Législatives. Sur quoi va se jouer l’élection?

A quelques jours du scrutin, les dés sont-ils jetés? La campagne électorale actuelle influence-t-elle le vote et si oui, comment?

Législatives. Sur quoi va se jouer l’élection?

Le 30 septembre 2016 à 19h12

Modifié 11 avril 2021 à 2h38

A quelques jours du scrutin, les dés sont-ils jetés? La campagne électorale actuelle influence-t-elle le vote et si oui, comment?

Une seule question est sur les lèvres: le PJD va-t-il rempiler pour un second mandat? La démonstration de force du parti de Benkirane dimanche 25 septembre à Rabat a suscité des sentiments d’admiration ou d’effroi, selon le bord où l’on se place. Au-delà des émotions, voyons les données structurelles et factuelles.

1.- Le PJD est un parti essentiellement et massivement urbain, comme l’ont montré les résultats des élections de 2011 (législatives) et de 2015 (communales et régionales). Il est présent en force dans les grandes villes.

Toute démonstration de force dans une grande ville est immédiatement amplifiée par les réseaux sociaux et c’est naturel. Réunir 15.000 à 20.000 militants n’est pas une première et c’est moins qu’une bonne manif syndicale ou des enseignants stagiaires. A contrario, aucun autre parti ne l’a fait pour le moment.

2.-Dans les années 80, l’USFP d’un côté, Noubir Amaoui de l’autre, réunissaient au moins autant de monde, sinon plus.

En fait, en 2011, le PJD a succédé à l’USFP en tant que premier parti urbain. Selon les mots de chercheurs*, l’USFP a été sauf exception, chassé des grandes villes et est devenu un parti rural. Les deux partis ont en commun d’avoir un socle idéologique. Les différences méritent d’être rappelées:

-différences idéologiques évidemment;

-l’USFP était populaire dans les villes en tant que parti d’opposition. Le PJD est bien implanté dans les villes alors que c’est un parti de gouvernement. Et c’est parce qu’il réussit à être gouvernemental en semaine et d’opposition chaque week-end. En d’autres termes, il fait actuellement une campagne de parti d’opposition.

-l’électorat USFP des années 70 et 80, et celui du PJD aujourd’hui, sont certes urbains, mais sont en partie (ou en grande partie) différents. Le PJD a un électorat de couches moyennes, mobilisés en partie par son discours, par son positionnement, par son idéologie, mais également par ses réseaux.  L’USFP avait également un électorat de professions libérales, d’universitaires, d’étudiants, d’intellectuels, parfois de hauts cadres ou de chefs d’entreprises, de fonctionnaires…

3.-  L’ancien électorat USFP est devenu fortement “abstentionniste“. Soit il ne s’inscrit pas, soit il s’inscrit sur les listes électorales et ne vote pas, soit il s’inscrit et se déplace pour voter blanc.

C’est ce qui fait dire à des chercheurs* ou à des hommes politiques [Omar  Balafrej, de la FGD], que l’abstention est le premier parti du Maroc. En 2011, il y a eu 1,3 million de bulletins nuls contre 1 million de votes pour le PJD. En 2015, il y a eu 900.000 votes annulés ou blancs, sachant que l’abstention est plus forte aux législatives.

4.- Le PJD représentait en 2011 au maximum 5% des électeurs potentiels. Il a donc surtout tiré profit de la conjonction de trois facteurs:

-la faiblesse de ses adversaires.

-le faible taux de participation.

-La hausse de l‘abstention.

5.- la cartographie électorale marocaine depuis 2007 montre que toute baisse de l’abstention et toute hausse de la participation, entraînent mécaniquement une baisse de la performance du PJD. 1 à 2 points de différence, dans une circonscription donnée, impactent directement le score PJD.

6.- Dans les villes, si on tentait grossièrement une typologie de l’électorat, on dirait que dans les périphéries et les quartiers populaires, le taux de participation est faible à très faible. Ce n’est pas dans ces quartiers que le PJD recrute ses électeurs, mais c’est là que s’activent la plupart de ses réseaux (caritatifs ou de prédication).

Dans ces catégories de population, on a du mal à se “labelliser“, à se donner une identité partisane ou idéologique [Olivier Deau*]*. Il y a un rejet des partis “qui ne viennent nous voir que lors des élections“ *. L’auteur de ces lignes a entendu les mêmes remarques en couvrant des opérations électorales de porte-à-porte dans des bidonvilles de Casablanca en août-septembre 2015.

Les couches intermédiaires fournissent les plus gros contingents du vote PJD. Les citoyens qui ont fait des études supérieures, le plus gros contingent d’abstentionnistes. Le peuple de gauche est également fortement abstentionniste, ne rencontrant plus l’offre politique qui lui convient [cela pourrait changer avec l’arrivée de la FGD]. Les fonctionnaires sont la population ayant le plus fort taux de participation.

7.- L’âge: plus on est jeune, moins on vote. Seuls 20% des jeunes de moins de 35 ans votent. La participation augmente fortement avec l’âge, avec le degré d’inclusion (plus on est installé dans la vie, plus on vote).

8.- Une remarque sur le vote féminin: moins elles ont fait d’études, plus les électrices seront influencées par le vote du mari, du fils, du frère*.

9.- Dans le monde rural, dans les petites villes ou dans les provinces à dominante rurale, le taux de participation est plus élevé que dans les grandes villes. Mais les électeurs sont nettement moins sensibles aux programmes ou à l’idéologie.  Perdurent encore les votes par transactions, terme qui signifie surtout promesses d’infrastructures, de contrats…. Dans ce domaine, le recours aux moyens de l’Etat est fort en symbole et peut permettre de remporter des transactions au détriment des concurrents. La compétition est plus rude qu’en ville.

En 2007, le PJD s’est rendu compte de sa faiblesse dans le monde rural. En 2008, il a entamé une politique rurale, en allant sur le terrain* [David Goeury]. En 2015, le vote rural a été dominé par le PAM. A posteriori, on comprend mieux les enjeux de la polémique sur le nom de celui qui allait gérer le Fonds de développement rural mis en place par le Roi. La loi de finances 2016 a installé Aziz Akhannouch et Benkirane aurait aimé le diriger lui-même.

Au final, les clés du prochain scrutin sont surtout celles-là: le taux d’abstention, le taux de participation, l’offre politique, les réseaux dans le monde rural…

La campagne actuelle, à dix jours du scrutin, pourra surtout peser sur l’abstentionnisme, grâce à l’éventuelle émergence d’une nouvelle gauche.

*Les éléments de sociologie électorale contenus dans cet article s’inspirent directement ou indirectement du passionnant atelier sur la sociologie électorale du Maroc organisé le vendredi 23 septembre à Rabat par le Centre Jacques Berque. Les intervenants étaient David Goeury (enseignant chercheur), Olivier Deau (EGE Rabat), Nabil Mouline (CNRS, CJB), Younes Benmoumen (Tafra), Alia Gana (IRMC Tunis) et Samira Mizbar (HCP).


 

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