Maroc-USA: “L’Occident perd-il son plus fidèle allié au Maghreb?“
Alors que Rabat et l’opinion publique marocaine s’irritent de l’ambigüité américaine sur le dossier du Sahara, un insider de Washington propose d’installer le siège de l’Africom au Maroc. A Moscou, l’agence Sputnik s’interroge: «L’Occident serait-il en train de perdre son plus fidèle allié au Maghreb?»
Responsable des affaires de sécurité nationale au Conseil américain de politique étrangère, James S. Robbins défend cette semaine l’idée que l’efficacité de l’Africom, aujourd’hui basé à Stuttgart en Allemagne, passe par son transfert en Afrique, au Maroc, à Laâyoune.
L’Africom ou Commandement des États-Unis pour l'Afrique est un commandement unifié pour l'Afrique, qui coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent.
Dans un article intitulé «Move Africom to Morocco to counter the islamic state groups threat» (Déplacer l’Africom au Maroc pour contrer la menace des groupes de l’Etat islamique), J.S. Robbins écrit: «Le commandement américain est coincé en Allemagne depuis huit ans. Il est temps de trouver un pays-hôte en Afrique et le Maroc est peut-être le lieu qu’il faut».
Les arguments de Robbins tournent autour de l’efficacité de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Le Maroc est situé sur le flanc sud-ouest de l’Europe et sa position est stratégique par rapport au reste du Maghreb et de l’Afrique occidentale. La violence fait rage en Libye, jusqu’en territoire tunisien et l’Algérie regorge de caches d’armes, alors que le pouvoir est de plus en plus décrit comme vacant.
Au cours de ces derniers mois, note Robbins, des attentats ont touché le Mali, mais également le Tchad, la Côte d’Ivoire et Ouagadougou, au Burkina-Faso. Avec l’aide des services marocains, le Sénégal et le Gabon prennent leurs précautions, mais aussi la Tunisie et le gouvernement intérimaire libyen, soutenu par l’ONU et Bruxelles.
Pour Robbins, sortir l’Africom d’Allemagne et la transférer en Afrique est une question d’efficacité et de crédibilité de la politique de sécurité américaine et occidentale. Robbins propose de faire d’une pierre deux coups et cette proposition constitue un test sur les intentions diplomatiques et sécuritaires américaines: Washington peut améliorer l’efficacité de l’Africom et améliorer la qualité de ses relations avec Rabat, en transférant le siège de l’Africom à Laâyoune.
Pour Robbins, ce serait «une manière tacite pour Washington de reconnaître la souveraineté marocaine et l’intégrité territoriale du royaume» et un moyen plus efficace de contrer les menaces de déstabilisation régionale.
Robbins a publié son article dans US News and World Report, au moment ou l’ambassadeur US à Rabat Dwight Bush était à Tan Tan pour les manœuvres African Lion, avec des troupes US et marocaines, mais aussi britanniques, allemandes, sénégalaises, mauritaniennes, italiennes, espagnoles canadiennes, hollandaises et tunisiennes. Robbins rappelle à juste titre à ses lecteurs américains que le Maroc «est un allié non membre de l’OTAN majeur, avec une histoire commune en matière de sécurité».
Renversement d’alliances en vue au Maroc?
De son côté, dans une longue analyse intitulée «Les grandes manœuvres diplomatiques du Maroc», le site russe Sputnik s’interroge: “Renversement d’alliances en vue au Maroc? L’Occident serait-il en train de perdre son plus fidèle allié au Maghreb?“
Sputnik cite l’universitaire Bernard Lugan, géopoliticien plutôt proche du Maroc, mais qui n’a pas l’habitude de verser dans «l’expertise complaisante». Les échecs américains et occidentaux en Libye et en Syrie sont cités et Bernard Lugan explique: «Donc, la diplomatie occidentale, si tant est qu’il y en ait une, a complètement échoué, ce qui fait qu’un pays comme le Maroc se pose la question: «Avons-nous intérêt à nous aligner sur des gens qui n’ont aucune cohérence, qui ne tiennent aucun compte des intérêts locaux, qui agissent par idéologie et jamais par pragmatisme?»
Lugan parle du Sahara, du découpage colonial du Maroc et de Ban Ki-moon, qui vient ensuite parler «d’occupation». Il parle de la proposition marocaine d’offrir à Alger une ouverture sur la côte atlantique. De l’histoire, de l’arrêt de la Cour de La Haye. Il ne parle pas de l’allié de l’OTAN, ni du préambule de la Constitution marocaine, qui cite noir sur blanc l’héritage arabe, amazigh hassani et hébraïque marocain.
Alors que le Maroc tente avec difficulté et parfois contre «ses propres amis» de récupérer ses droits, il construit son économie, joue les médiateurs en Libye et promeut l’investissement dans la région du Sahel et en Afrique occidentale, notamment.
Le Maroc fort de son droit au Sahara joue aussi un rôle d’Etat indiscutablement responsable dans la région. Pendant ce temps-là, Washington fait la fine bouche, contribue au sabotage de ce travail de fond, souffle le chaud et le froid sur la souveraineté d’un pays et son intégrité territoriale, une situation à la limite du tolérable.
En Algérie, «la multiplication des saisies d’armes de guerre inquiète la population», rapportent la presse algérienne et internationale.
Que cherche Washington?
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