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ECONOMIE

La capacité hôtelière de Saïdia s’accroît dans un environnement quasi-sinistré

Opérationnels depuis juin dernier, deux nouveaux hôtels classés 5 étoiles seront inaugurés officiellement samedi 7 octobre. Les 550 lits de ces établissements porteront à 4.000 lits la capacité d’accueil de la station balnéaire de Saïdia qui faute de vision stratégique et d'accompagnement peine à décoller depuis sa création.

La capacité hôtelière de Saïdia s’accroît dans un environnement quasi-sinistré
Samir El Ouardighi
Le 6 octobre 2017 à 17h20 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Malgré la fermeture en 2013 de l’hôtel "Oriental Bay Beach" pour manque de rentabilité, un beach club de 396 chambres et un hôtel club de 150 lits ont ouvert leurs portes dans la station balnéaire de Saïdia en attendant l’ouverture, en 2018, d’une résidence hôtelière de 190 unités située en front de mer.

Financés par la CDG pour un montant de 1 milliard de dirhams, leur gestion a été confié à la chaîne espagnole Melia Hotels Resorts qui s'installe au Maroc avec de grandes ambitions pour rentabiliser ce projet qui a la particularité de proposer des formules All inclusive.

Ce groupe international connu sous le nom de Melia Hotels International compte plus de 100 hôtels et stations de vacances en Europe, Asie, Afrique et Amérique dans le tourisme de loisirs et d'affaires.

Optimiste, le président Gabriel ElEscarrer annonce que les trois nouvelles unités que son groupe exploitera, fonctionneront "9 mois sur 12" alors que l’énorme hôtel "Oriental Bay Beach" de 1.200 lits qui avait été incapable de s’inscrire dans la durée (2011-2013) ouvrait de manière saisonnière pendant 4 mois.

Selon lui, le manque de rentabilité de l’hôtel qui a fermé ses portes n’a pas découragé son groupe qui pense que cet échec est dû au fait que la station balnéaire n’a pas atteint une masse critique lui permettant d’attirer suffisamment de touristes nationaux et étrangers.

Un constat que nous confirme Youssef Zaki, président du conseil régional du tourisme de l’Oriental, qui pense que les échecs répétés de cette station balnéaire "moribonde" ne doivent pas empêcher les investisseurs de développer la capacité litière de Saïdia avant de penser à la rentabiliser.

"Nous sommes obligés d’accroître le nombre de lits car il faut au moins 10.000 à 20.000 lits avant de pouvoir attirer un flux suffisant de touristes pour remplir les hôtels. Il est impossible de vendre une destination avec la capacité actuelle de 4.000 lits dont il faut retrancher les 1.000 de l’Oriental Bay Beach qui tombe en ruine depuis sa fermeture.

"Malgré les difficultés, la station est une locomotive de développement qui a permis à cette région délaissée et marginalisée de bénéficier de nouvelles infrastructures comme l’aéroport d’Oujda d’une capacité de 3 millions de voyageurs, d’une double voie entre Oujda et Saïdia … Grâce à la fluidité routière, les Marocains sont de plus en plus nombreux à se rendre dans cette station balnéaire.

"Cette dynamique doit sa genèse à la station, même si les développeurs l’ont créée sans accompagnement au niveau de l’arrière-pays qui recèle des potentialités énormes", se désole notre interlocuteur qui pense que la saisonnalité n’est pas une fatalité.

En d’autres termes, les promoteurs de cette station balnéaire qui peine à décoller et qui est sinistrée par rapport à celle d’Agadir ont conçu des établissements sans penser à instaurer des circuits ou des activités de loisir pour des touristes qui n’ont d’autre choix que de végéter dans leur hôtel.

"Ils doivent encourager l’investissement pour développer des animations car pour l’instant, la station est orpheline. Comment voulez-vous pérenniser une activité touristique qui en l’état actuel ne fonctionne vraiment que pendant trois mois durant les beaux jours de l’année?. Sans stratégie globale de développement, elle deviendra une station fantôme", avance le président du CRT.

Malgré son soutien au projet de Melia Hôtels International qui "a le mérite de donner plus de visibilité à la station avec l’accroissement de sa capacité litière", notre source pense qu’il sera difficile dans les conditions actuelles de garder ouvertes leurs unités pendant toute l’année.

"Ma principale appréhension est qu’ils soient obligés de casser les prix pendant la basse saison pour pouvoir rester ouverts. A partir du mois de novembre, il est possible voire probable que les prix des chambres tombent de 1.200 dirhams à 500 voire 400 DH pour les formules All Inclusive.

"Etant président de l’association des hôtels classés de l’Oriental, je pense que cela nuirait financièrement au secteur sans parler du fait que cela ne manquera pas d’entraîner une mauvaise fréquentation et donc une mauvaise image pour la station. Cette volonté de rester ouvert coûte que coûte aura pour conséquence une concurrence déloyale", craint notre interlocuteur qui rappelle que le seul moyen de sortir de la saisonnalité et d’inscrire l’activité de la station dans la pérennité est de développer l’arrière-pays (Berkane, Nador, Jrada, Taourirt, Figuig …).

"Au lieu de cela, nos décideurs multiplient les erreurs stratégiques en renforçant la saisonnalité. C’est le cas du projet de l’Aquaparc qui coûtera près de 130 millions de dirhams et dont l’activité n’a aucune chance de fonctionner en hiver.

"Il eut été préférable de construire un palais des congrès pour développer le tourisme d’affaires à l’image de ce qui se fait à Marrakech ou d’édifier un complexe sportif pour attirer les clubs de football ou de basket. On a construit des terrains de golf qui sont destinés à une clientèle de haut de gamme mais la qualité de service est déplorable car le personnel n’est pas formé faute de vraie école hôtelière dans la région. Même au niveau des résidents, les lacunes sont nombreuses car les promoteurs de la station n’ont prévu ni terrain de tennis ni de boules pour les fixer.

"Que ce soit au sein de la station ou en dehors, il n’y a aucun accompagnement et tant que ce sera le cas, Saïdia ne pourra pas sortir de la saisonnalité qui empêche toute rentabilité de son activité touristique", conclut notre interlocuteur qui regrette l’absence de vision des décideurs.

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Samir El Ouardighi
Le 6 octobre 2017 à 17h20

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