Fitch s’attend à un maintien de la flexibilisation des changes au Maroc
L’agence de notation Fitch publie ce jeudi 21 septembre, une intéressante note sur l’opération de flexibilisation des changes au Maroc. L’agence s’attend au maintien de cette décision et ne prévoit pas d’inflexion de la politique de libéralisation déjà annoncée.
Ce genre de note reflète en général à la fois la perception de l’agence et les propos tenus par les responsables marocains. Après le report sine die de la flexibilisation, le gouvernement et les autorités monétaires tiennent le même langage aux visiteurs étrangers (FMI ou agences de notation par exemple): la décision est maintenue, elle est uniquement reportée.
S’exprimant devant des journalistes marocains le 9 septembre, Saâdeddine Elotmani avait dit la même chose, en précisant que la date d’entrée en vigueur “n’est pas arrêtée“. Rien n'indique que la décision finale reviendra uniquement au gouvernement.
Ficth apporte une information publiée pour la première fois et qui vaut son pesant d'or: les actifs en devises des banques marocaines ont globalement augmenté de 1,6 milliard de dollars entre le 28 avril et le 7 juillet. Cette hausse n'est pas fortuite. Elle est générée par les hausses des couvertures. Lorsqu'une société contracte une couverture, la Banque centrale livre les devises à la banque commerciale. Ces devises sont détenues par la banque comemrciale jusqu'à la date du dénouement de l'opération de couverture. 1,6 milliard de dollars judicieusement placés, ce n'est pas rien. Une belle affaire pour les banques.
Voici les principaux points de la note de l’agence Fitch:
“Fitch Ratings s'attend toujours à un éventuel élargissement des bandes de fluctuation du Dirham marocain, malgré la chute des réserves de devises au 2T17. Nous prévoyons que les autorités mettront en place des modifications graduelles du cadre de change tout en essayant d'obtenir un ancrage plus solide des attentes politiques en ajustant leur stratégie de communication.
“Un élargissement des bandes flottantes du dirham était largement attendu fin juin, mais l'annonce a été reportée dans le contexte d'une chute rapide des réserves de change. Les réserves internationales nettes du Maroc ont diminué de 14,3% en dollars américains au 7 juillet à partir de leur niveau de fin avril, atteignant 20,9 milliards de dollars américains, leur niveau le plus bas en près de deux ans. En conséquence, le taux de couverture des importations de biens et services a reculé à un peu plus de cinq mois en juillet, en baisse par rapport à sept mois fin décembre 2016 en fonction des estimations de Bank al-Maghrib (BAM).
“La baisse des réserves internationales reflète en partie l’achat des instruments en devises pour la couverture avant l'annonce prévue pour la fin du mois de juin. Les banques marocaines ont augmenté leurs actifs en devises de 56%, ce qui équivaut à USD1.6 milliards, entre le 28 avril et le 7 juillet.
“La forte chute de la livre égyptienne suite à une libéralisation totale et des pressions récentes sur le taux de change en Tunisie ont peut-être suscité des craintes d'une dépréciation considérable du dirham, bien que la probabilité de cette situation soit très faible à notre avis. La livre égyptienne a été jugée largement surestimée, tandis que le dirham est proche de sa valeur d'équilibre.
“La baisse des réserves internationales est également dûe à une augmentation des sorties de la balance des paiements. Un amortissement plus élevé que les tirages, en partie lié à l'approbation tardive du budget de 2017, a poussé le financement de prêt étranger net du gouvernement à -0,52 milliards d'euros au premier semestre de 2017 contre USD 0,23 milliards un an plus tôt. Les prix plus élevés du pétrole ont contribué à une aggravation de USD 0.6 milliards dans le déficit commercial des biens et services. Les sorties d'IDE ont été multipliées par trois dans l'achat d'actifs étrangers par les résidents, y compris l'expansion régionale du secteur bancaire national (NDLR : achat de Barclays Bank Egypt).
“Le décaissement progressif du financement étranger et l'examen plus strict des opérations de change devraient favoriser un nouveau recouvrement partiel du ratio réserves internationales-importation. Les pertes de réserves liées aux stratégies de couverture peuvent être progressivement inversées, mais la contribution d'autres sorties de balance des paiements pourrait être plus durable. Les réserves internationales nettes du Maroc ont de nouveau augmenté, de USD 2 milliards depuis le début de juillet.
“Le plan des autorités est d'élargir les bandes flottantes à +/- 2,5% au lieu de +/- 0,3% actuellement, selon les déclarations du Premier ministre Elotmani. L'introduction progressive d'un régime flottant complet n'est qu'une perspective à long terme à notre avis.
“Comme les bandes flottantes seront initialement relativement étroites, les avantages directs pour la compétitivité extérieure et la capacité d'absorption des chocs économiques seront encore modestes. Cependant, ce serait une étape importante vers des taux de change plus souples qui pourraient aider à compenser les chocs extérieurs et augmenter la marge de manœuvre de BAM pour orienter la politique monétaire vers le ciblage de l'inflation.
“Nous nous attendons à ce qu'un élargissement plus substantiel des bandes pose peu de risques pour la stabilité macroéconomique, compte tenu de la faible exposition aux devises des banques et de la forte part de la dette publique libellée en dirham. Nous nous attendons à ce que la volatilité du dirham reste limitée après l'élargissement (le taux de change est globalement aligné avec les fondamentaux), bien que des pressions temporaires renouvelées sur les réserves soient possibles. Les réserves de change et la ligne de précaution et de liquidité du FMI sont des tampons aux pressions de taux de change“.
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