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Tourisme. “La station Saïdia va amorcer son décollage”

ENTRETIEN. Malgré l’accroissement récent de la capacité hôtelière de la station balnéaire de l’Oriental, le président du CRT de cette région nous a fait part de ses doutes sur la pérennité d’un modèle économique marqué par la saisonnalité. L’occasion de donner la parole au DG de la société de développement de Saïdia qui veut replacer la situation actuelle dans son contexte d’origine.

Tourisme. “La station Saïdia va amorcer son décollage”

Le 13 octobre 2017 à 10h36

Modifié 11 avril 2021 à 2h43

ENTRETIEN. Malgré l’accroissement récent de la capacité hôtelière de la station balnéaire de l’Oriental, le président du CRT de cette région nous a fait part de ses doutes sur la pérennité d’un modèle économique marqué par la saisonnalité. L’occasion de donner la parole au DG de la société de développement de Saïdia qui veut replacer la situation actuelle dans son contexte d’origine.

Médias24: La SDS ne partage pas les critiques de Youssef Zaki qui parle de station moribonde voire fantôme?

Nabil Doubi-Kadmiri: Effectivement, votre article qui lui donnait la parole ne reflétait pas les choses et les projections que la SDS est en train de mettre en œuvre. Ce n’est pas une question de personne mais nous pensons que les critiques du président du CRT de l’Oriental n’étaient pas vraiment fondées.

- C’est donc l’occasion d’en débattre: où en est la station près de 10 ans après son lancement par le Roi?

-Tout d’abord, il faut rappeler que le projet de Saïdia a été impacté par les crises internationales qui ont ralenti le cours de son développement initial.

A partir de fin 2011, l’Etat a fait appel à la CDG qui a commencé par faire un état des lieux en identifiant les différents intervenants et à partir de là à établir une feuille de route pour relancer la station.

Nous avons maintenant cinq hôtels opérationnels qui représentent une capacité litière de 4.200 lits.

Il y en a deux qui ont ouvert l’été dernier auxquels il faut rajouter le Iberostar, le B Live et l’Oriental Bay Beach qui représentent à eux trois environ 3.000 lits. Pour cette année, nous avons injecté 1.200 lits avec les établissements qui sont gérés par le groupe Mélia hôtels.

En 2018, nous ouvrirons une nouvelle résidence qui comptera 800 lits ce qui portera la capacité totale à 5.000 lits.

-Pourquoi comptabiliser les lits de l’hôtel Oriental Bay Beach qui est fermé et qui tombe en ruines?

- Ce sont les chiffres de la capacité disponible dans la station et ces 1.200 lits en font partie. Ces lits peuvent être opérationnels rapidement si on trouve un gestionnaire qui accepte de rouvrir cet hôtel.

Je ne nie pas qu’il y a eu dans le passé des problèmes d’image qui ont fait fuir les gens mais la SDS travaille là-dessus, même, s’il faut préciser qu’il faudra du temps pour y arriver.

De plus, sachant que c’est une station balnéaire qui ne vit que de la proximité de la mer, il faut développer d’autres activités dans la région pour mettre un terme à la saisonnalité estivale.

-Quel est le rôle de la SDS et quels sont ses moyens pour y parvenir?

- C’est tout d’abord une filiale de la CDG qui a pour mission depuis 2012 de développer les actifs touristiques qui existaient sur le plan de départ et qui n’avaient pas été réalisés.

A côté de cela, notre rôle est aussi de mettre à niveau la station, c’est-à-dire refaire le réseau d’assainissement, de voirie et toutes les infrastructures de base pour la rendre opérationnelle et attractive.

Cette mission était ponctuelle mais notre véritable métier est de développer son attractivité avec une équipe de 30 personnes.

-Quel est votre budget de développeur?

- Au jour d’aujourd’hui, le groupe CDG et le fonds Ithmar (ancien FMDT) ont investi 1,6 milliard de DH (hors-foncier) à Saïdia. Ce budget a été consacré à la mise à niveau de la station, aux infrastructures hôtelières, à l’achèvement des travaux du 2e golf 18 trous, à l’aquaparc ….

