Tanger: polémiques autour du nouveau marché de Béni Makada
Seuls 355 marchands sur 410 vont bénéficier d’une place sur le futur marché du souk Al Haddad du quartier Al Jirari, financé en partie au titre de l’INDH.
Les autorités locales et la commune de Tanger avaient recensé 410 marchands ambulants pour bénéficier des emplacements prévus sur le futur marché Al Haddad dans l’arrondissement de Béni Makada.
Finalement, les hésitations des uns à contribuer financièrement à l’acquisition d’un espace et les calculs politiques ont gâché l’esprit d’une initiative novatrice en matière sociale.
La place au marché Al Jirari qui doit être livré en octobre 2015 coûte 10.300 DH. C’est ce que les heureux élus sur la liste des 355 paieront pour bénéficier d’une espace de moins de 6m² pour vendre leurs marchandises.
Parmi les élus, il y a peu de femmes et surtout des hommes. Ils vendent des herbes, des fruits et légumes, du poisson, des habits ou de la volaille. Occupant auparavant un espace au sol d’environ 2 hectares, ils vendent actuellement leurs marchandises sur les côtés, le chantier étant en cours.
410 ou 355 bénéficiaires ?
Ceux qui ne bénéficient pas des futures espaces commerciaux protestent : « La commune et les mokkadems font ce qu’ils veulent, disent-ils. Nous étions 410 au départ, mais seuls 355 vont bénéficier des espaces dans le nouveau marché ».
Les porte-parole de la cinquantaine de personnes qui s’estiment lésés, Abbou Abdeslam, Al Amine Mimouni ou Ahmed Rédouani, soupçonnent les représentants des communes d’avoir « mis de côté » des emplacements pour récompenser leurs intermédiaires et autres agents électoraux ». Les élections locales et régionales sont prévues pour le 4 septembre prochain.
Depuis plus de six mois, les protestataires manifestent deux fois par semaine sur le parvis de la wilaya de Tanger.
Du côté de l’administration l’explication, en off, ne se fait pas attendre. « Le wali ne communique pas sur ces sujets et le responsable de l’INDH, M. Salama, donne rarement son numéro de téléphone portable » apprend-on.
Si on reconnait des risques « normaux de manipulations électorales » on souligne que les protestataires d’aujourd’hui n’ont pas voulu jouer le jeu au départ de l’opération.
A la wilaya, on explique à Médias 24 que « le marché fait partie du chapitre sur les activités génératrices de revenus de l’INDH, les. A ce titre, une participation financière même symbolique est requise de la part des bénéficiaires ».
A la wilaya on reproche également à ceux qui ne bénéficient pas de l’opération actuelle de ne pas avoir voulu s’organiser en association ou de rejoindre celle qui existait à souk Al Haddad.
Sur place, une partie des marchands ambulants se regardent en chiens de faïence. L’humeur est défiante du côté de ceux à qui l’occasion de s’installer semble échapper. De l’autre, ceux qui ont choisi de jouer le jeu dès le début s’impatientent et défendent leur bon droit.
« Les autorités ont bien décidé, clame un marchand de légumes, et les jeunes à qui vous (la presse, NDLR) avez parlé sont des bons à rien ».
Médias 24 a pu apprendre, de bonnes sources, que des conflits similaires ont surgi au niveau du projet de Ard Addawla à Tanger, dans le quartier populaire de Béni Makada. Le quartier regroupe pas moins de 250.000 habitants et nombre de problèmes liés à l’urbanisme débridé, la sécurité, le trafic de drogue et l’extrémisme religieux.
10 ans d’INDH, 27 MMDH mobilisés
Depuis son annonce en mai 2005, l’INDH a mobilisé plus de 27 MMDH au niveau national. De l’argent public marocain à 90%, mais également des contributions de partenaires arabes, européens et internationaux, 10% du total.
L’INDH est dirigée par le gouverneur Nadira El Guermaï entourée d’un conseil comprenant le Chef du gouvernement, les ministères sociaux et les partenaires financiers. Des commissions existent au niveau des régions puis au niveau des préfectures et des provinces.
C’est au niveau de ces dernières commissions que l’on trouve des représentants des communes et que la gestion des fonds et des projets prend parfois un tour électoraliste. D’où l’intérêt soudain que peuvent prendre des places de marché à 10.000 DH.
Les projets se répartissent en projets de formation, d’insertion sociale pour les personnes sans ressources ou souffrant d’un handicap et les activités génératrices de revenus (AGR).
Les budgets comportent une part officielle, la plus importante, « mais aussi une part non officialisée et laissée à la discrétion du wali » selon une source digne de foi. Au niveau des préfectures et des provinces, ce sont les walis et les gouverneurs qui sont les deus ex machina de l’INDH. Désormais ils disposent tous d’un « Monsieur INDH ».
L’INDH célèbre ses 10 ans ce 18 mai prochain et son bilan est plutôt positif. Sans trop se fier aux inscriptions en gros caractères des mots « Initiative nationale du développement humain » en français et en arabe sur de nombreux projets, les réalisations sont là, même si nombre d’entre elles méritent des réajustements.
Ainsi, en peu d’années, ont vu le jour des centres de formations en milieu rural, des internats pour les collégiens, des triporteurs pour les distributeurs de fruits, de légumes ou de poissons, des souks pour les marchands ambulants, des centre médico-sociaux et la réhabilitation de résidences pour personnes âgées.
Les projets, selon un document officiel du ministère de l’Intérieur, se concentrent sur « la lutte contre l’exclusion en milieu rural, la lutte contre l’exclusion sociale en milieu urbain et la lutte contre la précarité ».
Après 10 ans d’existence, le Roi Mohammed VI devrait annoncer les orientations du programme de l’INDH pour les cinq années prochaines années d’ici la fin de l’été.
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