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Interdiction des Ultras. Est-ce une décision intelligente?

L'annonce faite, mercredi 23 mars, par la wilaya de la région de Casablanca-Settat d'interdire les groupes de supporters ultras non conformes à la législation réjouit certains et en inquiète d'autres. Mais est-ce une initiative réaliste?

Interdiction des Ultras. Est-ce une décision intelligente?
Amine Belghazi
Le 25 mars 2016 à 11h28 | Modifié 25 mars 2016 à 11h28

Ils sont près de 6.000 adhérents dans les deux groupes des ultras rajaouis, issus de différents milieux. Etudiants, ingénieurs, médecins ou sans emploi se réunissent autour d'une même cause: le soutien indéfectible à leur équipe, une passion qui frôle le fanatisme. Plusieurs écrits dédiés au sujet décrivent les ultras comme un phénomène qui dépasse l'attachement à l'équipe. Derrière ces regroupements aux allures bâclées, se cache une mécanique bien huilée.

Les ultras sont organisés, malgré leur clandestinité

Un ensemble de règles régissent le fonctionnement classique d'un ultra. On en cite l'autofinancement, l'indépendance vis-à-vis du club,  la solidarité et la loyauté entre les membres du même groupe. 

Ce modèle d'organisation très fermé rend difficile l'accès à l'information. La discrétion dont font preuve les membres des groupes d'ultras est à l'image de la solidarité qui les lie et qui rend difficile toute tentative d'infiltration. D'ailleurs, au même titre que les autorités, les médias ont mauvaise presse chez les ultras. "A chaque fois qu'un membre de l'ultra parle aux journalistes, ses propos sont constamment détournés. C'est pourquoi les ultras n'aiment pas s'exprimer dans les médias", nous confie une personne proche du milieu.

Sous cette clandestinité apparente se cache un système bien rodé, une hiérarchie tournante, qui change en fonction de l'implication des membres dans les activités du groupe. Le noyau dur est formé par les membres les plus actifs au sein de l'ultra. Ce noyau se charge, entre autres, d'encadrer les membres du groupe, de composer les chants des supporters, de créer les chorégraphies et les tifos brandis dans les virages du stade, etc.

Leur interdiction crée plus de problèmes qu'elle n'apporte de réponses

"L'injonction faite par la wilaya de la région de Casablanca-Settat aux ultras de se conformer à la législation en vigueur est, a priori, motivée par la volonté de contrôle par les autorités", note un observateur proche des groupes d'ultras. Et de poursuivre: "cette tentative de domestication va à l'encontre de la raison d'être des ultras, car après tout, il y a une grande différence entre une association de supporters et un groupe d'ultras."

D'après lui, «les individus adhérents des groupes d'ultras continueront à exister, malgré l'interdiction des structures auxquelles ils s'identifient. Cela veut dire que plutôt que de régler le problème, les autorités ne font que le déplacer ailleurs ».

Le risque, selon notre source, est que la tentative de transformation de ces groupes clandestins en association formelle, conduira à la déperdition des jeunes membres et à leur migration vers de nouveaux groupuscules d'ultras autonomes, toujours clandestins, violents et incontrôlables, avec toutes les dérives que l'anarchie sous-entend.

De plus, "l'interdiction des groupes d'ultras ne s'applique pour le moment qu'à la région de Casablanca-Settat. Cela signifie que ces groupes ont le droit d'être présents lors des matchs joués à l'extérieur", ajoute notre source.

Une chasse aux sorcières est à craindre

La décision d'interdiction des ultras se heurte à une autre grande difficulté. Comment s'assurer du démantèlement des groupes d'ultras, sachant qu'ils n'ont pas de personnalité juridique, pas de locaux et qu'ils sont difficilement identifiables?

Une conférence internationale sur les ultras, organisée en 2009 par le conseil de l'Europe, a tenté de définir, tant bien que mal, le public des ultras. A la question "Qui sont les ultras?", le rapport dresse deux déterminantes majeures. La première se rapporte à l'âge, au sexe et à l'éducation des membres, tandis que la deuxième définit leur "apparence" et notamment le dress-code qui différencie chaque groupe d'ultras. 

De plus, "les rencontres entre les membres d'ultras se déroulent dans des lieux publics, plus généralement dans les cafés, rapporte un ancien ultra casablancais. Ces rencontres se font de manière informelle". Dès lors, plusieurs questions se posent: comment les autorités comptent-elles s'y prendre pour interdire ces rendez-vous tenus dans les lieux publics? Disposent-elles des listes détaillées des adhérents des groupes d'ultras? Sinon, sur quels éléments tangibles se baseront-elles pour les identifier?
Autant d'éléments qui font planer les risques d'atteinte à la liberté de réunion et de délit de faciès.

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Amine Belghazi
Le 25 mars 2016 à 11h28

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