-Comment expliquez l’échec de l’Oriental Bay Beach qui a fermé au bout de 3 ans d’activité?

-La destination Saïdia est constituée d’un ensemble de paramètres. Quand vous allez quelque part, il faut qu’il y ait des activités et à l’époque, il y avait de vraies lacunes sur cette station. Tout cela a terni son image.

Dans ce contexte d’époque, l’hôtel Oriental Bay Beach a eu du mal à survivre. Nous avons fait un diagnostic pour éviter de nous retrouver dans ce cas de figure mais il faut préciser que la CDG n’a jamais été mêlée à cet hôtel qui n’était pas rentable et qui a fermé ses portes en 2014.

Au départ, ce projet était magnifique mais la réalisation n’a pas suivi les plans de départ. La crise mondiale n’a pas arrangé les choses et on s’est retrouvé avec une énorme structure hôtelière qui n’était pas attractive. Si l’environnement a entraîné une faible fréquentation, il faut croire que les gestionnaires n’étaient pas assez solides pour continuer à exploiter une structure pas assez rentable.

-N’est-ce pas à vous de trouver un repreneur à cet hôtel qui représente le quart de la capacité actuelle?

- En tant que développeur, la SDS a déjà beaucoup à faire pour gérer ses actifs (Saïdia, Taghazout …).

Pour que cette station soit attractive, nous devons d’abord avoir une certaine capacité litière pour atteindre une masse critique qui augmentera le nombre d’arrivées. Ce n’est qu’à ce moment que nous pourrons travailler pour allonger la saison.

Nous ne ménageons pas nos efforts mais il faudra du temps car nous ne disposons pas encore de baguette magique à même de résoudre tous les problèmes dont ceux de la fermeture de cet hôtel.

De plus, les opérateurs privés locaux doivent également travailler en ouvrant des restaurants et en travaillant sur les potentialités de l’arrière-pays afin de proposer une offre intéressante à leurs clients.

L’ONMT doit aussi travailler avec nous pour développer les liaisons aériennes et promouvoir la station à l’international. Sans travail d’équipe, il sera compliqué de faire monter en puissance cette station.

-On a l’impression que ce n’est pas encore le cas?

- On y arrive doucement mais sûrement sachant que les vrais moteurs de croissance de Saïdia sont les locaux qui doivent pousser et solliciter les acteurs concernés.

-Qui est habilité à trouver une solution pour faire redémarrer l’hôtel Oriental Bay Beach?

-C’est d’abord la responsabilité du propriétaire qui peut se faire aider par les autorités ou éventuellement par nous dans le cas où la SDS trouve un repreneur intéressé.

-Est-ce que c’est une de vos priorités?

-La situation est difficile mais la station commence à atteindre un niveau plus attractif. Aujourd’hui, l’enjeu est différent car nous avons de plus en plus d’investisseurs qui s’intéressent à cet actif. Même si nous avons une quantité de problèmes à régler, nous essayons avec le conseil de la région de lui trouver un repreneur.

- C’est combien de lits, une masse critique capable de faire décoller la station?

- Avec les 5.000 lits opérationnels en 2018, plusieurs tours opérateurs commencent à manifester un intérêt accru à cette station. Ils sont de plus en plus nombreux à nous démarcher pour voir les conditions touristiques destinées à leurs clients. Avec ce chiffre, nous commençons à devenir attractifs.

- La CDG a investi 1,6 MMDH mais en haut-lieu on parle d’un budget minimal de 6 MMDH pour y arriver?

- Effectivement à terme si l’on veut tout développer, c’est ce qui ressort de nos projections financières.

-Vous comptez donc accélérer vos investissements sur place pour parvenir à ce montant?

-Pas tout seul car nous allons chercher d’autres partenaires, hors opérateurs étatiques.

-Jusqu’à présent, le tourisme n’a pas vraiment été une priorité du gouvernement?

