Maroc/Sahara: mission diplomatique réussie à Addis Abeba
Une délégation marocaine des Affaires étrangères conduite par Mbarka Bouaida a rencontré plusieurs ministres africains dans la ville qui abrite l’UA, dont le Maroc n’est plus membre.
Une opération commando qui préfigure un changement de méthode diplomatique.
Le Maroc pratique de moins en moins la politique de la chaise vide depuis son retrait de l’OUA (1984) après la reconnaissance du polisario par l’instance devenue l’Union africaine. Cette inflexion s’est traduite le 26 janvier dernier par l’envoi d’une délégation menée par la ministre déléguée aux Affaires étrangères à Addis Abeba (Ethiopie), en marge d’une réunion de l’UA.
Mbarka Bouaida a rencontré une quinzaine de ministres africains (Sénégal, Côte d’Ivoire, Malawi, Ethiopie, Egypte…) pour parler des sujets d'actualité (terrorisme…) mais aussi et surtout du dossier du Sahara. La ministre déléguée a offert un déjeuner aux représentants (ministres et ambassadeurs) de 22 pays africains sur les 54 qui sont affiliés à l’Union africaine.
Même si ce n’est pas une première diplomatique, cette initiative montre que l’approche marocaine a changé, car les pays africains qui souhaitent le retour du Maroc au sein de l’UA sont de plus en plus nombreux à le soutenir et à s'afficher publiquement avec lui.
Cela a été l’occasion pour la ministre de démonter les accusations des adversaires du Maroc sur la prétendue exploitation des ressources des provinces du sud, ses soi-disant atteintes aux droits de l’homme et sur l’impossibilité d’y tenir un référendum d’autodétermination. L’équipe de jeunes diplomates qui accompagnait la ministre a fourni des explications précises pour déconstruire le discours générique du polisario et de l’Algérie.
La ministre a cité la reconnaissance internationale des efforts du Maroc en matière de droits humains et la conclusion de l'ONU que la tenue d’un référendum d’autodétermination devenait moins crédible que la proposition d’autonomie sous le giron marocain. Elle a aussi rappelé l'énorme plan d'investissement prévu pour développer les provinces du sud.
Elle a conclu que la résolution du conflit du Sahara et le retour du Maroc au sein de l’UA ne se feront que si l’Algérie changeait ses positions belliqueuses, qui impactent le développement commun de tout le continent africain. Interrogé par Médias 24, Mehdi Bensaid, le président de la Commission des affaires étrangères à la Chambre des Représentants, soutient que le retour du Maroc aux rencontres bilatérales est plus productif que la politique de la chaise vide initiée depuis son retrait de l’OUA.
"Sur le dossier du Sahara, il y a une unanimité nationale, mais le PAM et d’autres partis encouragent les discussions, même avec des pays qui ont reconnu le polisario."
Le président de la commission des affaires étrangères pense qu’il faut engager un dialogue explicatif avec des grands pays africains comme l’Afrique du Sud et le Nigéria. "Si l’on fait un travail de lobbying sur leur intérêt à s’associer avec Maroc, ils finiront par changer d’avis et retirer leur soutien au polisario, car ils ont besoin d’avoir des partenaires solides comme le Maroc pour les accompagner économiquement sur le continent et à l’international."
Il poursuit que les partis marocains ont plus de latitude que les officiels pour s’attabler et engager une politique de soft power avec les dirigeants soutenant directement le polisario.
"Lors de son dernier congrès, le PAM a invité la fille du président sud-africain Jacob Zuma et la présidente des anciens combattants de l’ANC qui ont un poids énorme dans son pays. Plus on créera de ponts avec les adversaires de notre cause nationale, plus on aura de chances de leur faire changer d’avis."
Mehdi Bensaid pense qu’il suffirait de convaincre l’Afrique du Sud et le Nigéria de retirer leur soutien aux sécessionnistes pour qu’au moins cinq pays satellitaires en fassent de même (Mozambique, Zimbabwe…). "Si ces pays reconnaissent leur erreur, le Maroc pourra revenir au sein de sa famille de l’UA, mais sans un infléchissement de la position algérienne, le processus peut rester bloqué encore longtemps."
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