Un entretien exclusif. Les confidences de Ahmed Snoussi

Afrique, Mossad, Marche verte, Boumédiène, sortie du Maroc de l’OUA, le diplomate Ahmed Snoussi revient en exclusivité pour Médias 24 sur plusieurs dossiers épineux qu’il a eu à gérer.  

Un entretien exclusif. Les confidences de Ahmed Snoussi

Le 20 mars 2015 à 16h24

Modifié 28 juin 2021 à 13h00

Afrique, Mossad, Marche verte, Boumédiène, sortie du Maroc de l’OUA, le diplomate Ahmed Snoussi revient en exclusivité pour Médias 24 sur plusieurs dossiers épineux qu’il a eu à gérer.  

Cet ancien diplomate nous a reçu chez lui et a accepté de témoigner devant l’œil d’une caméra en revenant sur la création du ministère marocain des Affaires étrangères jusqu’au début des années 2000.

Contemporain du règne du défunt Roi Hassan II, cet ancien grand commis de l’Etat issu du sérail royal a été un grand témoin et l’homme d’une certaine époque.

Tour à tour ministre, opérateur touristique et immobilier, armateur de pêche, il est considéré comme “un spécialiste des raids diplomatiques“ et réputé pour ses talents de séducteur et pour son humour, ainsi qu’une certaine proximité avec le Roi Hassan II au moment où se déroulaient quelques grands événements.

Natif de Meknès, il affirme avoir démarré son engagement nationaliste à l’âge précoce de 13 ans dans les rangs du parti de l’Istiqlal. Il a effectué sa scolarité au lycée Poeynirau de Meknès avant de faire partie du premier contingent d’étudiants marocains de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Sciences Po.

Le récit qui suit est une succession d’éléments de verbatim : La construction du ministère des affaires étrangères du Maroc indépendant, la collaboration africaine, le Mossad au Maroc au moment de la Marche Verte, l’Algérie et l’OUA contre le royaume et le combat diplomatique au conseil de sécurité de l’ONU.

Les premiers pas d’un diplomate

Pendant ces années d’études, il souligne qu’il était chargé de collecter chaque jour des informations politiques pour le Roi Mohammed V alors déporté à Madagascar. Il envoyait cette moisson à un indien de Tananarive et c’est le Prince Héritier Moulay Hassan qui la remettait en mains propres à son père.

Rentré au Maroc en 1955 à la veille de l’indépendance, Snoussi fait alors ses premiers pas dans la diplomatie et c’est le début d’une aventure qui va durer près d’un demi-siècle.

Il déclare avoir fait partie de l’équipe des treize personnes qui ont mis sur pied le premier ministère des affaires étrangères du Maroc qui recouvrait à peine sa souveraineté nationale.

Ahmed Snoussi affirme qu’il a été un des architectes de la construction du réseau d’ambassades aux côtés de l’istiqlalien Ahmed Balfrej, premier ministre des affaires étrangères du Maroc indépendant.

Dix ans après, Ahmed Snoussi est nommé ministre de l’information dans une période où «tout était à construire surtout la mise en œuvre des infrastructures télévisées».

Après son tout premier poste d’ambassadeur du Maroc au Nigéria, le jeune diplomate sera affecté par la suite dans plusieurs capitales africaines.

Snoussi l’Africain

Il raconte une anecdote ayant eu lieu lors de la cérémonie de l’indépendance du Congo à laquelle il a assisté avec la délégation conduite par son ministre des affaires étrangères.

«Baudoin, Roi de l’ancienne puissance coloniale belge s’était rendu à l’ex-Léopoldville (Kinshasa) à l’invitation du 1e ministre Patrice Lumumba pour présider cette cérémonie qui a eu lieu en juin 1960.

Sans crier gare, Lumumba sort alors l’épée du fourreau royal pour épater ses 3.000 convives africains. Cette initiative a consterné la délégation belge qui a préféré abandonner la jeune nation congolaise à son sort politique et économique».

Par la suite, le premier ministre, Patrice Lumumba et le chef de l’armée Joseph Mobutu  solliciteront  son concours pour organiser une grande conférence africaine dont il rapporte une scène surprenante.

«Vérifiant les accréditations des invités originaires des seules nations africaines, j’ai eu la surprise de me retrouver nez à nez à l’entrée avec la ministre des affaires étrangères d’Israël, Golda Meir.

«Je l’ai alors interpellé gentiment en lui demandant la raison de sa présence (…), celle-ci m’a rétorqué sèchement qu’elle tenait absolument à y assister.