-Nous préférons nous concentrer sur l’avenir pour essayer d’avancer. Notre rôle est de diagnostiquer les failles et de pousser les absents à nous aider. Le Chef du gouvernement a beaucoup de chantiers prioritaires donc on ne peut pas lui jeter la pierre car il n’a pas que la station Saïdia à gérer.

L’Etat a signé un protocole d’accord avec la CDG pour mettre la station au niveau puis ramener des investisseurs pour rendre la station attractive à travers de nouvelles animations.

Depuis 2011, la CDG n’a pas cessé de travailler car quand nous sommes arrivés, nous partions du néant.

-Concrètement, qu’est-ce qui a changé depuis 2013 et qui vous permet d'être optimiste?

- Deux nouveaux hôtels qui ont renforcé la capacité d’accueil. De plus, la station a complètement changé, il y a de la verdure, et les nouvelles infrastructures ont complètement changé le décor.

-Les progrès sont indéniables mais hormis l'hôtellerie, qu’y a-t-il de nouveau?

-Si notre mission initiale était de développer la station, nous avons compris que nous ne pouvions pas nous limiter uniquement au développement d’infrastructures hôtelières ou autres. Il a donc fallu identifier les acteurs qui doivent jouer un rôle de moteur dans sa croissance et engagé un dialogue avec le CRT, l’ONMT, les autorités locales et le secteur privé.

En avril dernier, nous avons organisé un workshop qui a permis de constituer six circuits d’excursion dans l’arrière-pays. Pour avoir une offre qui réponde aux normes internationales, nous faisons en sorte de mettre en place un vrai produit avec toutes les activités de loisirs qui vont avec.

-Combien de temps faudra-t-il pour offrir un produit reconnu à l’international?

-Cela dépendra des moyens que nous pourrons y mettre.

-Le CRT se défend en disant qu’il n’est pas décideur et que ses moyens sont limités...

- Je n’accuse personne mais il y a un problème de gouvernance car on manque d’une entité-pilote. Tout le monde se cache derrière tout le monde mais la SDS essaye de mettre de la cohésion entre tous les intervenants concernés et faire du lobbying pour décrocher les budgets manquants.

Si on définit ensemble nos objectifs, il sera plus facile de trouver l’argent et ceux qui les réaliseront. Hormis cette nécessaire coordination, il faut aussi accepter de prendre le temps que cela nécessitera et ne pas se contenter chaque année d’émettre des critiques parfois infondées.

-N’aurait-il pas été préférable de construire station par station au lieu d’en édifier 7 d’un coup?

- Ce n’est pas grave car les erreurs sont humaines et nous font avancer à condition d’en tirer les leçons. Aujourd’hui, nous devons assumer le plan Azur et nous reprendre car toutes les locomotives mondiales du tourisme ont mis 50 ans et pas 5 avant d’atteindre leur rythme actuel.

-L’Espagne a mis moins de 20 ans avant de devenir une référence mondiale en matière de tourisme...

-Soit, alors donnons-nous 20 ans pour que Saïdia le devienne mais il ne faut pas oublier que notre voisin ibérique a profité d’une période de boom immobilier et économique alors que le Maroc a été frappé par la crise mondiale.

Nous sommes dans un autre contexte et nous essayons de décoller en nous y adaptant. Il faudra des moyens mais aussi du temps pour s’inscrire dans la même dynamique.

-La solution est donc de faire en sorte de sortir Saïdia de la saisonnalité qui plombe la rentabilité...

-On travaille à donner un sens à cette destination en étudiant le côté sportif, formation-éducation …

-Vous envisagez d’ouvrir une école hôtelière réclamée par tous les opérateurs privés?

-Que ce soit dans le cadre d’une école spécialisée ou une formation universitaire, la SDS examine plusieurs pistes.

-Que proposez-vous pour que Saïdia ne fonctionne plus uniquement 3 mois dans l’année?

- De lui injecter de la vie pour qu’elle puisse vivre économiquement en dehors du tourisme mais les choses commencent à changer car l’hôtel B live ouvre le 1er avril et ferme le 31 octobre.

