort de la petite, le ministère de la Santé a débloqué un budget de 24 MDH pour la construction d’un petit hôpital. Au même moment, Al Hoceima manifestait également pour la complétion du centre d’oncologie et de meilleures infrastructures sanitaires. Finalement, m’indique Driss Fakhreddine, "seul le lot de terrassement a été attribué jusqu’à présent; le reste est programmé sur trois exercices fiscaux". Zagora non plus ne dispose pas d’infrastructures de santé dignes de ce nom.
M. Fakhreddine a une image pour parler des centres de santé à Tinghir et Zagora. Il les compare à des gares routières. "Ici, les centres de santé sont une gare routière. Vous y allez on vous donne un ticket pour aller vous faire soigner à Errachidia et là on vous renvoie sur Fès dans la plupart des cas".
Plan d’urgence pour l’eau et Charafat Afilal à Zagora ce mercredi
Si Tinghir ne souffre d’aucun problème d’eau "car se trouvant au pied des montagnes et disposant de sources" selon un habitant, Zagora souffre le martyr depuis cet été. Des quartiers entiers vivent des coupures quotidiennes depuis le début de l’été, l’Aid al Adha s’est passé sans eau dans certaines familles.
La ministre déléguée de l’Eau Charaft Afilal doit se rendre à Zagora et à Tata mercredi 25 et jeudi 26 octobre. Mercredi dernier, le chef du gouvernement, Saâdeddine El Otmani a réuni une large commission interministérielle pour élaborer un plan d’urgence qui liste les besoins et propose des solutions pour accélérer les investissements dans le secteur de l’eau potable et d’irrigation.
Si le problème de l’eau a été médiatisé pour Zagora depuis la fin de l’été, c’est à Ouarzazate qu’il risque de se poser dans les prochaines semaines et mois. Selon des habitants de Ouarzazate rencontrés par Médias 24, "le problème de l’approvisionnement ne se pose pas jusqu’à présent, mais l’eau coule moins abondamment et est devenue imbuvable". "Comment faites-vous alors?" demande-t-on. "Soit on va chercher l’eau potable à des sources dans les environs, soit on achète de l’eau en bouteille". Mais tous les habitants d’Ouarzazate peuvent-ils se permettre cela?
Prendre soin du tourisme
Ouarzazate, Tinghir et Zagora, ne sont pas que des histoires d’eau, d’hôpitaux et de routes à améliorer. L’activité touristique, comme à Marrakech d’ailleurs, s’y porte bien en cet automne. On croise autocars, minibus et SUV pleins de visiteurs européens, américains, asiatiques ou arabes. Contre le réchauffement climatique et les problèmes qu’il pose à l’approvisionnement en eau et à l’agriculture on ne pourra agir qu’à moyen et long termes.
Le problème de l’enclavement peut être résolu de manière plus dynamique.
Sur le tourisme, si la qualité de service et l’accueil continuent à être au rendez-vous et à s’améliorer, ce gisement-là pourra contribuer à résoudre de nombreux challenges sociaux sur la région. Avoir de bonnes routes et de l’eau disponible en quantité suffisante y contribuera.
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