À la FGD, de l’espoir et des défis

Malgré une jolie campagne, la FGD a réalisé un score modeste. Les questions qui se posent à elles sont nombreuses.  

À la FGD, de l’espoir et des défis

Le 10 octobre 2016 à 19h49

Modifié 10 octobre 2016 à 19h49

Malgré une jolie campagne, la FGD a réalisé un score modeste. Les questions qui se posent à elles sont nombreuses.  

Le 9 octobre, au lendemain de l'annonce des résultats des élections législatives, les militants de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) organisaient à Casablanca et à Rabat de petites fêtes, alors que dans d'autres villes, certains se rassemblaient pour remercier les bénévoles ayant effectué du porte à porte et les électeurs.

C'est que de nombreux militants parlent de "victoire", même si leur nombre au Parlement a baissé.

En 2007 (en 2011 la consigne était au boycott), Conseil national ittihadi (CNI) et Parti socialiste unifié (PSU) comptabilisaient six élus. Cette année, la FGD en aligne deux: Mustapha Chennaoui, élu à Casa-Anfa et Omar Balafrej, élu à Rabat-Océan.

Les militants, eux, présentent ce chiffre, l'évolution entre le scrutin local de 2015 et celui de ce mois d'octobre 2016: une augmentation du nombre de voix, passées de 100.259 à 165.000. On pourrait ergoter en remarquant que le nombre de circonscriptions couvertes a été bien plus important en 2016 ou encore que les communales de 2009 avaient offert un plus beau maillage aux partis de la FGD que celles de 2015… Mais les chiffres ne disent pas tout et la question de l'actualité comme de l'avenir de la FGD semble ailleurs.

En fait, à la Fédération, on préfère juger sur la plus difficilement quantifiable qualité de la campagne, menée, rappelle-t-on, avec bien moins de moyens que les autres partis (une dotation étatique de 750.000 DH environ).

Des figures, pas de zaïm?

La première question est bien sûr celle du leadership et elle est épineuse. Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU, candidate malheureuse pour la deuxième année consécutive, n'en a pas moins été une figure charismatique et médiatique.

"La démission est une question délicate: oui, vu les résultats, ça devrait être le cas. Mais pour Mounib, je crois que sa stature de femme politique dépasse la pratique partisane usuelle. Elle a réussi à s'imposer dans un environnement macho et très masculin. La rendre responsable de ce résultat est quelque part injuste," nous dit le militant du PSU Zouhaïr Aït Benhamou. Un sympathisant et électeur se montre moins tendre: il pense que la démission de Ali Boutouala, secrétaire général du PADS, Abdessalam Laâziz, secrétaire général du CNI et de Mounib est logique et importante sur le plan symbolique, pour se démarquer des autres partis et de leurs zaïms éternels.

Abdullah Abaakil, qui était colistier de Chennaoui à Casablanca Anfa est clair: "Avec Nabila Mounib, nous avons gagné en visibilité via un véritable leadership. Nous serions fous de vouloir détruire ce qui a été construit patiemment."

Des militants du PADS et du CNI opinent et assurent vouloir continuer avec leurs actuels dirigeants. Pour le moment donc, pas de changements de têtes en vue. En off, quelques militants concèdent que la question se pose: pérenniser une communication fortement axée sur la personnalité de Nabila Mounib ne pourrait-t-il pas à long terme, enrayer la montée d'autres figures du parti, bloquer le processus de formation interne et assurer le renouvellement de l'élite politique ?

Dans la rue et au Parlement

L'autre question, c'est le retour au travail parlementaire, après des années d'absence. En clair: le noyau dur de la FGD doit-il se concentrer sur le travail parlementaire ou continuer à avancer ses pions dans la rue?

"L'un nourrit l'autre", tente le fraîchement élu Chennaoui, également militant syndicaliste, encarté à la Confédération démocratique du travail (CDT).

Pour Omar El Hyani, militant de la FGD à Rabat et élu au conseil de la ville de Rabat en 2015, la complémentarité est aussi le maître mot. Savoir-faire institutionnel et militant doivent se nourrir, et la pression démocratique s'exercera dorénavant à l'intérieur et à l'extérieur du Parlement, avec plus d'efficacité.

"L'avenir de la FGD est à vrai dire dans la constitution d'une machine électorale, donc dans le travail de rue. Le travail des parlementaires, c'est plus pour la communication politique vu qu'ils auront zéro impact sur les délibérations,"assure pour sa part Aït Benhamou.

Si l'appel au vote de la CDT et de l'UMT est arrivé tardivement cette année et a été peu relayé, il n'en reste pas moins un message fort et la preuve que le travail en profondeur dans la société civile porte ses fruits.

Du Parlement, les deux élus de la FGD jouiront d'une exposition médiatique importante et pourront faire remonter les revendications des bases qu'ils veulent conquérir et arrimer à leurs appareils.

