Echange de tirs sur le dossier des radars
L’actualité des radars de la circulation au Maroc est dominée par la polémique entre le ministère de l’Equipement et la société Logisoft-Netflex. Le dernier appel d’offres a été annulé en février 2015. L’entreprise, qui était soumissionnaire, proteste.
Pour comprendre la situation, il faut revenir à 2007.
Pour le ministère, Logisoft a failli à ses engagements précédents
En 2007, est lancé le premier appel d’offres pour l’installation de 150 radars. Les 150 premiers radars du Maroc avaient alors été installés par le groupement maroco-allemand Logisoft-Jenoptik, trois ans avant l’entrée en vigueur du code de la route venant encadrer l’utilisation des radars. Retenons la présence de la société Logisoft dans ce dossier, dès 2007.
En 2012, la nouvelle équipe qui dirige le ministère de l’Equipement et du transport lance une audit pour la vérification de ces radars installés selon le marché de 2007: 80 sont hors d’usage car non-branchés à un réseau électrique ou téléphonique. Le Ministère de l’Equipement met en cause la société Logisoft qui n’a pas achevé son contrat et qui malgré cela a été payée.
Le ministère transmet le dossier à la Justice.
Début 2015, le ministère lance un nouvel appel d’offres pour l’installation et la gestion de 200 radars. Quelques jours après l’ouverture des plis, celui-ci est annulé. Le ministère invoque l’article 45 du code des marchés publics qui autorise l’annulation d’un marché «lorsque les données économiques ou techniques des prestations objet de l’appel d’offres ont été fondamentalement modifiées» et ce avant notification de la lettre d’engagement au soumissionnaire.
Son de cloche un peu différent de la part du ministre délégué au Transport, M. Najib Boulif, qui justifie dans un communiqué du PJD l’annulation non par un changement des données économiques et techniques mais par l’attribution du marché à la société Logisoft.
Les points avancés sont que Logisoft a déjà remporté des marchés précédemment, qu’il a commis des violations dans la procédure et la livraison et enfin que le ministère a relevé plusieurs radars défectueux.
«Nous avons un problème avec Logisoft»
Ces arguments nous sont confirmés par Mustapha Baba, conseiller auprès du ministre. Celui-ci nous annonce d’emblée que l’affaire est en lien avec le premier appel d’offres de 2007.
«Nous avons a un problème avec Logisoft» accuse-t-il: l’appel d’offres de 2007 n’a pas été clôturé, les travaux n’ont pas été achevés alors que la société a été payée. Le dossier a été transféré à la Justice pour déterminer la responsabilité.
Sans aucun doute, le ministère ne souhaite pas que Logisoft remporte un nouvel appel d’offres. Mais il ne peut pas évincer une société ainsi d’un appel d’offres. Il faut une décision de Justice. En attendant, le ministère lance un nouvel appel d’offres pour 400 radars qui devrait être publié à la fin du mois, le double du précédent. Cet appel d’offres devrait être présenté en plusieurs tranches pour rallier plusieurs entreprises concurrentes sur cette commande publique.
Pour Logisoft, le ministère mène bataille contre Logisoft
Le discours est tout autre, du côté de Logisoft-Netflex. Nous avons interrogé Abderrahim Bouhmidi, conseiller juridique du groupement Logisoft-Netflex. Le marché de 2007 est une affaire à part, déconnectée de l’appel d’offres de 2014. Ce dernier est présenté comme un couac.
C’est le 5e appel d’offres que le ministère lance et qui est annulé en cours de procédure, pour des raisons "futiles", comme à cause par exemple d’un document imprimé en mauvaise résolution, selon M. Bouhmidi. Ce dernier, déplore qu’aucune mention ne soit faite par l’équipe du ministère, de Netflex, la société australienne qui apporte la technologie au groupement qui soumissionne. Logisoft et Netflex soumissionnent en effet ensemble sur les appels d’offres récents.
En 2007, lors du premier appel d’offres, Logisoft était en groupement avec la société allemande Jenoptik qui pour le moment n’a pas été inquiétée par les accusations du ministère de l’Equipement. Celle-ci a d’ailleurs présenté une offre en 2014 indépendamment de Logisoft. Et cela n’a pas provoqué une annulation de l’appel d’offres.
Quant à l’appel d’offres de 2007, la société Logisoft dément toute mauvaise exécution du contrat. M. Bouhmidi invoque une expertise judiciaire sollicitée auprès du président du Tribunal administratif de Rabat qui selon lui, a disculpé le groupement Logisoft-Jenoptik de toute responsabilité dans la situation. Si les radars n’étaient pas branchés au secteur électrique et téléphonique, c’est parce que le ministère n’aurait pas souscrit à un abonnement électrique pour ceux-ci, selon notre interlocuteur.
On considère chez Logisoft qu’on est victime d’une injustice et pire, que c’est le développement économique du Maroc qui en pâtit.
La société australienne Netflex offrait de déménager son hub régional de Londres à Laâyoune, affirme M. Bouhmidi. Les ventes vers l’Europe et l’Afrique allaient être opérées depuis cette ville et Logisoft proposait un partenariat avec l’OFPPT pour former des jeunes de la région, promet-il. Pour lui, le Maroc perd un allié essentiel qui aurait pu amener des équipementiers. Avoir une société australienne à Laâyoune, c’est économiquement et symboliquement important. M. Bouhmidi regrette que M. Rebbah n’ait pas saisi l’opportunité d’une installation d’une société australienne qui aurait consacré l’intégrité géographique du Maroc.
Au final, il faudra attendre que la justice tranche sur l’appel d’offres de 2007 pour se faire une opinion motivée sur la question. Et on attendra le nouvel appel d’offres portant sur 400 radars pour suivre les développements de cette affaire.
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