«Malgré son insistance, j’ai coupé court à la conversation et appelé le directeur congolais de la police pour raccompagner à l’aéroport celle qui deviendra le chef du gouvernement israélien.

Je dois avouer que j’ai eu très chaud car nous avons frôlé l’incident diplomatique».

Bien des années plus tard, Ahmed Snoussi est chargé en 1977 par le défunt Roi Hassan II de représenter le Maroc au sacre impérial du président du Centrafrique, Jean Bedel Bokassa.

Il rapporte avec délice comment le président  à la mémoire volage lui a présenté ses ministres :

–          «Toi, qu’est ce que tu fais?

–          Je suis ministre de l’agriculture!

–          Très bien, il est donc ministre de l’agriculture!

–          Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ?

–          Je suis ministre du plan et du développement !

–          Quoi ? C’est moi le plan et le développement ce n’est pas toi alors si tu le dis encore je vais te développer les oreilles ! »

La préparation de la Marche Verte épiée par le Mossad

A la veille du lancement tenu secret de la Marche Verte le 6 novembre 1975, celui qui est ambassadeur à Alger est approché par un ami juif avec qui il a usé ses culottes sur les bancs de l’école.

«Il est venu me sonder sur les intentions du Roi alors que je n’étais  pas au courant des préparatifs. A coup sûr, il avait des accointances avec le Mossad car il m’a posé la question suivante :

–          BL: Si Ahmed, est ce que le Roi est en train de préparer une guerre?

–          AS : Tu es fou, quelle guerre?

–          BL : Il a acheté des couvertures militaires en énorme quantité.

«Le lendemain, je rapporte cette étrange conversation au Roi qui me répond évasivement: Non, ton ami se trompe, c’est pas du tout pour faire la guerre. D’habitude, on achète 50.000 couvertures mais on a décidé d’en acheter pour 5 ans afin de réaliser des économies substantielles.

«Quelques jours après, mon ami revient à la charge en m’affirmant qu’une délégation marocaine est partie à l’étranger pour acquérir des milliers de réservoirs d’eau à larguer par voie aérienne.

«Je répercute encore une fois ces interrogations au souverain qui me répond amusé: Il est drôlement bien informé ton copain, rejoins moi demain dans ce campement militaire à Rabat.

«Une fois sur place, le souverain s’adresse à ses généraux en ces termes:  Je crois que Snoussi a fini par savoir tout ce que nous préparons alors autant tout lui révéler maintenant.

«C’est là que j’ai appris que 350.000 hommes et femmes munis chacun d’un Coran et d’un drapeau allaient entamer une marche pacifique pour récupérer les territoires des provinces du sud».

L’Algérie, l’OUA et l’ONU

«Trois jours après le déclenchement, le président Boumédiène expulse 40.000 familles de Marocains installées de longue date en Algérie qui seront spoliés de tous leurs biens.

« Malgré la mission de bons offices que j’ai menée avec  M’hamed Bahnini, ministre de la justice pour ramener Boumediène à la raison, ce dernier inflexible nous a réservé un accueil glacial».

En 1988, la conférence de l’Organisation de l’Union Africaine met un coup d’arrêt au tropisme africain du Maroc en décidant d’admettre le Polisario comme nouvel Etat membre dans ses rangs.

«Je tiens à dire que le secrétaire général de l’OUA a été généreusement rétribué pour son coup de main aux sécessionnistes et c’est ainsi que l’OUA s’est disloquée et que le Maroc s’en est retiré».

Quelques années après cet épisode historique, Ahmed Snoussi devient représentant du Maroc  à l’ONU et le Royaume devient membre à part entière du conseil de sécurité avant de décrocher sa présidence.

«Afin de défendre l’intégrité territoriale marocaine, j’ai multiplié les amitiés avec tous les grands de ce monde comme Madeleine Albright qui a fini par devenir ma petite soeur de cœur».

A l’ONU, les relations avec le voisin algérien sont compliquées et «malgré nos efforts, la réconciliation parait impossible car nous n’arrivions pas à nous comprendre mutuellement».

Revenant sur l’actualité récente du sommet Crans Montana tenu dans la ville de Dakhla, l’ancien diplomate affirme que malgré les pressions algériennes, le monde entier soutient le Maroc.

«Que la présence de la force Minurso dans les provinces du sud soit reconduite ou pas en avril prochain, la marocanité du Sahara ne pourra pas être changée».

Médias 24 verse ce document aux grands dossiers de la politique extérieure marocaine et laisse seuls juges ses lecteurs de sa portée historique.

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