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Climat: des scientifiques américains pris au piège

Le 9 décembre 2015 à 14h43

Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Tout émane d’une enquête d’investigation menée par l’ONG Greenpeace. Cette recherche démontre comment des sociétés actives dans le domaine des énergies fossiles "peuvent secrètement payer des chercheurs académiques travaillant pour de prestigieuses universités américaines pour que ces universitaires écrivent des études qui indiquent qu’il existe un doute en ce qui concerne la science du climat et qui promeuvent les intérêts commerciaux de ces entreprises". 

Il s’agit plus particulièrement de deux chercheurs proéminents, sceptiques quant au réchauffement climatique. Prétendant être des consultants pour des sociétés de combustibles fossiles, des employés de Greenpeace ont commandé des études à ces chercheurs sur les bénéfices de la hausse du niveau de dioxyde de carbone et sur les bénéfices de l’utilisation du charbon.

Précisément, les "consultants" ont contacté 7 scientifiques connus comme opposés à la théorie du changement climatique. Cinq d’entre eux ont rejeté l’offre, soit en ne donnant aucune suite à la demande, soit en expliquant qu’ils étaient soumis à des pressions externes qui les empêchaient d’accepter la collaboration. Deux ont donc répondu positivement, expliquant qu’ils n’étaient pas obligés de déclarer les sources qui financent ces études, ce qui révèle une énorme faille dans le système de la recherche académique…

Le premier chercheur s’appelle William Happer, de l’université de Princeton. Il est célèbre pour ses positions extrêmement conservatrices sur l’environnement. A plusieurs reprises, il a été amené à témoigner devant des instances fédérées et fédérales américaines, au sujet de l’environnement. Son "rapport" à lui devait souligner les impacts négatifs qu’allait avoir l’accord de Paris sur le climat.

Plutôt que de se faire payer directement, le chercheur a souhaité que ses honoraires (250$ par heure pour un total de 8.000$ – 4 jours de travail estimé) soient transférés sur le compte d’un think tank "anti-écologie" appelé la coalition CO2. Il a spécifié qu’il pratiquait son activisme contre "l’extrémisme climatique" "avec amour".

Le second universitaire s’appelle Frank Clemente. Aujourd’hui à la retraite, ce sociologue a enseigné à l’université Penn State. A la demande de la fausse société, lui aussi, comme l’autre scientifique, a discuté de la possibilité d’opacifier les sources financières de ces études. Frank Clemente devait produire un rapport s’opposant aux conclusions académiques qui expliquent que le charbon est lié à des hauts taux de mortalité précoce.

Considérant que ce projet tombait dans son domaine de compétence, il a estimé ses honoraires à 15.000$ pour un article de 8 à 10 pages. Il ne voyait aucun obstacle à être cité comme professeur émérite. Les recherches de ce professeur sont régulièrement mentionnées par le Peabody energy (société américaine de production de charbon) pour affirmer qu’étendre l’utilisation de charbon dans les pays en voie de développement éliminerait la pauvreté mondiale, des affirmations rejetées par la Banque mondiale.

L’étude, qui a "permis de montrer l’implication de l’organisation Donors Trust et du think tank Global warming policy foundation" dans ces pratiques, survient donc en pleine COP21 et alors que Exxon Mobil et Peabody Energy font l’objet d’une enquête par l’Etat de New York, suite à des plaintes selon lesquelles ces groupes trompent les consommateurs et les investisseurs sur le changement climatique. John Kerry, présent à Paris, a nuancé l’impact de ce genre de travaux, arguant qu'"un professeur ou un scientifique ne peut nier le travail de 97% des scientifiques sur Terre".  

Certes, il convient de relativiser l’action de Greenpeace qui n’a contacté que des chercheurs réputés pour leurs opinions extrêmes sur la lutte contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, seuls deux sur 7 ont effectivement accepté l’offre proposée. Toutefois, historiquement, la compagnie Exxon Mobil a "dépensé des millions de dollars pour empêcher l’action publique de prendre des mesures pour prévenir des catastrophes naturelles" et dans le même sens, le House science committee a intimidé des scientifiques. Le travail de Greenpeace sème le doute sur l'impartialité de certains universitaires.

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