Quelques-uns aiment à rappeler l'époque où Bensaïd Aït Idder, résistant et figure historique de la gauche marocaine et du PSU, venu féliciter les troupes casablancaises le 9 octobre, se faisait le relais de la lutte dans le Parlement, sous Hassan II alors qu'il était seul élu de l'OADP (ancêtre du PSU).

Élargir la base, tendre la main

Le travail "dans la rue". Les militants FGD ne peuvent qu'y croire. Après tout, c'est aussi là où les bénévoles étaient le plus nombreux, que la FGD a eu des élus.

Le travail dans les syndicats est un classique. C'est à l'attaque de la société civile que les partisans doivent maintenant s'atteler. Un exercice toujours difficile: les partis souffrent tantôt d'une forme de timidité, craignant de tomber dans le cynisme ou la manipulation, tantôt de manque de souplesse à l'égard de structures indépendantes. Et pourtant.

Une des réussites de la FGD, c'est bien Omar Balafrej, élu en 2015 au conseil de la ville de Rabat et en 2016, et qui après un passage à l'USFP, avait adopté un visage et un discours étiquetés "société civile", avec son mouvement Clarté ambition Courage (CAC).

Et cette année, quelques couacs ont empêché une collaboration à fond entre la FGD et l'association Anfass (qui l'a soutenu publiquement), dont le programme alternatif était, au final, bien plus exigeant et intéressant sur de nombreux points que celui de la FGD. Les cadres de demain ne sont peut-être toujours pas dans les partis… En cela, les partis qui composent la FGD ne doivent plus craindre de recruter. Leur timidité est un vertueux défaut qui leur a coûté cher après 2011, où ils n'ont pas osé tirer vers eux les militants du Mouvement du 20 Février, qu'ils draguent ou appellent maintenant à la rescousse à chaque sortie publique. En ce sens, Abaakil se réjouit d'avoir enregistré quelques adhésions ce 9 octobre.

Élargir la fédération?

L'avenir de la FGD, c'est aussi, en conviennent plusieurs militants, son élargissement. Ne préférant pas parler au nom de tout son parti, Chennaoui concède à demi-mot ce que la base semble attendre: une main tendue, claire et nette au jeune parti Al Badil Addimoqrati, et pourquoi pas, au Parti de la gauche verte marocaine.

L'éclatement de la gauche est son pire défaut, à en croire le fameux politologue Abdellah Saaf, aujourd'hui indépendant, mais qui fut militant de l'OADP.

La concorde a ses limites, mais l'avenir est à un minimum d'unité. "Concernant Al Badil, il en va de la viabilité des deux" affirme Aït Benhamou. C'est aussi en lançant un appel à l'unité, qui viendrait comme un message de force et de confiance que la Fédération se donnera des chances d'amener à elle les cadres déçus du PPS et de l'USFP, une ambition qui oblige aussi les actuels dirigeants à moins d'animosité publique envers ces deux formations, concède un sympathisant, qui désapprouve le discours trop clivé de Balafrej sur ce chapitre.

Se repenser, garder espoir

Abdellah Saaf croit savoir que la gauche marocaine n'a toujours pas opéré sa mue. Elle navigue sans boussole depuis des décennies. Cela aussi, quelques militants en ont conscience: l'identité de la FGD doit changer, coller aux attentes d'aujourd'hui, tout en préservant son originalité.

Selon beaucoup, la FGD doit toujours plus incarner, l'alternative "citoyenne", la citoyenneté étant le concept en filigrane, une exigence redondante depuis 2011, exprimée "tant dans l'abstention par refus du vote clientéliste, que dans un certain vote PJD, que dans l'action associative très importante au Maroc," croit savoir un bénévole de la campagne de 2016.

La classe moyenne, terrain naturel d'évolution de la gauche, a soif de citoyenneté, la FGD doit l'abreuver.

Si les défis sont nombreux, l'espoir, lui se conjugue au singulier: l'attente chez les citoyens d'une offre politique originale. Le retour des bénévoles pour le porte à porte est unanime: "Durant la campagne électorale, nous avons rencontré dans les grandes et moyennes villes une frange de la classe moyenne avide d’une telle offre politique", nous dit un sympathisant critique.

Le futur de la FGD réside bel et bien dans un réservoir de voix large: chez les abstentionnistes, bien sûr, mais aussi jusque chez des électeurs du PAM ou du PJD, votant pour la défense des libertés individuelles ou la lutte contre la corruption, des combats menés par la FGD. Autant de citoyens qui méconnaissent la formation à la gauche de la gauche, éclipsée depuis 2011.

Entre 2015 et 2016, la FGD s'est rappelée à la mémoire de l'opinion publique. Elle doit maintenant s'y ancrer.

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