-En cassant les prix au détriment de ses concurrents?

-Aujourd’hui, il est le seul à rester ouvert 7 mois et pour cela, il s’inscrit dans les prix du marché. 

-Si vous deviez vendre cette destination pour le reste de l’année, quels seraient vos arguments?

- Il y a un 2ème golf qui sera opérationnel en 2018, c’est donc une destination golfique qui peut intéresser une large clientèle en dehors de la saison estivale.

Ensuite, nous réfléchissons à des activités sportives où on pourra accueillir des clubs en concentration et en formation. Tout cela est en cours d’étude pour voir si cela est rentable avec des structures adaptées.

-L’hôtel Mélia qui vient d’ouvrir ses portes est le must de la région?

- En termes d’infrastructures d’accueil, certainement.

-La formule All Inclusive pour un hôtel 5 étoiles n’est-elle pas antinomique?

-Avant d’être sexy comme Marrakech, cette formule permet de faire connaître la station et de ramener du monde de l’étranger. Quand on atteindra un certain niveau, on changera de modèle économique pour proposer autre chose que du All Inclusive.

-Quand comptez-vous rentabiliser les trois hôtels gérés par Mélia qui ont coûté près d’1 MMDH?

-La CDG représente d’abord l’Etat ce qui veut dire que nous nous concentrons d’abord sur la rentabilité économique pour toute la région avant de penser à la rentabilité financière.

Pour l’instant, notre objectif est d’asseoir la destination mais il y a encore beaucoup de travail car il y a un environnement à gérer et des mentalités à changer.

-Que faites-vous au niveau des liaisons aériennes pour développer les arrivées étrangères?

-Nous travaillons pour ouvrir de nouvelles dessertes entre l’Espagne et Oujda pour 2018 mais pendant la haute saison, je pense qu’il y a suffisamment de vols pour contenter la demande des tours opérateurs. Quand on sera meilleurs sur l’arrière-pays, la mayonnaise finira par prendre.

-Le président du CRT affirme que votre projet d’Aquaparc va renforcer la saisonnalité que vous essayez d’éliminer...

- D’un côté, on nous reproche un manque d’animations et quand on les construit, on nous dit qu’ils ne vont servir à rien. Si quelqu’un a une réponse miracle, nous sommes preneurs mais pour l’instant, nous faisons de notre mieux.

Pour créer une destination, ce genre d’équipements qui ouvrira en 2018 et sera géré par une marque internationale est nécessaire car la clientèle étrangère mais aussi nationale en profitera largement.

-Hormis cet Aquaparc, qu’avez-vous prévu d’autre pour les années à venir?

-Nous travaillons pour construire un cœur de vie autour de la marina avec des commerces, de l’habitation pérenne, des équipements d’éducation, sportifs dans l’objectif de créer des animations qui continuent pendant toute l’année et mettent fin à la saisonnalité actuelle.

En septembre dernier, nous avons créé avec le ministère de l’équipement l’association des ports de plaisance du Maroc. Cela permettra de faciliter le trafic des bateaux et de développer le tourisme de plaisance sachant que Saïdia dispose d’un port de 850 anneaux qui fait de lui la plus grande marina de la Méditerranée.

-Avez-vous un agenda précis?

-Les études sont en cours de finalisation mais il y a des autorisations et des modifications à obtenir. Tout cela s’inscrit dans la 2ème phase du projet de développement qui prendra effet à partir de 2019.

-En étant optimiste, on peut imaginer que la station décollera vraiment en 2020?

-Dès l’année prochaine, la fréquentation va changer en termes quantitatifs et qualitatifs. L’aquaparc et le deuxième golf 18 trous vont participer à l’essor de la station. Pour réussir, il faut ajuster au fur et à mesure parce qu’on s’est retrouvé avec 700 hectares à gérer qui partaient dans tous les sens. Une fois que tous les opérateurs auront la même vision sur l’arrière-pays et les vols, tout sera plus facile.

Quoi que l’on dise, cette station reste la plus avancée du plan Azur, nous devons donc continuer sur cette lancée.

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